Baisse de la fertilité et de la fécondité : pourquoi ?

09 avril 2021
Fertilité, fécondité : quelle différences ? Une baisse de fertilité est observée. Elle est en lien avec des maternités tardives (déclin normal de la fertilité avec l'âge), des conditions de vie modifiées (tabagisme, surpoids, sédentarité…) et un environnement plus nocif.

Fertilité, fécondité, naissances : comment s’y retrouver ?

La fertilité et la fécondité sont deux notions différentes, la fécondité est un fait ; celui d’avoir un enfant, la fertilité est une potentialité ; celle d’avoir un enfant dans une population en désir d’enfant.

La fertilité

La fertilité est la capacité biologique d’une femme, d’un homme ou d’un couple à concevoir un enfant.

La fécondité, taux de fécondité et indicateur conjoncturel de fécondité

La fécondité est le nombre d'enfants mis au monde.

La fécondité d’une population se traduit par le nombre d’enfant(s) par femme. Elle est un paramètre démographique qui a des répercussions sur l’évolution de la population (accroissement ou diminution). Elle est conditionnée par la fertilité des couples et un ensemble de comportements sociaux (impact des religions, choix de vie individuels, contraception, politique de natalité…)

Le taux de fécondité est le rapport du nombre de naissances vivantes de l’année à l’ensemble de la population féminine en âge de procréer c’est à dire de 15 à 50 ans.

L’indicateur conjoncturel de fécondité rapporte le nombre de naissances annuelles d'une génération donnée à l'effectif de cette génération (par exemple, le nombre d'enfants nés de femmes de 30 ans rapporté à l'effectif des femmes de 30 ans) et ceci pour l'ensemble de la population féminine en âge de procréer (de 15 à 50 ans).

À la différence de l’indicateur conjoncturel de fécondité, l’évolution du taux de fécondité dépend en partie de l’évolution de la structure par âge des femmes âgées de 15 à 50 ans.

En 2019, l’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) s’établit à 1,87 enfant par femme après 1,88 en 2018. Il baisse à 1,84 en 2020. Il oscillait autour de 2,0 enfants par femme entre 2006 et 2014.

Pour en savoir plus sur la mesure de la fécondité, consultez la vidéo sur le site de l'Ined.

Le nombre de naissances en France

Le nombre d'enfants nés chaque année baisse régulièrement. En 2020, 740 000 bébés sont nés en France contre 753 000 bébés en 2019 et 759 000 en 2018.

Le nombre de naissances dépend à la fois du nombre de femmes en âge de procréer et de leur fécondité. Cette baisse du nombre des naissances peut être expliquée par deux faits :

  • la population des femmes de 20 à 40 ans, âges où elles sont les plus fécondes, diminue depuis le milieu des années 1990,
  • leur fécondité diminue aussi et cela est, en 2019 et 2020, le principal facteur expliquant la diminution du nombre de naissances.
En 2018, la France en tête de l’Union Européenne pour la fécondité 

L'indicateur conjoncturel de fécondité  (ICF) en France est de 1,87.

Suivent :

  • la Suède : 1,76,
  • la Roumanie : 1,76,
  • l’Irlande : 1,75.

Trois pays ont des ICF inférieurs à 1,3, principalement des pays méditerranéens : Malte, l’Espagne et l’Italie.

L’Allemagne, qui faisait partie il y a dix ans des pays les moins féconds de l’UE, figure désormais dans la moyenne (ICF de 1,57, contre 1,56 pour l’ensemble de l’UE).

Un constat actuel : la baisse de la fécondité

La fécondité est conditionnée par la fertilité des couples et un ensemble de comportements sociaux : choix de vie individuels, contraception, politique de natalité, impact des religions…

Fécondité des femmes de 25 à 29 ans en baisse régulière

Les femmes les plus fécondes sont celles ayant entre 25 et 34 ans. Toutefois, le taux de fécondité des femmes de moins de 30 ans baisse depuis les années 2000 et cette diminution s’accentue depuis 2015.

