Intoxication par voie orale

30 mars 2017
L’ingestion de certaines substances (médicaments, produits ménagers, etc.) peut causer une intoxication. Pour aider une personne qui en est victime, il faut agir selon la gravité de la situation. Les intoxications par voie orales peuvent être évitées grâce à certaines précautions.

Comment reconnaître rapidement une intoxication par voie orale ?

Une intoxication par voie orale est la conséquence de l'action nocive sur l'organisme d'une substance introduite par la bouche.

L'ingestion de ce produit toxique peut être accidentelle ou volontaire (en cas de tentative de suicide).

Cette substance peut être d'emblée toxique ou le devenir en fonction de la quantité qui aura pu pénétrer dans l'organisme.

Le plus souvent, l'ingestion du produit toxique est constatée rapidement, avant que des symptômes n'apparaissent. Il faut agir vite, même en l'absence de symptômes.

Si l'ingestion du produit toxique est passée inaperçue, il faut penser à une intoxication devant toute anomalie qui survient brutalement et sans explication, par exemple :

  • une diminution de la conscience ou des troubles du comportement ;
  • des difficultés respiratoires ;
  • des pupilles rétractées ou dilatées ;
  • des douleurs abdominales, des vomissements, une diarrhée ;
  • des brûlures ou une irritation au niveau de la bouche ;
  • des douleurs à la déglutition ;
  • un écoulement de salive par la bouche, etc.

Ces symptômes évoquent d'autant plus une intoxication s'il existe :

  • une odeur d'alcool ou de produits ménagers sur la peau ou dans l'haleine ;
  • une consommation récente d'aliments inhabituels ou suspects ;
  • la présence de boites vides de médicaments, laissant supposer une prise multiple de ces produits ;
  • la présence d'un flacon ou d'une boite de produit chimique ouverts (eau de javel ou pesticide, par exemple).

Il faut alors agir rapidement pour éviter ou limiter l'aggravation, liée au contact du produit ou à son passage dans le sang par absorption au niveau du tube digestif.

Les causes d'intoxication par voie orale

L'intoxication par voie orale est souvent due à l'ingestion :

  • de médicaments ;
  • de produits ménagers (eau de Javel, produit nettoyant, lessive...) ;
  • de produits de bricolage et industriels (colle, peinture...) ;
  • de produits cosmétiques (dissolvant, parfum...) ;
  • d'aliments avariés ;
  • de plantes et de champignons ;
  • de produits agricoles (engrais, pesticides, raticide comme le blé empoisonné, désherbants...) ;
  • de produits pétroliers (essence...) ;
  • d'alcool (phénomène de binge-drinking ou absorption d’alcool épisodique mais très importante (au moins 60 g d’alcool en une seule occasion) de plus en plus fréquente chez les adolescents. En français, on parle de "conduite d’alcoolisation aiguë", de "recherche d’ivresse" (ou, plus familièrement, de "défonce" ou de "cuite") ;
  • de drogues.

Les intoxications sont la 2ème cause d'accidents de la vie courante, la 1ère étant les traumatismes.

Dans 85 % des cas, elles surviennent surtout avant 4 ans et sont accidentelles.

Ces intoxications sont essentiellement dues à l'ingestion de médicaments, de produits ménagers et de bricolage.

On observe actuellement une augmentation du nombre de cas d'intoxication par l'ingestion de lessive contenue dans des dosettes. En effet ces dosettes de lessive liquide attirent les enfants par leur couleur. Comme elles sont petites, ils peuvent les attraper facilement. Leur enveloppe soluble dans l'eau se dissout quand l'enfant les met à la bouche. Leur liquide est très agressif pour la peau et les muqueuses.

Commission de la sécurité des consommateurs - Dosettes hydrosolubles de lessive liquide : prévention

Les intoxications orales peuvent être volontaires (tentative de suicide) ou accidentelles (champignons, drogue, alcool, par exemple).

Attention : usage détourné et dangereux des médicaments par l'adolescent et l'adulte jeune

Des médicaments antitussifs à base de codéine et des médicaments ajoutés à un soda, constituent une boisson appelée "purple drank", consommée à des fins récréatives. Son usage est de plus en plus fréquent chez des adolescents ou des jeunes adultes et est responsable de graves intoxications aiguës avec somnolence, agitation, troubles du comportement et crises convulsives.

Les intoxications sont souvent involontaires et dues à des médicaments : erreur de dosage, confusion entre les produits, auto médication. Pour limiter ce risque, l'utilisation d'un pilulier est pratique et conseillée. Avant toute prise d'un nouveau médicament, il est important de demander l'avis de son médecin ou de son pharmacien.

