Troubles obsessionnels compulsifs (TOC) : définition et facteurs favorisants

10 juin 2020
Les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) déclenchent des pensées dérangeantes, répétitives et incontrôlables, causant une forte anxiété. Ces obsessions se focalisent sur des thèmes précis (saleté, sexe, peur de l’erreur, etc.) Ils sont fréquents et débutent souvent avant l’âge de 25 ans.

Qu'est-ce qu’un trouble obsessionnel compulsif ?

Maladie psychique chronique, les TOC (trouibmes anxieux graves) sont caractérisés par deux types de symptômes plus ou moins prononcés, les obsessions et les compulsions, qui peuvent apparaître isolément ou simultanément. Ces symptômes ont, dans tous les cas, un lourd retentissement sur le comportement au quotidien.

Les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) font partie des troubles anxieux graves.

Les obsessions des TOC

Il s’agit de pensées (idées, images) ou d’impulsions (besoins irrésistibles d’accomplir certains actes) envahissantes et récurrentes. Elles concernent des thèmes précis :

  • saleté et contamination,
  • sacrilège,
  • sexualité,
  • désordre,
  • peur d’être responsable de catastrophes ou de la mort d’autrui...

Ces obsessions surgissent dans l’esprit sans raison, contre la volonté du patient, de manière contraignante et intrusive. Pour la personne concernée, elles paraissent souvent douloureuses ou inappropriées. Elles peuvent même sembler très déplaisantes, inacceptables ou dégoûtantes. Au quotidien, ces symptômes génèrent angoisse et souffrance.

Les compulsions des TOC

Les compulsions sont des comportements ou des actes mentaux répétitifs (ou "rituels"). Le patient se sent obligé de répéter certaines actions pour chasser l’obsession de son esprit ou pour faire diminuer son anxiété. Il les exécute pour réduire l’anxiété ou la souffrance générées par les obsessions. Selon la nature de ces dernières, les compulsions prennent une forme particulière :

  • lavage des mains,
  • vérifications,
  • rangement suivant un ordre précis,
  • comptage,
  • prière,
  • répétition silencieuse de certains mots...

La personne atteinte se sent obligée d'accomplir ces rituels suivant des règles précises, de façon prédéfinie. Néanmoins, les compulsions ne procurent ni plaisir ni satisfaction : elles n’apportent qu’un soulagement temporaire, avant le retour des pensées anxiogènes.

TOC : le retentissement sur la vie au quotidien

Dans tous les cas, les obsessions et les compulsions ont un fort retentissement sur le comportement de la personne atteinte de TOC. Celle-ci sait que ses idées obsessionnelles sont produites par son esprit et ne sont donc pas imposées par l’extérieur et reconnaît habituellement que ses actes et pensées sont excessifs, déraisonnables et absurdes.

De ce fait, la plupart des personnes souffrant de TOC :

  • cachent leur maladie à leur entourage, parce qu’elles ne savent pas de quoi elles souffrent, parce qu’elles ont honte ou craignent de passer  pour "folles" ;
  • s’efforcent en vain de chasser leurs obsessions et de contrôler leurs compulsions, ou pensent que ces problèmes vont se régler d’eux-mêmes.

Vidéo : Les TOC et leur mécanisme de survenue

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Les différents types de troubles obsessionnels compulsifs (TOC)

En cas de TOC, les obsessions et les compulsions associées peuvent beaucoup varier d’un patient à l’autre. Toutefois, chez un même malade, elles sont toujours liées à un thème central (qui peut évoluer au fil du temps). On distingue ainsi plusieurs groupes de troubles.

Ce TOC touche le plus souvent les femmes. La personne atteinte craint excessivement la saleté et la contamination par des germes (ex. : peur des virus, des bactéries), pour elle et ses proches. Il en résulte divers rituels de purification :

  • lavages de mains 50 à 100 fois par jour,
  • toilette de plusieurs heures,
  • ménage répété avec plusieurs litres de désinfectant...

Par ailleurs, l’obsession de la saleté donne lieu à l’évitement de certaines situations (serrage de main, contact avec des objets ou des lieux considérés comme sales, etc.)
La personne peut aussi imposer ces principes aux membres de sa famille.

Ce trouble obsessionnel et complulsif est plus fréquent chez les hommes. Il se manifeste par la peur obsédante d’avoir commis une erreur ou d’avoir été inattentif, avec des conséquences néfastes pour soi-même et pour autrui. Cette obsession engendre en particulier des rituels de vérification :

  • Par exemple, la personne se lève plusieurs fois par nuit pour vérifier que le gaz est bien éteint, ou la porte bien fermée.
  • Elle peut aussi rechercher des réassurances, par exemple demander des dizaines de fois si elle n’a vraiment écrasé personne avec sa voiture.
  • Parfois, la personne surveille aussi ses propres mots ou pensées en permanence, parce qu’elle s’imagine que certains d’entre eux pourraient causer une catastrophe.

La personne est obsédée par l’ordre, la symétrie et l’exactitude. Les rituels associés consistent à :

  • ranger les objets en permanence,
  • les disposer selon un agencement précis (ex. : par couleur),
  • plier du linge d’une certaine façon,
  • enfiler ses vêtements dans un certain ordre...

Le patient redoute de se séparer d’un objet ou d’un papier dont il pourrait avoir besoin. De ce fait, il ne jette rien et accumule des choses sans valeur monétaire ni affective (ex. : détritus entassés dans la baignoire, dans l’évier, sur les meubles, etc.)