En 2020, 100 femmes âgées de 25 à 29 ans donnent naissance à 10,6 enfants, contre 12,9 enfants en 2010 et 13,4 en 2000.

Baisse récente de la fécondité de femmes de 30 à 34 ans

La baisse du taux de fécondité des femmes de 30 à 34 ans est plus récente : 12,5 enfants pour 100 femmes en 2020 contre 13,3 enfants en 2010.

La baisse de la fécondité observée depuis 2015 n’est pas centrée sur un groupe de niveau de vie en particulier : elle concerne aussi bien les femmes aisées que celles appartenant aux ménages les plus modestes.

Cette diminution touche, par ailleurs, aussi bien les femmes qui n’avaient pas encore d’enfant que celles qui en avaient déjà. Elle ne concerne toutefois pas les femmes immigrées, dont la fécondité reste stable.

Les facteurs favorisant la baisse de la fertilité

La fertilité de la femme et de l'homme est diminuée par des facteurs multiples.

L’âge de la mère, du père et du couple : première cause de la baisse de la fertilité

La fertilité baisse quand l’âge augmente.

L’âge de la femme

Chez la femme, la fertilité spontanée diminue dès 30 ans, nettement après 37 ans, en raison d’une diminution du nombre et de la qualité des avec l’âge.

Le risque de ne pas être mère augmente avec l'âge. Ce risque est de :

  • 4 % à 20 ans,
  • 14 % à 35 ans,
  • 35 % à 40 ans,
  • 80 % après 45 ans.

L’âge moyen à la maternité continue de croître régulièrement : il atteint pour le premier enfant 30,8 ans en 2020, alors qu’il était de 30,7 ans en 2019, de 29,3 ans vingt ans plus tôt et de 24-25 ans en 1977. Le report de l’âge des maternités continue de progresser.

Ce retard à la maternité n’est pas sans conséquences pour la femme et l’enfant à naître, avec une augmentation de l’infertilité, des fausses couches, des problèmes obstétricaux, des hypotrophies et des anomalies congénitales.

L’âge de l’homme

L’âge de la paternité augmente. Ainsi, dix-sept pour cent des nouveau-nés en 2015 ont des pères de plus de 40 ans.

Si la femme a notion d’une l’horloge biologique la conduisant à la ménopause, l’homme n’a que peu connaissance de sa baisse de fertilité avec l’âge, il est moins soumis à la pression sociale. La prise en compte de l’âge de l’homme est donc une notion plus récente, il joue un rôle indépendamment de celui de la femme.

En effet, le génome des spermatozoïdes s’altère avec l’âge par fragmentation de son ADN, source de plus de difficulté à concevoir, augmentation des fausses couches, des risques génétiques dans la descendance.

Toute année en plus augmente le risque de non-grossesse de 11 % et d’absence de naissance vivante de 12 %.

L’âge du couple

Enfin, l’âge du couple et de chacun des partenaires est indissociable des taux de grossesse, il existe un effet cumulatif de l’âge des deux partenaires : par exemple, la fragmentation de l’ADN des spermatozoïdes n’est plus réparable par les facteurs ovocytaires de la femme âgée et le taux de fausses couches est multiplié par 6,7 si l’homme a plus de 40 ans et la femme plus de 35 ans.

Le tabac en cause dans la baisse de la fertilité

Le tabac, est un des facteurs participant à la baisse de la fertilité, en dehors de tous les autres effets néfastes sur la santé de l’individu.

Les effets du tabac sur la fonction reproductive de l’homme

Le tabagisme a un impact sur la fonction reproductrice masculine à de multiples niveaux.

