Reconnaître l’urticaire

17 avril 2020
L’urticaire est une éruption qui se manifeste par des plaques rouges en relief sur la peau, souvent associées à des démangeaisons. En général, les crises sont brèves et isolées. Néanmoins, l’urticaire peut devenir chronique. La réaction est provoquée par l’activation d’une cellule immunitaire : le mastocyte.

Qu’est-ce que l’urticaire ?

L’urticaire est une éruption cutanée caractérisée par la présence de plaques (ou papules) rouges ou rosées, superficielles, arrondies, bien limitées et en relief. Ces lésions sont fréquemment associées à des démangeaisons, ou prurit, comme en cas de piqûres d’orties (origine du mot urticaire).

L’éruption touche généralement la surface de la peau. Les plaques d'urticaire sont peu nombreuses ou au contraire multiples. Elles changent de place avant de disparaître moins de 48 heures sans laisser de traces.

Parfois, l'uticaire s’étend en profondeur ou gagne les muqueuses. On parle alors d’angiœdème. L'angio-œdème siège principalement sur le visage (paupières et lèvres) et se caractérise par un gonflement important qui déforme la zone atteinte. La rougeur de la peau est peu marquée. Dans l’immense majorité des cas cet angiœdème est bénin. Mais, dans les rares cas d’urticaire allergique, l’angiœdème peut toucher la , le , les cordes vocales et le larynx, entrainant des difficultés à parler et à respirer. Cette forme, appelée œdème de Quincke, nécessite une hospitalisation en raison du risque d’asphyxie.

On distingue deux formes d’urticaire :

  • L’urticaire aiguë : il n'y a qu’une seule poussée, qui dure quelques heures à quelques jours. L'urticaire peut récidiver à distance du premier épisode et les poussées d’urticaire changent fréquemment de localisation.
  • L’urticaire chronique est définie par des poussées se répétant tous les jours ou tous les 2 à 3 jours, sur une durée d’au moins six semaines. Ces manifestations peuvent être associées à des douleurs abdominales et articulaires, et à un peu de fièvre. C'est une maladie inflammatoire chronique de la peau. Elle disparaît en quelques mois ou années.

L’urticaire, une éruption très fréquente

Une personne sur cinq est touchée par un épisode d’urticaire au moins une fois au cours de sa vie.

Comment survient l’urticaire ?

L’urticaire est due à l’activation d’une catégorie de globules blancs du système immunitaire : les mastocytes présents dans la peau et les muqueuses. Les mastocytes contiennent de l’histamine, une impliquée dans le déclenchement des réactions inflammatoires.

Lorsque les mastocytes sont activés par des allergènes ou le plus souvent par des stimuli non allergéniques (froid, effort, médicament…), l’histamine est libérée, les vaisseaux sanguins se dilatent et leur perméabilité augmente. Du liquide et des cellules pénètrent alors dans les tissus environnants, provoquant leur gonflement : ce sont les plaques d'urticaire.

L’urticaire : de multiples agents déclencheurs

L’urticaire allergique : une urticaire aiguë, exceptionnelle, mais grave

Les urticaires allergiques sont rares. Elles sont caractérisées par la production d’anticorps spécifiques d’un allergène : aliment, médicament, venin de guêpe ou d'abeille…, qui représentent des allergènes ou substances vis-à-vis desquelles la personne est devenue allergique :

  • Les aliments le plus souvent impliqués dans les formes allergiques sont le lait de vache, les crustacés, les poissons, les œufs, les fruits, les arachides, les fruits à coque (noix noisettes amandes).
  • Les urticaires médicamenteuses allergiques sont rares. Elles se développent dans les minutes qui suivent la prise du médicament (ou produit de contraste utilisé en radiologie) et sont exceptionnellement isolées. Elles sont très souvent accompagnées de signes d’anaphylaxie.
  • Les piqures d’insectes venimeux : guêpes...

L'urticaire allergique est associée à une activation généralisée et intense des mastocytes, responsable de la survenue de l’éruption souvent associée à d'autres symptômes respiratoires (toux, crise d'asthme), digestifs (douleurs abdominales, vomissements, diarrhée), ou accompagnée d'un malaise lié à une chute de la tension artérielle. Le en est la manifestation la plus sévère.

Une urticaire allergique survient dans les 2 heures qui suivent le contact avec l' et la durée de la crise est courte ne dépassant pas 24 heures.

Si ultérieurement, un nouveau contact avec le même se produit, la réaction apparaît souvent plus rapidement et de manière plus intense (risque de ).

