Crise suicidaire

30 mars 2017
La crise suicidaire est une crise psychique dont le risque majeur est la tentative de suicide. Cet état, caractérisé par des idées suicidaires de plus en plus envahissantes, est temporaire et réversible. Il justifie une prise en charge urgente.

Qu’est-ce qu’une crise suicidaire ?

La crise suicidaire est un état de trouble psychique aigu, caractérisé par la présence d’idées noires et d’une envie de suicide de plus en plus marquées et envahissantes. La personne confrontée à ce moment de grande souffrance ne trouve pas en elle les ressources suffisantes pour le surmonter. Elle se sent dans une impasse et confrontée à une telle souffrance que la mort apparaît progressivement comme le seul moyen de trouver une issue à cet état de crise.

Les idées suicidaires sont un signal d'alarme qui précède la tentative de suicide : elles peuvent déboucher sur un passage à l’acte. Pour prévenir ce risque et aider la personne à surmonter la crise, il est essentiel de repérer les signes de détresse qu’elle peut manifester. La crise suicidaire est temporaire et réversible en l’absence de passage à l’acte.

Un Français sur cinquante décède par suicide et un sur vingt déclare avoir fait une tentative au cours de sa vie. En 2011, 11 400 décès dus au suicide ont été recensés en France métropolitaine. Ce phénomène touche trois fois plus les hommes que les femmes (les hommes âgés étant davantage concernés). Il représente aussi une cause de mortalité fréquente chez les jeunes : entre 15 et 24 ans, il représente 16 % des décès, contre 1 % à partir de 75 ans.

Idées suicidaires : les symptômes qui doivent vous alerter

Ceux qui pensent au suicide donnent généralement plusieurs indices de leurs intentions (mots, comportements, émotions, etc.)

Si une personne de votre entourage présente un ensemble de signes suicidaires, si son attitude et son comportement changent, soyez vigilant.

Les messages verbalisés peuvent être :

  • directs (ex. : "Je vais en finir", "Je vais me tuer", "Ce serait mieux si j’étais mort", "Je veux juste mourir") ;
  • indirects (ex. : "Je voudrais partir", "Je veux m’en aller", "Je n’en peux plus", "Bientôt, je ne serai plus là", "Je vais tout laisser tomber", "Je ne vous embêterai plus longtemps", "J’ai tout raté dans la vie", "Je ne suis plus capable").

La personne en état de crise suicidaire peut être sujette à :

  • des symptômes physiques (fatigue, perte d’appétit ou boulimie, troubles du sommeil, douleurs multiples avec parfois des consultations répétées chez le médecin, négligence de son apparence physique) ;
  • des signes psychiques (anxiété, tristesse, découragement, irritabilité et agressivité, ennui, perte du goût pour les activités habituelles, sentiment d’échec et d’inutilité, sentiment d’injustice, mauvaise image de soi et tendance à se dévaloriser, impuissance à trouver par soi-même des solutions à ses problèmes, troubles de la mémoire, rumination mentale, etc.) ;
  • des difficultés professionnelles (perte d’investissement ou surinvestissement dans le travail, épuisement ou burn-out, incapacité à supporter sa hiérarchie, arrêts de travail à répétition) ;
  • des problèmes relationnels (retrait par rapport aux marques d’affection, refus du contact physique, conduites d’isolement social et familial).

Certains comportements peuvent révéler une intention déterminée de se suicider dans un avenir proche :

  • la personne a mis de l’ordre dans ses affaires personnelles (ex. : assurance vie) et paraît anormalement calme. Cela peut signifier qu’elle a planifié son passage à l’acte pour les jours qui viennent ;
  • la personne rationalise sa décision de mourir ou semble au contraire très émotive, agitée ou troublée ;
  • elle se sent complètement tétanisée par la dépression, le désespoir, la douleur psychique ;
  • l’expression de son mal-être est soit omniprésente, soit complètement absente ;
  • elle se procure un moyen de se suicider (médicaments, arme à feu, etc.) ;
  • elle a le sentiment d’avoir tout fait et "tout essayé" ;
  • elle s’isole.