On observe chez l’homme qui fume :

  • des taux d'hormones : luteinizing hormone (LH), testostérone et prolactine plus élevés que chez les non-fumeurs. Cela semble être dû à un effet central des perturbateurs endocriniens contenus dans la fumée du tabac. Ces modifications sont réversibles à l’arrêt du tabac ;
  • une baisse de la qualité du sperme : diminution du nombre de spermatozoïdes (oligospermie) et de leur mobilité, augmentation du nombre de spermatozoïdes anormaux ou non viables (tératospermie). Ainsi, une étude en 2015 a montré que :
    • 75 % des non-fumeurs avaient une mobilité normale contre seulement 18 % des hommes fumant depuis plus de cinq ans,
    • aucun des non-fumeurs n’avait une numération anormale alors que 40 % des fumeurs de plus de cinq ans présentaient une oligospermie ;
  • des anomalies des chromosomes et de l’ADN des spermatozoïdes survenant lors de la division des cellules ;
  • des possibles troubles de l’érection.

L’exposition au tabac d'une femme enceinte a une incidence sur le fœtus : elle entraîne :

  • une augmentation du risque de cryptorchidie bilatérale,
  • une diminution de 20 % de nombre total des spermatozoïdes à l’âge adulte chez les garçons des femmes enceintes fumant plus de 10 cigarettes par jour,
  • une diminution du volume testiculaire.

Chez la femme, le tabagisme agit également à différents niveaux

On observe :

  • des effets sur la production des hormones féminines : de nombreux composants du tabac ont été identifiés comme perturbateurs endocriniens, notamment le cadmium ou le benzopyrène. Il en résulte une modification du profil hormonal des fumeuses qui présentent des taux de et de follicle stimulating hormone (FSH) plus élevés, et un défaut de synthèse des estrogènes et de la créant ainsi un environnement androgénique au niveau de l’ovaire, nocif pour la croissance et la maturation folliculaire ;
  • une diminution de la réserve ovarienne. La survenue de la ménopause est avancée de deux ans chez les fumeuses et les marqueurs de la réserve ovarienne sont significativement plus bas ;
  • une augmentation du risque de grossesses extra-utérines, avec un risque multiplié par 1,2 à 1,7 suivant les études et qui augmente de façon proportionnelle à la consommation tabagique (risque multiplié par 3,5 à 3,9 chez les patientes fumant plus de 20 cigarettes par jour) ;
  • un défaut d'implantation de l’embryon dans la utérine, sans que la cause soit bien connue ;
  • un risque accru de fausse couche.

Tabagisme et Assistance Médicale à la Procréation

Dans le cadre de l’assistance médicale à la procréation, la consommation de tabac chez la femme et chez l’homme est associée à une moins bonne réponse à la stimulation ovarienne, une baisse des taux de fécondation et d’implantation résultant au total en deux fois moins de grossesses et deux fois plus de fausses couches.

Le cannabis et drogues

Une consommation pluri-hebdomadaire de cannabis sur 5 ans entraîne une diminution du volume et du nombre de spermatozoïdes, des altérations de leur aspect et de leur mobilité avec une hyperactivité de spermatozoïdes et diminution de la capacité à féconder.

À la différence du tabac, le cannabis a une élimination très lente et les effets délétères sont plus importants.

Les autres toxiques (drogues diverses) sont tout aussi nuisibles individuellement sur la fertilité. Leur utilisation moins diffusée limite l’impact sur la fertilité de la population.

Alcool : quel rôle dans la fertilité ?

Les connaissances sur les effets potentiellement nocifs de l’alcool sont moins claires, notamment du fait de la diversité des alcools et de la difficulté à déterminer une fréquence de consommation seuil. Il semblerait que le seuil de risque se situe à 30 g d’alcool par jour, soit 3 verres d'alcool. Chez la femme, une consommation modérée de vin de plus de 2 verres par jour entraînerait une diminution du délai de conception.

Mode de vie et fertilité

L’obésité, souvent accompagnée de sédentarité, est un facteur d’hypofertilité, chez l’homme comme chez la femme avec en plus pour ces dernières des complications obstétricales parfois sévères.

