Symptômes, diagnostic et évolution de l'anorexie mentale et de la boulimie

02 mai 2017
Le diagnostic de l’anorexie mentale et de la boulimie s’installe de manière insidieuse durant un temps plus ou moins long, généralement à l’adolescence. Cependant il est nécessaire d’en repérer rapidement les symptômes afin d’assurer une prise en charge la plus précoce possible.

Repérer les signes

Les principaux troubles du comportement alimentaire, l’anorexie mentale et la boulimie, se manifestent par des symptômes qui doivent faire l’objet d’un repérage précoce afin de prévenir le risque d’évolution vers une forme chronique ainsi que les complications somatiques, psychiatriques ou psychosociales. L’infirmière ou le médecin de santé scolaire peuvent être les premiers à repérer les signes avant-coureurs du trouble. Il est important qu’ils les signalent à la famille.

Le diagnostic précoce facilite également la relation entre le patient et son environnement familial.

Anorexie mentale : symptômes et diagnostic

Entre la reconnaissance des symptômes et le diagnostic médical, le délai est parfois long.

Les troubles du comportement alimentaire s’installent insidieusement chez la jeune personne souvent sous prétexte d’un régime alimentaire amaigrissant. Un rapport obsessionnel avec la nourriture s'installe avec la volonté de perdre toujours plus de poids. Rapidement, toute l'activité psychique se concentre sur le poids, la minceur et sur l'invention de stratégies pour refuser l'alimentation.

Chez la jeune fille, certains signes peuvent alerter la famille :

  • À table, la jeune fille anorexique se soucie énormément de ce que les autres membres de la famille mangent. Elle n'hésite pas à les resservir et même à leur préparer des plats, de sorte que personne ne remarque qu'elle n'a presque rien mangé. Elle-même trie la nourriture qu’elle mange et exclut les aliments riches en calories ; elle évite les repas, invente des stratégies pour refuser l’alimentation.
  • La jeune fille maigrit et cache son amaigrissement sous des vêtements amples ou l'exhibent avec fierté par des vêtements de taille de plus en plus petite.
  • Elle n’a plus ses règles ou présente des règles très espacées alors qu’elle était jusque-là bien réglée.
  • Elle fait preuve d'une incroyable vitalité, se surinvestit dans ses études, fait beaucoup de sport... Si bien que son entourage ne se doute de rien pendant longtemps.

Chez le jeune homme, l’anorexie mentale (10 % des cas) présente quelques particularités :

  • l’anorexie est plus souvent associée à des phases de boulimie ;
  • l’hyperactivité est plus fréquente que l’hyper investissement intellectuel.

Il repose sur l'association de différents critères pouvant varier selon l’âge mais toujours associés à une perturbation de l’image du corps.

Chez l’adolescent :

  • ralentissement de la croissance staturale avec infléchissement de la (courbe de l’indice de masse corporelle) ;
  • problème de poids et restriction alimentaire ;
  • retard pubertaire ;
  • chez la jeune fille, absence de règles pendant au moins trois cycles consécutifs ( ) ou cycles irréguliers plus de 2 ans après l’apparition des premières règles ;
  • hyperactivité physique ;
  • hyper investissement intellectuel.

Chez l'adulte :

  • perte de poids supérieure à 15 % ;
  • indice de masse corporel (IMC) inférieur à 18,5 kg/m2 ;
  • refus de prendre du poids malgré un IMC faible ;
  • femme ayant une secondaire ;
  • homme ayant une baisse marquée de la et de l’érection ;
  • hyperactivité physique ;
  • hyper investissement intellectuel ;
  • infertilité.
Les symptômes évocateurs chez l’enfant

Chez l'enfant, avant la puberté, les signes évocateurs d'anorexie mentale sont plus difficiles à reconnaître :

  • la croissance de l'enfant ralentit ;
  • sur la (Indice de Masse Corporelle – IMC), le poids de l'enfant baisse ;
  • des nausées ou des douleurs abdominales répétées sont courantes ;
  • les signes de puberté n’apparaissent pas ou sont retardés : chez les filles, absence de développement des seins et d’apparition des règles ; chez les garçons, absence de développement des organes génitaux.

Au moindre doute, consultez votre médecin.

Reconnaître la boulimie

Les signes sont parfois difficiles à identifier avant de poser le diagnostic.

Ce trouble du comportement se manifeste sous la forme de , appelées aussi crises, auxquelles la personne boulimique ne peut résister. La crise de boulimie se traduit par des comportements et des signes typiques :

  • elle se déroule presque toujours en dehors des repas et en cachette ;
  • durant la crise, la personne boulimique mange rapidement, sans pouvoir s'arrêter, des quantités importantes d'aliments (tous ceux à portée de main) ;
  • le plus souvent, ces aliments ne sont ni cuits, ni préparés. Le but n'est pas de se faire plaisir en mangeant ce que l'on aime, mais vraiment de se "remplir" ;
  • après la crise, la personne boulimique ressent une impression de malaise, de remords et de dégoût de soi ;
  • dans près de la moitié des cas, la personne boulimique provoque des vomissements, parfois suivis d'une autre crise boulimique ;
  • en dehors des crises, la personne boulimique fait très attention à ne pas grossir, quitte à prendre des laxatifs ou à pratiquer une activité physique intense. Elle est donc rarement obèse.