Ce TOC repose sur un souci exagéré d’une partie de son propre corps (ex. : impression obsédante d’avoir le nez déformé).

La personne touchée se regarde sans cesse dans les miroirs. Elle passe aussi beaucoup de temps à camoufler son "défaut" par divers moyens (maquillage, vêtements, accessoires).

La personne est envahie de pensées répétitives de nature violente, sexuelle ou blasphématoire. Cela lui procure un sentiment d’horreur ou de dégoût. Parfois, ces réactions s’accompagnent d’une d’impulsion : le patient craint de commettre un acte immoral (ex. : geste indécent en public) ou criminel (ex. : pousser quelqu’un sous une rame de métro).

Dans ces formes de TOC, les compulsions ne sont pas systématiques. Lorsqu’elles existent, il s’agit de formules (prononciation de chiffres ou de mots particuliers), de prières ou de gestes ritualisés. Ces comportements servent à écarter les pensées obsédantes. La personne atteinte peut aussi chercher des réassurances auprès de son entourage (ex. : demander plus de 500 fois dans la journée si elle n’a pas commis tel ou tel acte).

Certains comportements obsessionnels sont apparentés aux TOC à cause de leur impact sur la vie personnelle. On peut citer par exemple :

  • le besoin excessif de s'épiler les sourcils ;
  • ou celui de s'arracher des mèches de cheveux (trichotillomanie).

Les TOC sont-ils fréquents ?

Il s’agit d’une maladie fréquente : on estime que 2 à 3 % des Français souffrent actuellement de troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Toutefois, ce chiffre est sans doute en dessous de la réalité. En effet, certaines personnes atteintes ne consultent pas, et ne sont donc pas prises en compte dans ce recensement.

Les TOC arrivent au quatrième rang des troubles psychiatriques les plus répandus (après les troubles phobiques, les addictions à l'alcool et aux drogues, et les troubles dépressifs).

Dans 65 % des cas, la maladie débute avant l’âge de 25 ans, et dans 15 % des cas après 35 ans. Les enfants et adolescents peuvent être atteints. Hommes et femmes sont atteints de façon égale.

Dans tous les cas, la prise en charge médicale intervient souvent plusieurs années après l’apparition des premiers symptômes. En effet, les personnes concernées ont tendance à dissimuler longtemps leur maladie.

Les TOC existent-ils chez l'enfant ?

Oui, les enfants peuvent présenter des TOC et ils sont particulièrement sujets à certaines obsessions-compulsions :

  • celles concernant la contamination (ex. : peur que les poignées de portes à l’école soient recouvertes de microbes, entraînant un lavage excessif des mains) ;
  • celles liées à la peur de nuire à autrui par son comportement (ex. : chez un adolescent, crainte qu'il arrive un malheur à ses parents parce qu'il a des pensées érotiques) ;
  • celles en rapport avec l’ordre et le rangement (ex. : besoin de ranger ses affaires sur la table dans un ordre très précis avant de commencer à faire ses devoirs) ;
  • celles en lien avec la peur de l'échec scolaire (ex. : appréhension obsédante d’avoir une mauvaise note, et besoin de compter dix fois de suite jusqu’à dix pour l’éviter).

Les facteurs favorisant la survenue d'un TOC

Même si les connaissances scientifiques sur les TOC ont progressé, les causes de cette maladie restent inconnues. En général, l’apparition des troubles obsessionnels et compulsifs est progressive, et liée à plusieurs éléments concomitants.

TOC : des facteurs familiaux et génétiques en cause dans leur survenue

Les personnes malades ont souvent des proches atteints :

  • de troubles anxieux graves ou de TOC ;
  • de tics (contractions musculaires involontaires), voire d’un syndrome de La Tourette (affection neurologique rare caractérisée par la présence de nombreux tics).

De même, la survenue de TOC chez un "vrai jumeau" augmente le risque de développer la maladie pour son frère ou sa sœur.

Des facteurs neurophysiologiques (liés au fonctionnement du cerveau) et auto-immuns observés dans les TOC

L’apparition des TOC semble liée à un dysfonctionnement concernant certains neuromédiateurs comme la sérotonine, la dopamine ou la vasopressine. Les scientifiques ont, en effet, identifiés plusieurs circuits cérébraux perturbés et découvert que certaines zones du cerveau sont en hyperactivité chez les personnes atteintes de TOC.

Un dérèglement du pourrait être à l'origine de la fabrication d'auto-anticorps dirigés contre certaines zones du cerveau et serait impliqué dans la survenue de TOC précoces, chez l'enfant.

Des facteurs psychotraumatiques pouvant avoir un rôle déclenchant de TOC

Enfin, dans 30 % des cas (38 à 54 % chez l’enfant), les troubles obsessionnels compulsifs se déclenchent brutalement, après un traumatisme ou un stress important. Toutefois, ces événements doivent être considérés comme des révélateurs de la maladie, plutôt que comme des causes directes de celle-ci.

  • Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Site internet : Inserm. Paris ; 2012 [consulté le 9 juin 2020]
  • Portail santé mieux-être du gouvernement du Québec. Troubles obsessionnels compulsifs. Site internet : sante.gouv.qc. Québec ; 2018 [consulté le 9 juin 2020]
  • Cottraux J. Trouble obsessionnel compulsif. EMC - Psychiatrie 2016;14(1):1-15 [Article 37-370-A-10]
  • Moroy A, Sigward J-M, Lamy S, Pelissolo A. Rôle des facteurs psychotraumatiques dans la génèse des troubles obsessionnels compulsifs. European Psychiatry. Supplement, novembre 2014; 29(8):547