Le traitement du trouble bipolaire

18 juin 2018
En cas de trouble bipolaire, l’équipe médicale peut prescrire des médicaments régulateurs de l’humeur ou d’autres traitements. Ils sont pris pendant une longue période, pour réduire les symptômes et éviter les récidives. Parfois, un accompagnement psychologique est aussi proposé au patient.

Quelle prise en charge en cas de trouble bipolaire ?

Le traitement du trouble bipolaire implique une équipe multidisciplinaire, pouvant associer autour du médecin traitant :

  • un médecin psychiatre, voire d’autres spécialistes (ex. : endocrinologue, cardiologue...) ;
  • un psychologue ;
  • des infirmiers ;
  • des travailleurs sociaux ;
  • des aides à domicile ;
  • des éducateurs.

Ces intervenants aident la personne à conserver une vie sociale et professionnelle la plus normale possible. Dans certains cas, ils proposent aux patients de :

  • fréquenter un centre d’accueil thérapeutique ;
  • participer à un atelier thérapeutique ;
  • bénéficier d’une hospitalisation de jour.

Quels sont les principaux médicaments prescrits en cas de trouble bipolaire ?

Les médicaments régulateurs de l'humeur dans le trouble bipolaire

Les régulateurs de l’humeur représentent le traitement le plus courant du trouble bipolaire. Ils servent à :

  • atténuer les symptômes de l’épisode maniaque ou dépressif en cours ;
  • réduire le risque de récidive.

En général, ces médicaments sont proposés à partir du troisième épisode de trouble bipolaire. Ils peuvent être prescrits avant, si les premières manifestations ont eu des conséquences sociales et professionnelles importantes (pour le patient comme pour sa famille).

Il existe plusieurs sortes de médicaments régulant l’humeur. Depuis les années 1980, l’un des plus utilisés est le .

En cas d’intolérance à celui-ci, notamment, d’autres régulateurs de l’humeur peuvent être prescrits :

  • médicaments employés aussi dans des maladies du système nerveux (anti-épileptiques : divalproate de sodium, valpromide, carbamazépine...) ;
  • traitements utilisés pour d’autres affections psychiatriques (olanzapine, rispéridone, aripiprazole...)

Dans tous les cas :

  • un seul médicament est prescrit (sauf lorsqu'une association s'avère nécessaire) ;
  • le médicament met souvent plusieurs semaines à agir ;
  • il faut parfois tester deux ou trois médicaments avant de trouver le plus efficace.

En cas de prise de , on effectue régulièrement un dosage de cette substance dans le sang (lithémie). Cela permet d’éviter certains effets secondaires, induits par de trop fortes doses (nausées, tremblements, somnolence, prise de poids...). Pour surveiller la bonne tolérance du traitement, d’autres examens sont aussi effectués à intervalles réguliers : analyses sanguines et surveillance du cœur (recherche de troubles du rythme cardiaque) et de la glande thyroïde (le pouvant perturber le fonctionnement de la thyroïde et être responsable d'une hypothyroïdie).

Pour éviter des récidives, les régulateurs de l’humeur doivent être pris pendant longtemps (parfois toute la vie). En général, on arrête le traitement :

  • sous surveillance médicale stricte ;
  • quand l’humeur est parfaitement stabilisée depuis au moins deux ans.

Valproate et prescription chez les filles, adolescentes et la femme en âge de procréer

Le valproate possède un rôle tératogène grave lorsqu'il est pris chez une femme enceinte : il expose à un risque élevé de malformations congénitales (10 % des cas). Les enfants exposés au valproate in utero présentent également un risque accru de troubles du développement moteur, intellectuel et comportemental (jusqu’à 30 à 40 % des cas). L'utilisation du valproate est interdite pendant la grossesse.

En raison des risques graves qu’ils font courir au fœtus en cas de grossesse, les médicaments à base de valproate (Depakote® et Depamide®) ne sont désormais plus prescrits aux filles, adolescentes et femmes en âge de procréer sauf en cas d’inefficacité ou d’intolérance à des alternatives médicamenteuses. Dans ce cas, la prescription de ce médicament aux jeunes femmes en âge de procréer est faite sous couvert d’une contraception efficace.

Depuis le 1er juillet 2017, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam) a pour mission de faciliter la réparation des dommages en lien avec la prescription de valproate ou de l’un de ses dérivés.

Les autres médicaments si besoin

Certains antipsychotiques peuvent être administrés durant les épisodes maniaques, pour réduire les manifestations telles que délire ou hallucinations. Dans certains cas, les médecins leur associent des benzodiazépines, qui tranquillisent la personne malade.

Des antidépresseurs sont parfois employés dans les épisodes dépressifs, en association avec un régulateur de l’humeur (pour éviter la survenue d’un épisode maniaque).

Séances d'électroconvulsivothérapie (sismothérapie)

Ce traitement repose sur l’administration de décharges électriques au niveau du cerveau. Il est parfois proposé pour traiter des épisodes sévères ou graves :

  • des épisodes dépressifs graves ("mélancolie"), résistant aux antidépresseurs ;
  • des épisodes maniaques sévères et prolongés.

Ces soins ont souvent une mauvaise image, à tort. En effet, ils sont plus efficaces que les antidépresseurs et n’entraînent aucune douleur, car ils sont réalisés sous anesthésie générale.

Reconnaissance du trouble bipolaire en ALD

Votre médecin traitant (ou votre psychiatre) peut demander la reconnaissance de votre maladie au titre d’affection de longue durée (ALD). Les soins et les examens en rapport avec l’affection sont pris en charge à 100 % dans la limite des tarifs de l’Assurance Maladie. Parlez-en à votre médecin traitant.

La prise en charge psychologique en cas de trouble bipolaire

Avec l’adhésion du malade, le traitement peut aussi être associé à une prise en charge psychologique, reposant par exemple sur :

  • Une  : il s’agit d’une thérapie de soutien, comportementale ou familiale, ou encore d’une analyse.
  • Une psychoéducation : elle consiste en des programmes d’information structurée, destinés au patient (et éventuellement à ses proches). Elle contribue à améliorer la compréhension de la maladie bipolaire et le suivi du traitement, en apprenant notamment au malade à :
    • reconnaître les symptômes du trouble bipolaire,
    • identifier les bénéfices des traitements (médicamenteux ou non) et leurs éventuels effets secondaires, pour pouvoir consulter plus tôt.

Avec l’accord du patient, la psychoéducation peut aussi être utilisée pour :

  • sensibiliser l’entourage aux contraintes du trouble bipolaire et des traitements ;
  • aider les proches à mieux réagir aux difficultés de la vie quotidienne.
Sources
  • Haute Autorité de santé (HAS). Actes et prestations – Troubles bipolaires. Site internet : HAS. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2017 [consulté le 13 juin 2018]
  • Collège national des universitaires en psychiatrie. Troubles bipolaires. Site internet : Association pour l'enseignement de la psychiatrie. Paris ; 2014 [consulté le 13 juin 2018]
  • National Institute of Mental Health. Bipolar disorder. Site internet : NIMH. Rockville (États-Unis) ; 2016 [consulté le 13 juin 2018]
  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Valproate et dérivés. Site internet : ANSM. Saint Denis La Plaine (France) ; 2018 [consulté le 13 juin 2018]