En général, les crises de boulimie apparaissent suite à un stress. Malgré tous ses efforts pour résister, le malade finit par céder, en ayant la sensation de perdre tout contrôle.

Il repose sur l'association des critères suivants :

  • la répétition d'épisodes boulimiques (consommation rapide d'une grande quantité d'aliments) ;
  • la sensation de perdre le contrôle de la prise de nourriture lors des épisodes boulimiques ;
  • la moyenne hebdomadaire d'au moins deux épisodes boulimiques et ce, depuis au moins trois mois ;
  • le recours récurrent à des comportements compensatoires inappropriés destinés à prévenir la prise de poids. La nature des moyens utilisés détermine deux formes de boulimie : soit avec prise de laxatifs, de , de médicaments coupe–faim, vomissements provoqués, soit avec pratique du jeûne ou d’exercice physique intensif ;
  • l'intérêt exagéré porté à son corps et à son poids.

L’hyperphagie boulimique se manifeste par des épisodes récurrents de crises de boulimie avec perte de contrôle sur le comportement alimentaire mais sans association à des comportements compensatoires inappropriés. Le diagnostic peut être posé lorsque les crises surviennent au moins une fois par semaine depuis 3 mois. La gravité du trouble est déterminée par la fréquence hebdomadaire des épisodes.

L'évolution de l'anorexie mentale et de la boulimie

L’évolution peut aller vers la guérison ou vers des complications.

Il est possible de guérir des troubles du comportement alimentaire même si l'évolution est souvent longue et fluctuante.

Cette guérison est favorisée par une prise en charge précoce. En effet, elle permet de réduire les souffrances physiques et psychologiques du malade et de ses proches. Cette prise en charge précoce prévient également l'évolution vers une forme chronique (les symptômes persistent plus de cinq ans) ainsi que la survenue de complications.

Complications affectant le corps

En ayant recours aux vomissements, aux laxatifs et aux , les personnes anorexiques ou boulimiques ont un risque accru de développer des complications :

  • altération de l'émail des dents, développement de caries, lésions des gencives dues à l'acidité des sécrétions provenant de l'estomac lors des vomissements ;
  • lésions digestives, en particulier de l'œsophage, dues à l'acidité des vomissements ;
  • perturbations métaboliques (perte de potassium), responsables de troubles cardiaques ou rénaux.

La dénutrition, souvent importante dans l'anorexie, est responsable de carences néfastes pour les muscles, y compris le cœur, pour les os (ostéoporose précoce), pour le fonctionnement hormonal ( et troubles de la fertilité) et les cheveux (perte de cheveux).

Complications sur le plan psychique et retentissement social

La dénutrition et la perception déformée de soi-même peuvent participer à une aggravation du manque d'estime de soi. Peuvent apparaître une hyperémotivité, une impulsivité, une anxiété , des pensées obsessionnelles, une dépression et des idées suicidaires).

Le manque d'estime de soi et les obsessions alimentaires induisent un isolement social, un repli sur soi et, parfois, une interruption des études et de l'activité professionnelle.

Fil santé jeunes, une écoute anonyme

Le site Fil santé jeunes vous informe sur les troubles du comportement alimentaire.

L’équipe de Fil santé jeunes est joignable au 0800 235 236 tous les jours (7js sur 7) de 9 h à 23 h. Ce numéro est gratuit et anonyme.

Ce service permet de parler, de façon anonyme, avec une personne compétente apportant des réponses à tout besoin d'écoute, d'informations, de conseil et d'orientation. Il est d'abord ouvert aux jeunes, mais aussi à toute autre personne, qu'elle soit parent ou non.

Sources
  • Haute Autorité de santé (HAS). Recommandations de bonne pratique. Anorexie mentale : prise en charge. Site internet : HAS. Saint–Denis La Plaine ; 2010 [consulté le 18 décembre 2015]
  • Haute Autorité de santé (HAS). Actualités et Pratiques. Anorexie mentale : un repérage précoce et un suivi pluridisciplinaire. Site internet : HAS. Saint–Denis La Plaine ; 2011 [consulté le 18 décembre 2015]
  • Haute Autorité de santé (HAS). Boulimie et hyperphagie boulimique. Repérage et éléments généraux de prise en charge : HAS. Saint–Denis La Plaine ; 2015 [consulté le 18 décembre 2015]
  • Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes). Mieux comprendre les troubles du comportement alimentaire. Site internet : Inpes. Saint-Denis ; 2008 [consulté le 18 décembre 2015]