Que faire en cas d'intoxication par voie orale ?

Face à une ingestion d'un produit toxique, il est important d'évaluer la gravité de la situation, de connaître les gestes à faire et à ne pas faire avant d'appeler les urgences ou le centre antipoison.

La gravité d’une intoxication par voie orale dépend de l’état de conscience de la personne qui en est victime.

Appelez le numéro d'urgence médicale en composant le 15 ou le 112.

Au téléphone, le médecin régulateur pose des questions pour évaluer l'état médical de la personne.

Lorsque vous êtes en communication avec le médecin régulateur ;

  • parlez calmement et clairement ;
  • donnez votre numéro de téléphone ;
  • donnez votre nom et celui du malade ;
  • indiquez le lieu et l'adresse exacte, ainsi que l'étage et le code d'accès éventuel ;
  • décrivez le plus précisément possible les signes qui vous ont alerté, l'heure de début, le mode d'installation des symptômes et leur évolution (disparition, stabilisation, aggravation) ;
  • ne raccrochez pas avant que votre interlocuteur ne vous le demande. Le médecin régulateur peut avoir besoin d'autres renseignements ou peut vous donner des directives, par exemple sur les gestes à pratiquer dans l'attente de l'équipe médicale mobile. Le centre 15 se chargera également de prévenir le service d'accueil de l'hôpital si une hospitalisation est envisagée.

Mettez la personne en position latérale de sécurité : tournez-la sur le côté, la tête légèrement plus basse que le corps pour permettre à sa salive de s'écouler, ou pour l'empêcher de s'étouffer, en cas de vomissements.

Position latérale de sécurité

Schéma : position latérale de sécurité (592px)

Appelez le centre antipoison, même en l'absence de symptômes, ceux-ci pouvant n'apparaître que dans un 2ème temps.

Auparavant, recueillez le plus d'informations possibles qui vous seront demandées par téléphone et rassemblez les emballages de médicaments, les notices, les bouteilles ou les boites qui peuvent avoir contenu les substances toxiques.

Dans tous les cas, préparez-vous aux questions que vous posera le centre antipoison ou le Samu et donnez le plus de détails possibles :

  • l'âge, le poids, la taille de la personne concernée ;
  • les maladies éventuelles de la personne intoxiquée ;
  • les circonstances de l'intoxication : volontaire ou accidentelle ;
  • le ou les produits ingérés (nom et quantité) ;
  • l'heure de l'intoxication et sa durée ;
  • la quantité absorbée (souvent difficile à déterminer) .
  • les éventuels symptômes anormaux présentés par la personne intoxiquée (vomissements, transpiration importante, douleurs abdominales, convulsions, etc.)

Si la personne doit être transférée à l'hôpital, emportez :

  • le reste de produit, les emballages, les étiquettes, les notices ;
  • les restes de plantes, de nourriture et de champignons suspects.

La cause de l'intoxication pourra ainsi être plus facilement déterminée.

Quels sont les gestes à ne pas faire en cas d'ingestion d'un produit toxique ?

Respectez les consignes suivantes :

  • Ne faites pas boire de lait : le lait contient des matières grasses qui pourraient accélérer l'absorption du produit ingéré.
  • Ne faites pas boire d'eau : l'eau peut par exemple faire mousser un produit détergent ingéré.
  • Ne faites pas vomir la personne concernée : cela peut être dangereux car le produit s'il est caustique peut brûler l'œsophage et la bouche une deuxième fois lors du vomissement.
  • Ne laissez pas la personne sans surveillance.
  • Ne la transportez pas de votre propre initiative.

Les précautions à prendre pour éviter les intoxications par voie orale

Les intoxications par voie orale devraient être très rares car la plupart peuvent être évitées en prenant quelques précautions simples.

Suivez ces consignes :

  • respectez les modes d'emploi des produits toxiques, (produits ménagers, produits de bricolage, ) ;
  • conservez les produits dans leur emballage d'origine et ne les transvasez pas dans un autre contenant ;
  • gardez hors de la portée des enfants les produits potentiellement dangereux et si possible, dans un placard fermant à clés ;
  • soyez vigilant lorsque vous utilisez un produit toxique : veillez à éloigner votre enfant ;
  • expliquez à votre enfant les risques encourus en cas d'ingestion d'un produit toxique ;
  • apprenez-lui la signification des pictogrammes sur les étiquettes.