Souvent, les symptômes sont différents :

  • baisse des résultats scolaires ;
  • conduites excessives et déviantes, attirance pour la marginalité ;
  • hyperactivité ;
  • anorexie et boulimie ;
  • prises de risque inconsidérées, notamment au niveau sexuel ;
  • violence sur soi et sur autrui ;
  • fugues.

Globalement, l’adolescence est une période de vulnérabilité. D’autres facteurs favorisant des idées suicidaires peuvent se surajouter à cette fragilité : un isolement affectif, des ruptures sentimentales, des échecs (notamment scolaires) ou des conflits liés à la confrontation à l’autorité.

Les facteurs de risque de suicide

Certains éléments rendent les individus plus vulnérables face aux crises suicidaires.

La personne concernée par ce risque peut par exemple :

  • souffrir d’une dépression, de troubles de la personnalité ou d’une affection psychiatrique ;
  • avoir un tempérament impulsif et rigide (non-contrôle de l’affectivité, réactions sans souplesse ni réflexion préalable), se manifestant par de l’agressivité ou de la colère ;
  • présenter un problème de santé physique grave ou un handicap ;
  • vivre ou avoir vécu des événements de vie douloureux (ex. : quitter son pays d’origine sans l’avoir choisi) ;
  • avoir des antécédents de tentative de suicide ;
  • avoir développé des conduites addictives (alcoolisme, toxicomanie).

Le risque d’idées suicidaires est aussi accru en cas :

  • d’antécédents de suicide dans la famille ;
  • de conflits conjugaux majeurs ;
  • de perte précoce des parents ou d’abandon ;
  • de violences ou d’abus physique, psychologique ou sexuel ;
  • de maladie psychiatrique chez l’un des parents.

Enfin, les situations suivantes peuvent aussi favoriser la survenue d’idées suicidaires :

  • isolement et problèmes d’intégration sociale ;
  • problèmes financiers persistants ;
  • difficultés avec la justice ;
  • soucis professionnels, comme le harcèlement au travail ou le chômage (facteur concernant davantage les hommes) ;
  • placement en foyer d’accueil, en institution ou en détention ;
  • souffrance liée à un traitement discriminatoire ;
  • effet de contagion, à la suite du suicide d’un proche.

Crise suicidaire : comment réagir et à qui s’adresser ?

Si une personne de votre entourage manifeste une envie de suicide, essayez d’établir avec elle un lien et une relation de confiance. Adopter une attitude bienveillante d’écoute, de dialogue et d’accompagnement peut l’encourager à recourir aux réseaux d’aide et de soins.

Tentez d’appliquer les conseils suivants :

  • essayez de reconnaître les signes précurseurs d’une tentative de suicide. Prenez au sérieux toute menace suicidaire et agissez sans attendre ;
  • écoutez la personne en restant vous-même, sans être intrusif ni discuter de l’immoralité du suicide. Montrez-lui que vous comprenez à quel point elle est en détresse, offrez-lui du réconfort et dites-lui que vous vous inquiétez pour elle. Invitez-la à préciser ses propos vagues ou allusifs et parlez-lui ouvertement du suicide, sans équivoque ;
  • évaluez le degré d’urgence du risque suicidaire en cherchant à savoir comment, où et quand la personne prévoit de s'y prendre. Plus son plan est précis, plus vous devez agir rapidement. Selon son état, contactez les secours d’urgence ou son médecin traitant ;
  • ne laissez jamais seul quelqu’un qui pourrait faire une tentative de suicide imminente (organisez une veille par des parents et amis) ;
  • aidez la personne à trouver des solutions, en évitant de tout faire à sa place. Encouragez-la à chercher de l'aide et accompagnez-la au besoin vers une structure compétente. Si elle s’est déjà rapprochée d’un réseau de soutien, informez celui-ci pour qu’il puisse intervenir ;
  • agissez calmement, en donnant un sentiment de contrôle ;
  • respectez vos propres limites et n’assumez pas seul(e) la situation. Cherchez de l'information et du soutien auprès d'un intervenant qualifié. Si nécessaire, demandez aussi un accompagnement psychologique pour vous-même : cela peut vous aider à prendre du recul et à mieux réagir.