Les petites filles en excès de poids ont un âge plus précoce de puberté, un risque plus important de présenter plus tard un syndrome des ovaires polykystiques et de l’endométriose et donc un risque accru d’hypofertilité.

Ce risque d’hypofertilité existe également chez l’homme en excès de poids et présentant une hyperestrogénie (augmentation de la production d'estrogènes) et une diminution du nombre des spermatozoïdes.

A l’inverse, une maigreur dans le cadre d’une anorexie mentale prolongée est responsable d’un trouble de l’ovulation et donc d’une infertilité.

La qualité de l’alimentation est également en cause en raison de la présence d’additifs et de pesticides utilisés en agriculture.

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Environnement et fertilité : rôle des polluants

Les polluants, qu’ils soient physiques chimiques, dans l’air, dans l’eau, ou dans la terre, impactent la vie reproductive et la descendance. Ils ont un effet transgénérationnel.

Ils sont présents dans :

  • les aliments,
  • les emballages,
  • les cosmétiques,
  • les détergents,
  • les traitements phyto sanitaires : produit chimique employé pour la protection de la santé des plantes (herbicides pour lutter contre les mauvaises herbes, fongicides contre les champignons et insecticides contre les insectes),
  • les pesticides : substance chimique utilisée principalement en agriculture pour la prévention, le contrôle ou l'élimination d'organismes jugés indésirables comme des plantes, des animaux, des champignons ou des bactéries,
  • les microparticules ou nanomatériau : matériau soit d’origine naturelle, soit formé accidentellement ou fabriqué de manière intentionnelle, qui contient des particules dont une ou plusieurs dimensions sont de l’ordre du nanomètre (1 nanomètre est égal à 1 milliardième de mètre).

Les polluants ont un rôle nocif pour la santé et peuvent agir également à toutes les étapes de la procréation :

  • sur les gamètes adultes : et ,
  • sur la fécondation : répartition de patrimoine génétique, mutation génétique,
  • sur l’embryogenèse : développement de l’embryon,
  • et sur le nouveau-né.

Qu’est-ce que les perturbateurs endocriniens ?

Un perturbateur endocrinien est une substance, qui altère la production de certaines hormones et, de ce fait, induit des effets néfastes dans un organisme intact ou chez sa progéniture.

Certaines de ces substances peuvent ainsi entrainer des effets délétères sur la reproduction et nuire à la fertilité ou perturber le développement du fœtus.

De nombreuses substances chimiques synthétiques sont considérées comme perturbateurs endocriniens. Les plus connues sont :

  • les parabènes contenus dans certains produits d’hygiène,
  • le bisphénol A dans certains articles en plastique, revêtements internes des boites de conserve,
  • les phtalates présde,t dans le plastique mou,
  • des pesticides comme la chlordécone,
  • des retardateurs de flamme dans les meubles rembourrés,
  • des composés perfluorés dans certaines casseroles anti-adhésives,
  • du Triclosan dans des déodorants ou des dentifrices.

Il existe aussi des perturbateurs endocriniens d’origine naturelle comme les phytoestrogènes présents notamment dans le soja ou certaines huiles essentielles.

Ces substances pénètrent dans l’organisme en mangeant, en respirant ou par contact avec la peau. Le niveau de danger de ces substances est très variable

Les études menées auprès de la population ont montré une augmentation de certaines maladies (cancers, troubles neurodéveloppementaux ou immunitaires …) et une diminution de la fertilité :

  • Chez les hommes :
    • des malformations de l’appareil uro-génital : cryptorchidie, absence d’un ou deux testicules, hypospadias (l'orifice de l' n'est pas situé à l'extrémité du pénis mais, le plus souvent, à sa face postérieure), 
    • une augmentation des cancers des testicules,
    • ou une baisse de la qualité du sperme (diminution du nombre de spermatozoïdes ).
  • Chez les femmes, une puberté précoce.

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