Soigner l’anorexie et la boulimie

10 octobre 2018
La prise en charge précoce de l'anorexie mentale et de la boulimie est un facteur déterminant de guérison. Elle permet d'éviter la survenue de complications ou une évolution vers la chronicité. Le traitement porte à la fois sur l'aspect médical et psychologique de la maladie.

Le traitement de l'anorexie mentale

Traitement de l'anorexie : une équipe médicale pluridisciplinaire

L'équipe médicale prend en compte l’ensemble des aspects de la maladie et assure une prise en charge à la fois sur le plan somatique et sur le plan psychologique.

Elle peut se composer :

  • du médecin traitant, d'un médecin spécialiste, ou d'un pédiatre ;
  • d'un psychiatre ou pédopsychiatre ou psychologue.

Dans cette équipe, un médecin coordinateur assure l'organisation de l'ensemble des intervenants pour traiter à la fois les aspects nutritionnels, psychologiques et médicaux.

Les soins, mis en place le plus précocement possible, ne se conçoivent que dans la durée. Ils nécessitent l'adhésion du malade, parfois longue à obtenir, et celle de sa famille... En effet, dans l’anorexie mentale, il y a toujours une phase de déni durant laquelle le malade ne comprend pas où est le problème et ne reconnait pas sa maladie. Les proches jouent un grand rôle dans l’acceptation par le malade de la nécessité d’une prise en charge médicale et peuvent être aidés par le médecin dans cette prise de conscience.

Évaluation globale de la personne anorexique

Lors de la prise en charge initiale de l’anorexie mentale, une évaluation globale du patient est recommandée, associant une évaluation somatique, nutritionnelle et psychique, incluant aussi la dynamique familiale et sociale. Ce bilan, qui peut être répété dans les formes avérées, permet de déterminer les signes de gravité et de suivre l’évolution de l’état du patient dans le temps.

Lors des premières consultations, le médecin établit avec le patient les objectifs à atteindre concernant l'arrêt de la perte de poids, puis le gain progressif de poids. Pour la plupart des patients, un arrêt de la perte de poids est le premier objectif à atteindre avant d’envisager un gain de poids.

Il n'y a pas de traitement médicamenteux spécifique de l'anorexie. Des compléments nutritionnels (vitamines, oligoéléments) peuvent être prescrits pour compenser les pertes liées à la dénutrition.

Anorexie : une adaptée

Dès que la reprise de poids est amorcée, une adaptée, individuelle, de groupe ou familiale, est commencée. La n'est possible que si la personne a un poids suffisant lui permettant de maintenir sa concentration, sinon son bénéfice en est diminué.

Les soins psychologiques aident la personne anorexique à :

  • modifier ses comportements pour tendre vers une alimentation équilibrée et vers un gain de poids ;
  • améliorer ses relations sociales, et lui permettre de se sentir plus en confiance et en sécurité pour avancer dans sa vie ;
  • traiter les éventuels conflits ou souffrances psychiques.

Une prise en charge diététique (apports nutritifs renforcés, éducation aux principes de l’équilibre alimentaire…) peut être utile.

La prise en charge de l'anorexie peut également comporter en association d’autres approches : l’art–thérapie, la musicothérapie, etc.

La famille et l’entourage (parents, frères et sœurs, compagnons…) doivent être également aidés dans leur fonction de soutien : ils peuvent bénéficier d’entretiens familiaux réguliers, d’une familiale ou de la participation à des groupes de parents ou de familles.

Anorexie : des soins ambulatoires mais une hospitalisation parfois nécessaire

Selon les moments et la gravité de l'anorexie, les prises en charge peuvent se dérouler au travers de soins ambulatoires plus ou moins intensifs. Cette prise en charge en ambulatoire est privilégiée.

Cependant, une hospitalisation de jour ou à temps plein devient incontournable lorsque le malade ne modifie pas son comportement, n'adhère pas au projet thérapeutique et encourt un danger vital.

De nombreux services hospitaliers ont développé une prise en charge de qualité, construite avec la personne et sa famille. Cette hospitalisation constitue un temps de "pause" à chacun et offre des programmes multiples : programme nutritionnel adapté, entretiens thérapeutiques quotidiens, groupes de parole, art thérapie, sport, activités culturelles et culinaires...

Le traitement de la boulimie

Boulimie : une souffrance méconnue

Comme pour l’anorexie mentale un repérage précoce de la boulimie et de l’hyperphagie boulimique améliore le pronostic et favorise la guérison. Plus la durée d’évolution de la pathologie est longue, plus les complications et le risque de séquelles somatiques, psychologiques et sociales sont importants.

En cas de boulimie, les malades restent souvent durant de longues périodes dans des situations de souffrance méconnues par les médecins traitants ou les infirmières scolaires en raison notamment de la culpabilité et de la honte liées à ces troubles. De plus, contrairement aux personnes souffrant d’anorexie mentale, dont l’indice de masse corporelle (IMC) est généralement inférieur à la normale, les personnes souffrant de boulimie ont généralement un IMC normal en raison de la mise en place de comportements compensatoires, ce qui complique le repérage.

Dans le cas de l’hyperphagie boulimique, qui se caractérise par des épisodes récurrents de crises de boulimie, sans comportements compensatoires, l’apport excessif de calories lors de ces crises entraine généralement un surpoids ou une obésité, nécessitant la pose d’un diagnostic précis pour mettre en place une prise en charge spécifique adaptée.

Traitement de la boulimie : une équipe médicale pluridisciplinaire

La boulimie requiert une prise en charge thérapeutique pluridisciplinaire :

  • psychiatrique ;
  • nutritionnelle ;
  • somatique : essentiellement dentaire, digestive et cardiaque ;
  • sociale.

L'objectif du traitement est d'aider le plus tôt possible les malades à surmonter leur désir compulsif de manger en réapprenant à se nourrir de manière équilibrée et en retrouvant image du corps et estime de soi.

Les personnes boulimiques, conscientes de leurs difficultés, sont désireuses de participer avec le médecin au projet thérapeutique.

Boulimie : une adaptée

Le principe est le même que pour la prise en charge de l'anorexie. Le médecin ou le psychiatre référent va établir avec le patient boulimique une forme de contrat sur sa conduite à tenir face à la nourriture.

Selon les cas, une individuelle, familiale ou de groupe, la participation à des groupes de parole est nécessaire pour apprendre au patient à renouer avec son corps.

Une prise en charge médicamenteuse, par antidépresseurs notamment, peut aider à l’atténuation des symptômes de la boulimie et de l’anxiété ou la dépression associées.

Les soins sont ambulatoires et l'hospitalisation est rarement nécessaire.

Sources
  • Haute Autorité de santé (HAS). Recommandations de bonne pratique. Anorexie mentale : prise en charge. Site internet : HAS. Saint–Denis La Plaine ; 2010 [consulté le 18 décembre 2015]
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Intérêt de la thérapie familiale dans la prise en charge de l’anorexie. Site internet : Inserm. Paris ; 2012 [consulté le 22 décembre 2015]
  • Haute Autorité de santé (HAS). Actualités et Pratiques. Anorexie mentale : un repérage précoce et un suivi pluridisciplinaire Site internet : HAS. Saint–Denis La Plaine ; 2011 [consulté le 18 décembre 2015]
  • Haute Autorité de santé (HAS). Boulimie et hyperphagie boulimique. Repérage et éléments généraux de prise en charge. HAS. Saint–Denis La Plaine ; 2015 [consulté le 18 décembre 2015]