Si quelqu’un dans votre entourage pense au suicide :

  • ne passez pas outre d’éventuels signes précurseurs ;
  • ne mettez pas en doute l’intention de la personne. Évitez aussi de vous moquer d’elle, de la provoquer, de la mettre au défi de passer à l’acte ;
  • ne lui promettez pas de ne rien divulguer. Vous n'avez pas à considérer ce qu’elle vous a confié comme un secret. Votre silence risquerait en effet de limiter les interventions possibles et de vous faire porter l’entière responsabilité de la situation (or, il est préférable de ne pas essayer de résoudre le problème seul) ;
  • n’invoquez pas une obligation à vivre pour les proches, ni toutes les bonnes raisons de ne pas se suicider ;
  • ne comparez pas la situation de la personne à celle de quelqu’un d’autre pour dédramatiser ;
  • ne lui dites pas qu’elle devrait être reconnaissante de votre aide.
Que faire si l’on a soi-même des idées suicidaires ?

Si vous ressentez une souffrance psychologique, prenez votre situation au sérieux. Ne restez pas seul, confiez-vous à vos proches et demandez de l’aide. Consultez dès que possible, avant de ne plus être capable de mener vos activités habituelles, notamment si :

  • vous souffrez au point que vos émotions vous empêchent de vivre normalement ;
  • vous avez du mal à assumer vos responsabilités professionnelles et / ou familiales ;
  • vous vous sentez désespéré, vous avez des idées noires ou suicidaires.

Un professionnel de santé pourra vous proposer une prise en charge adaptée à vos besoins.

Si vous ou l’un de vos proches êtes en détresse, n’hésitez pas à consulter et à réclamer aide et assistance.

En cas de risque de suicide avéré et imminent

Appelez le 15 ou le 112 si la personne a :

  • des idées suicidaires envahissantes ;
  • planifié le passage à l’acte ;
  • accès à des moyens permettant de réaliser son suicide (médicaments, arme à feu…)

Dans tous ces cas, une hospitalisation peut se révéler nécessaire.

En complément de l’aide médicale, vous pouvez contacter plusieurs structures qui proposent un soutien (écoute téléphonique anonyme ; communications par mail ou par tchat ; entretiens individuels, familiaux ou de groupe). Voici leurs coordonnées :

  • SOS Amitié
    Service d’écoute destiné à accueillir la parole de celles et ceux qui, à un moment de leur vie, traversent une période difficile
    Permanences : écoute téléphonique 24h/24 et 7j/7, tchat tous les soirs de 19 h à 23 h ou par mail (réponse sous 48 heures maximum)
    Tél. pour l’Île-de-France : 01 42 96 26 26 (retrouvez les numéros d’appel régionaux sur le site de l’association)
  • Suicide Écoute
    Écoute des personnes confrontées au suicide
    Permanence d’écoute téléphonique 24h/24 et 7j/7
    Tél. : 01 45 39 40 00
  • SOS Suicide Phénix
    Accueil et écoute de toute personne confrontée à la problématique du suicide
    Permanence d’écoute téléphonique 7j/7 et par messagerie, accessible sur le site internet de l’association
    Tél. (n° national) : 0 825 12 03 64 (de 16 h à 23 h)
    Tél. (n° pour l’Île-de-France) : 01 40 44 46 45 (de 12h à minuit)
  • Fil Santé Jeunes
    Écoute, information et orientation des jeunes dans les domaines de la santé physique, psychologique et sociale
    Permanence d’écoute téléphonique anonyme et gratuite 7j/7, de 8 h à minuit
    Tél. : 32 24 ou 01 44 93 30 74 (depuis un portable)
  • Phare Enfants-Parents
    Accueil et écoute téléphonique des parents d’enfants suicidés ou en situation de mal-être
    Numéro Azur : 0810 810 987 (du lundi au vendredi de 9 h à 18 h)
    Service d’écoute par messagerie : vivre@phare.org
  • Associations La Porte ouverte
    Lieux d’écoute et de parole proposant des entretiens en face-à-face, anonymes et gratuits, avec des bénévoles (à Besançon, Bordeaux, Lyon, Paris, Rouen et Toulouse ; coordonnées des lieux d’accueil disponibles sur le site de l’association.
    Tél. : 01 48 78 02 35
    Mail : contact@la-porte-ouverte.fr
Bien informer les secours facilite leur intervention rapide

