Repérer un trouble du spectre de l'autisme chez l'enfant

23 novembre 2021
Le repérage dès le plus jeune âge et le diagnostic précoce des troubles du spectre de l'autisme sont des enjeux importants. Ils vont permettre de mettre en œuvre des interventions adaptées à l'enfant dans le but de favoriser son développement et ses apprentissages.

Autisme : les signes d'alerte chez l'enfant

L’importance d’un repérage précoce

Le repérage et le diagnostic précoces des troubles du spectre de l'autisme (TSA) sont des enjeux importants. Ils vont permettre de mettre en œuvre des interventions adaptées aux enfants dans le but de favoriser leur développement et leurs apprentissages.

Les signes évocateurs d’un TSA sont présents le plus souvent avant 36 mois, ils peuvent l’être bien avant (avant 18 mois) ou apparaître plus tard.

Le rôle des parents et de l’entourage, souvent les premiers alertés

Les parents sont « experts » de leurs enfants et peuvent se poser des questions sur son développement et/ou son comportement. Leur inquiétude en ce qui concerne la communication sociale et le langage est notamment un signe d’alerte à prendre en compte, quel que soit l’âge de l’enfant.

Il arrive également que les adultes qui prennent en charge l’enfant (éducateur, médecin de crèche, assistante maternelle) fassent part de leurs questionnements après avoir remarqué des troubles.

L’exploration de la communication, du comportement et du langage est recommandée dans le cadre de chaque examen médical de suivi de l’enfant (médecin de PMI, pédiatre, médecin traitant) dès son plus jeune âge.

Autisme : quels sont les signes d’alerte ?

Les signes d’alerte sont des troubles de la communication (retard dans le développement du langage, absence de pointage) associés à des troubles du comportement (gestes répétés, obsessions inhabituelles) et des difficultés dans les relations sociales (isolement ou comportement inadapté, incompréhension des émotions des autres).

La stagnation ou la régression des habiletés de langage, de communication ou de relations sociales, entre l’âge de 1 et 2 ans est considérée comme un signe d’appel pour un risque d’autisme.

Les troubles de la communication et des interactions sociales

Avant 18 mois

L'absence de babillage, de sourire ou de réaction à la voix des parents, de pointage (l’enfant ne pointe pas du doigt en direction de l’objet qui l’intéresse), de gestes sociaux pour communiquer à partir de 12 mois (le nourrisson ne fait pas coucou, au revoir, ne lève pas les bras pour être porté, etc.) sont considérés comme des signes à surveiller.

En effet, il s'agit de signes d’appel pour un risque d’autisme, sachant que ces symptômes peuvent être temporaires et observés uniquement à un moment donné du développement.

Autour de 18 mois

L’absence de mots à 18 mois et au-delà, puis l’absence d’association de mots à 24 mois et au-delà doivent alerter et amener à rechercher d’autres signes.

La combinaison d’au moins 2 signes parmi des difficultés pour entrer en relation doit alerter :

  • difficultés d’attention : l’enfant ne partage pas l’attention d’une personne sur un objet. Il ne cherche pas à attirer l’attention d’autrui ;
  • manque de réciprocité et de réaction sociales : l’enfant rencontre des difficultés pour adresser un regard (il ne regarde pas dans les yeux), il ne sourit pas ou rarement et reste silencieux, il ne répond pas à l’appel de son prénom. Il réagit peu aux séparations et retrouvailles ;
  • difficultés de langage : les sons qu’il produit sont sans intention de communication ;
  • difficultés dans le jeu socio-imitatif (il ne joue pas à faire semblant, il n’entre pas en contact avec autrui par le jeu) ou dans les réponses sensorielles (l’enfant recherche ou évite des sensations).

Cependant, aucun de ces signes pris de façon isolée n’a de valeur prédictive.

Au-delà de 18 mois et jusqu’à l’adolescence

Au-delà de 18 mois, les signes précédemment énoncés peuvent persister.
Dans l’enfance, des difficultés relationnelles s’installent  et en particulier des difficultés à :

  • créer des liens amicaux et isolement social,
  • engager, suivre ou participer à une conversation,
  • prendre des initiatives sociales (sorties, invitations…),
  • comprendre ou interpréter des intentions, des expressions langagières, le second degré, etc.
Quelques situations devant m'alerter 

Mon enfant ne réagit pas (ou peu) aux séparations et aux retrouvailles.

Il ne communique pas ou mal par le langage oral, et les moyens non verbaux, comme les gestes ou la mimique.

Il est trop calme ou au contraire trop excité.

Il semble indifférent au monde sonore et aux personnes qui l’entourent.

Son regard est difficile à capter.

Il ne joue pas avec les autres enfants (ex : il ne joue pas au « coucou/caché » et ne cherche pas à imiter les enfants ou les adultes). 

Le caractère répétitif des comportements des intérêts et des activités

Les comportements répétitifs, les routines, l’intolérance aux changements, l’intérêt restreint à certaines activités, les peurs apparaissent dans le développement de l’enfant autiste.

L’enfant a des mouvements répétitifs du buste, de la tête, des bras (battement des mains, balancement du corps…) et il utilise les objets de façon répétitive : aligner ses jouets, faire tourner sans cesse une roue de voiture…

Il répète les sons ou un mot sans vouloir communiquer après l’avoir entendu : c’est l’écholalie (répétition de façon automatique des mots ou fins de phrases).

Il aime les routines : manger la même nourriture, faire la même activité…et il a des rituels et n’aime pas les changements : poser toujours les mêmes questions, suivre le même chemin…

Il s’attache à des objets insolites : caillou par exemple.

Il a des peurs inhabituelles pour son âge : peur des rideaux qui bougent par exemple.