Ayez les bons réflexes :

  • mettez vos médicaments dans une armoire à pharmacie en hauteur, fermée à clé ;
  • ne laissez pas de médicaments dans un sac à main ou une sacoche, sur une table à la portée d'un enfant ;
  • faites comprendre à votre enfant que les médicaments ne sont faits que pour soigner et ne sont donnés que par un adulte ;
  • pour les médicaments, respectez les doses prescrites et conservez-les dans leur boite d'origine avec le dispositif d'administration : seringue, pipette, cuillère-mesure, compte-goutte ;
  • pensez à l'utilisation d'un pilulier, pratique pour ne pas oublier de prendre un médicament ou au contraire le prendre 2 fois, mais mettez ce pilulier hors de portée des enfants ;
  • ne prenez pas de nouveau médicament sans l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien ;
  • ne laissez pas les produits de soins à portée des enfants : crème hydratante ou éosine sur la table à langer, dissolvant et parfum en accès facile à la salle de bains...

Suivez quelques règles :

  • respectez les dates limites de consommation et la chaîne du froid ;
  • ne recongelez pas un aliment décongelé ;
  • respectez les conditions de température de stockage et vérifiez celles-ci en fonction des zones de votre réfrigérateur ;
  • respectez les durées maximales de stockage des denrées, tant dans le réfrigérateur que dans le congélateur ;
  • jetez toute boîte de conserve bombée ou dont le contenant présente à l’ouverture un aspect ou une odeur inhabituels ;
  • ne conservez pas le contenu d'une boite de conserve ouverte dans la boite d'origine, mais transvasez-le dans un récipient non métallique ;
  • si vous cueillez des champignons, ne ramassez que ceux que vous connaissez bien et transportez-les dans un panier et non dans un sac plastique, sans mélanger les espèces (un champignon vénéneux peut contaminer les autres). Mangez des champignons encore jeunes et faites-les bien cuire. Si vous avez un doute sur une espèce, montrez les champignons à votre pharmacien et si le doute persiste, jetez-les ;
  • ne laissez pas seul votre petit enfant dans un jardin ou un espace de plein air dans lequel sont présents des arbustes à baies et feuilles toxiques (cotonéaster, laurier-cerise, arum...) ou des champignons de pelouse souvent nocifs ;
  • ne mélangez pas alcool et médicaments et évitez la consommation d'une quantité importante d'alcool sur une courte durée.

N° d’Urgence Médicale

Samu : 15 Pompiers : 18 Appel d'urgence européen : 112
Ces numéros sont gratuits et peuvent être appelés d'un téléphone fixe ou d'un téléphone mobile même bloqué ou sans crédit.

N° Centre Antipoison

Angers
02 41 48 21 21
Marseille
04 91 75 25 25
Rennes
02 99 59 22 22
Bordeaux
05 56 69 40 80
Nancy
03 83 32 36 36
Strasbourg
03 88 37 37 37
Lille
0800 59 59 59
Paris
01 40 05 48 48
Toulouse
05 61 77 74 47
Lyon
04 72 11 69 11
Ces numéros sont gratuits et peuvent être appelés d'un téléphone fixe ou d'un téléphone mobile même bloqué ou sans crédit.
Sources
  • Centre Antipoisons Belge. Intoxications. Site internet : centreantipoisons.be. Bruxelles [consulté le 17 mai 2016]
  • Collège National des Pédiatres Universitaires. Intoxications chez l'enfant. Site internet : Campus de pédiatrie-Université Paris 5 ; 2014 [consulté le 17 mai 2016]
  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Usage détourné de médicaments antitussifs et antihistaminiques chez les adolescents et les jeunes adultes - Point d'Information. Site internet : ANSM. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2016 [consulté le 17 mai 2016]
  • Commission de la sécurité des consommateurs (CSC). Intoxications alimentaires - Fiche de prévention. Site internet : CSC. Paris ; 2015 [consulté le 18 mai 2016]
  • Association des centres antipoison et de toxicovigilance (CAPTV). Que faire en cas d'accident ? Site internet : CAPTV. Paris ; 2011 [consulté le 18 mai 2016]
  • Centre Hospitalier Universitaire de Toulouse. Centre Antipoison et de Toxicovigilance. Conseils pratiques en cas d'intoxication. Site internet : CHU Toulouse ; 2016 [consulté le 18 mai 2016]
  • Centre hospitalier régional universitaire de Lille. Centre antipoison. Fiches prévention des intoxications. Site internet : CHRU Lille. Lille (France). [consulté le 18 mai 2016]