Quand vous appelez les services médicaux d’urgence, essayez de respecter les règles suivantes :

  • parlez calmement et distinctement ;
  • donnez votre numéro de téléphone, votre nom et celui de la personne à secourir ;
  • indiquez l'adresse exacte (étage, code d'accès, etc.) ;
  • décrivez le plus précisément possible les signes qui vous ont alerté ;
  • ne raccrochez pas avant que votre interlocuteur ne vous le demande.

Si la situation est moins urgente

Assurez-vous que la personne consulte bien son médecin traitant dans un délai bref. Celui-ci pourra :

  • juger de la gravité de son état ;
  • l’orienter vers un spécialiste en psychiatrie ou un psychologue, ou l’adresser au Centre Médico-Psychologique (CMP) dont elle dépend.

Des mesures pour prévenir le suicide

La prévention du suicide repose à la fois sur des actions collectives et individuelles.

Elles consistent à :

  • éviter l’isolement (responsable de détresse psychique) en favorisant l’intégration sociale et le développement de liens diversifiés (soutien familial ; relations amicales multiples ; aide d’une association ; participation à des actions de solidarité, de réflexion, de spiritualité, etc.) ;
  • limiter l’accès aux moyens permettant de réaliser son suicide (ex. : armes à feu) et sécuriser les lieux publics ;
  • développer et mieux diffuser l’information du public sur la dépression, les signes avant-coureurs du suicide, les dispositifs d’aide et d’écoute ;
  • renforcer la formation des professionnels (éducateurs, soignants, médecins du travail) sur la souffrance psychique et la crise suicidaire ;
  • développer les structures de soins et les centres d’appel pour les personnes en risque suicidaire.

Il s’agit d’améliorer le repérage, la prise en charge, l’accompagnement et le suivi des personnes :

  • souffrant de dépression ou d’addiction ;
  • présentant une vulnérabilité particulière face au risque de suicide ;
  • en situation de précarité et nécessitant des soins psychiatriques ;
  • vivant une situation de souffrance liée au travail.
Sources
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  • Ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes. Reconnaître la crise suicidaire. Site internet : ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes. Paris ; 2014 [consulté le 14 mai 2015]
  • Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes). Les minorités sexuelles face au risque suicidaire. Site internet : Inpes. Saint-Denis (France) ; 2014 [consulté le 14 mai 2015]
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  • Portail santé mieux-être du gouvernement du Québec. Prévenir le suicide. Site internet : Portail santé mieux-être du gouvernement du Québec. Québec (Canada) ; 2015 [consulté le 14 mai 2015]
  • Ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes. Que faire et à qui s’adresser face à une crise suicidaire ? Site internet : ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes. Paris ; 2014 [consulté le 14 mai 2015]
  • La Revue de la Médecine Générale. Face à la crise suicidaire, quelles ressources pour le médecin généraliste ? Site internet : Société scientifique de médecine générale. Bruxelles ; 2013 [consulté le 14 mai 2015]
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  • Courtet P, Olié É. Mardis de l’Académie – Les antidépresseurs préviennent le suicide... en attendant mieux ! Site internet : Académie nationale de médecine. Paris ; 2014 [consulté le 14 mai 2015]