Les urticaires non allergiques, les plus fréquentes

Les urticaires non allergiques sont les plus fréquentes. Il peut s’agir d'urticaire aiguë ou chronique. L’urticaire non allergique est due à une activation des mastocytes par des mécanismes qui ne mettent pas en jeu les et leurs récepteurs, mais d’autres récepteurs présents à la surface ou à l’intérieur de ces cellules.

Les urticaires aiguës non allergiques

Elles recouvrent différentes situations :

  • Les urticaires médicamenteuses non allergiques représentent 15 à 20% des cas d’urticaire aiguë. Elles sont dues à l’action directe des médicaments sur les mastocytes cutanés. Elles impliquent essentiellement des antibiotiques (surtout la pénicilline) et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (surtout l’aspirine). Sont aussi impliqués des traitements hormonaux ou enzymatiques ainsi que l’amidopyrine (antalgique).
  • Les urticaires alimentaires sont le plus souvent non allergiques, causés par l’absorption en grande quantité d’aliments contenant des amines biogènes (famille de molécules à laquelle appartient l’histamine) ou d’aliments histamino-libérateurs, c'est-à-dire capables d’activer les mastocytes : 
    • les fromages fermentés, les conserves de poissons, d’œufs ou de harengs fumés, les conserves en général, les charcuteries, la choucroute, les épinards, le foie de porc, la tomate, les sardines, les anchois, les saumons, les viandes, les fraises, etc. ;
    • les aliments irritants pour les mastocytes : le café, le thé, les boissons alcoolisées, des colorants alimentaires comme E102, des conservateurs comme les salycilates et différents additifs alimentaires dont les sulfites.
  • Les urticaires de contact peuvent être déclenchées par de multiples causes : les plantes (ex. : orties), le latex, les produits de nettoyage, les animaux (ex. : méduses).
  • Une poussée d'urticaire non allergique peut survenir dans un contexte de maladie :

Les urticaires chroniques non allergiques

Les patients porteurs d’urticaire chronique ont une fragilité des mastocytes cutanés qui les rend très sensibles à l’activation en réponse à un ensemble de stimuli non allergéniques. L'urticaire chronique n'est pas une maladie allergique mais une maladie inflammatoire chronique de la peau, dans laquelle les poussées d'urticaire sont fréquentes et favorisées par certains aliments, les infections virales, l'effort, des médicaments ou le stress sur un terrain prédisposé…

Elle apparaît généralement de manière brutale et disparaît en plusieurs mois ou années. On estime que 40 % des urticaires chroniques persistent après un an, 30% après 2 ans et 20% après 10 ans..

Les causes physiques d'urticaire

Les manifestations d'urticaire surviennent immédiatement lirs de l'exposition à la cause physique et sont en général de courte durée. Elles s’arrêtent lorsque l’élément déclenchant est supprimé mais reviennent lors d’une nouvelle exposition.

La cause physique peut être :

  • les frottements : une forme commune d’urticaire déclenchée par la friction de la peau. Les plaques retracent alors le trajet de la friction. La forme la plus fréquente des urticaires physiques est le dermographisme provoqué par le simple frottement de la peau, l'épilation électrique ou à la cire… ;
  • la pression : les lésions apparaissent quelques heures après une pression importante (selle de vélo, vêtements serrés, manipulation d’outil, marche longue). Elles sont souvent douloureuses et mettent plusieurs jours à disparaître. Cette affection est appelée urticaire retardée à la pression ;
  • le froid : l’urticaire atteint les parties du corps découvertes et exposées aux intempéries ou à l’eau froide (ou avec un écart de température avec l’air ambiant) ; elle est parfois induite par l'ingestion d'aliments ou de boissons glacés ;
  • le soleil : urticaire solaire après quelques minutes d’exposition au soleil ;
  • la chaleur :absorption d’aliments chauds, douche ou bain chaud,
  • l’effort et les émotions responsables d'une urticaire cholinergique ;
  • les vibrations : utilisation d'un objet vibrant (marteau piqueur par ex), applaudissements, pratique du vélo tout terrain, etc.

Par ailleurs, le stress peut être un important facteur déclenchant, voire aggravant, d’urticaire aiguë ou chronique.

  • Société française de dermatologie. L'urticaire. Site internet : Dermato.info. Paris ; 2020 [consulté le 24 mars 2020]
  • Vigan V. Urticaires. EMC - AKOS (Traité de Médecine) 2017;12(3):1-7 [Article 1-1150]
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale. Site internet : Inserm. Paris ; 2016 [consulté le 24 mars 2020]
  • Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé, Société française de dermatologie. Conférence de consensus : prise en charge de l’urticaire chronique. Site internet : Haute Autorité de santé. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2003 [consulté le 24 mars 2020]
  • Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Urticaires de contact d'origine professionnelle. Site internet : INRS. Paris ; 2007 [consulté le 24 mars 2020]