Il a un intérêt excessif pour les chiffres ou les lettres, les lignes de métros…

Ces signes d’alerte ne suffisent pas à porter un diagnostic. Il est nécessaire de faire des démarches auprès des professionnels de santé habilités pour cela.

Consulter le webdocumentaire sur le repérage précoce de l’autisme élaboré par Centre Ressource Autisme de Lyon, la Fédération française de neurologie et l’association Autisme France

Le diagnostic des troubles du spectre de l'autisme

À qui s'adresser en cas d'inquiétude concernant son enfant ?

En cas de doute, les parents peuvent, dans un premier temps, prendre rendez-vous avec le médecin traitant ou le pédiatre de leur enfant.

Si le médecin généraliste ou le pédiatre ne confirment pas les craintes des parents et que leurs inquiétudes sont toujours présentes, ils peuvent tout à fait prendre un deuxième avis. Le premier médecin donnera ses observations écrites à caractère médical afin de faciliter l’accès à un deuxième examen.

Médecin traitant et pédiatre, en première ligne pour repérer les troubles autistiques

Pour les aider, l’Assurance Maladie a créé la consultation longue et majorée en cas de suspicion de troubles autistiques. Ils peuvent ainsi prendre le temps, en s'appuyant sur des outils validés. Lors de sa consultation, le médecin peut s’appuyer sur un document de repérage.

En cas de suspicion d’autisme, le médecin oriente l’enfant vers un professionnel de santé spécialisé dans l’autisme ou encore vers une plateforme de coordination et d’orientation.

Mises en place en 2019, les plateformes de coordination et d’orientation ont pour objectif :

  • d’assurer un appui aux professionnels de première ligne impliqués dans le repérage (médecin traitant, pédiatre, personnel de crèche et de l’Éducation nationale…), de garantir une intervention précoce et d’aider au cheminement du diagnostic d’autisme ;
  • de permettre aux familles d’avoir accès à des soins et rééducations par des professionnels le plus tôt possible (avec financement des bilans et interventions des professionnels libéraux dont les actes ne sont actuellement pas couverts par une convention avec l’Assurance Maladie, à savoir : les ergothérapeutes, les psychomotriciens et les psychologues ;
  • de permettre de nouvelles pratiques de coordination en particulier avec des professionnels de santé libéraux ayant contractualisé avec la plateforme, et de gérer les délais de prise en charge par les structures médico-sociales telles que les centres d’action médico-sociale précoce (CAMPS), les centres médico-psychologiques (CMP), les centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP), etc. ;
  • d’assurer l’accompagnement continu de la famille dans le parcours de soins.

Le bilan en vue du diagnostic d'autisme

Le diagnostic d’autisme ne peut être fait qu’après un bilan réalisé par une , formée au diagnostic des troubles du neurodéveloppement :

  • pédopsychiatres (services de psychiatrie de l’enfant, CMP, CMPP, CAMPS, services de pédiatrie) et neuropsychologues,
  • professionnels de la rééducation : orthophonistes, psychomotriciens, ergothérapeutes,
  • médecins ORL,
  • médecins ophtalmologistes.

Le diagnostic d’un TSA s’appuie sur l’observation de l’enfant (des questionnaires d’observation standardisés peuvent être utilisés) et l’examen complet de l’enfant (poids, taille, examen neurologique).

Des examens sont nécessaires :

  • des évaluations orthophoniques, psycho-cognitives, sensorielles, du développement psychomoteur,
  • un bilan ORL pour s’assurer de l’absence d’une surdité qui pourrait être à l'origine des troubles observés,
  • bilan ophtalmologique pour s’assurer que l’enfant voit bien.

Le bilan recherche les troubles associés à l’autisme :

Parents d'enfant autiste : trouver de l'aide

Les parents peuvent se faire aider dans les démarches à suivre par un centre autisme (CRA) proche de chez eux . Pour trouver un centre, consulter le site du Groupement National centres ressources autisme.

Des associations de patients peuvent également indiquer aux parents des professionnels de santé spécialisés et respectant les recommandations de bonnes pratiques.

  • Circulaire interministérielle n° DIA/DGCS/SD3B/DGOS/R4/DGESCO/2021/201 du 23 septembre 2021 relative au déploiement des plateformes de coordination et d’orientation et l’extension du forfait d’intervention précoce de 7 à 12 ans
  • Haute Autorité de santé. Autisme et autres troubles envahissants du développement : interventions éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent. Recommandation de bonnes pratiques. Site internet : HAS Saint-Denis La Plaine (France) ; 2012 [consulté le 19 novembre 2021]
  • Santé publique France. Autisme. Site internet : Santé publique France. Saint Maurice (France) ; 2020 [consulté le 19 novembre 2021]
  • Haute Autorité de santé. Autisme de l'enfant : accélérer les étapes jusqu’au diagnostic, agir sans attendre. Communiqué de presse. Site internet : HAS Saint-Denis La Plaine (France) ; 2018 [consulté le 19 novembre 2021]
  • Haute Autorité de santé. Trouble du spectre de l’autisme - Signes d’alerte, repérage, diagnostic et évaluation chez l’enfant et l’adolescent. Recommandation de bonne pratique. Site internet : HAS Saint-Denis La Plaine (France) ; 2018 [consulté le 19 novembre 2021]
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale. Autisme. Site internet : Inserm. Paris ; 2018 [consulté le 19 novembre 2021]
  • Collège national des universitaires de psychiatrie. Association pour l’enseignement de la sémiologie psychiatrique. Principaux troubles du neurodéveloppement. TSA. ECN 2021 3e édition. Presses universitaires François-Rabelais