Saturnisme : définition et risques

13 décembre 2018
Le saturnisme est caractérisé par la présence excessive de plomb dans l'organisme. Le plomb pénètre dans le corps par les voies respiratoires et digestives. Il a des effets nocifs particulièrement chez l'enfant, ainsi que chez la femme enceinte et son bébé contaminé par voie sanguine.

Qu’est-ce que le saturnisme ?

Le saturnisme est une intoxication par le plomb dangereuse pour la santé car le plomb a toujours des effets toxiques sur l'organisme, même à faible dose, surtout au niveau du système nerveux, de la moelle osseuse et des reins.

Le saturnisme est mesuré par une plombémie (ou taux de plomb dans le sang). Chez un enfant ou adolescent de moins de 18 ans, on parle de saturnisme lorsque la plombémie est égale ou supérieure à 50 microgrammes par litre de sang.

Le plomb pénètre dans l'organisme par voie digestive (après ingestion par la bouche), par voie respiratoire, par la peau, par les muqueuses et par voie transplacentaire chez la femme enceinte. Le plomb absorbé est stocké dans l'organisme (90 % du plomb absorbé est stocké au niveau des os) et peut être relargué dans le sang longtemps après l'exposition au plomb. Les effets de l'intoxication au plomb sont donc souvent tardifs.

Le saturnisme est particulièrement grave chez :

  • les enfants : l'absorption par voie digestive est particulièrement élevée chez eux,
  • les femmes enceintes :
    • soit en raison d'une exposition au plomb lors de la grossesse : le plomb respiré, avalé par une femme enceinte est transmis au fœtus à travers le .
    • soit à distance d'une exposition au plomb : la femme enceinte a été exposée au plomb dans le passé et le plomb stocké dans les os est relargué dans le sang de la femme, puis passe chez le fœtus.

Selon l’âge et la durée d’exposition, une intoxication par le plomb peut provoquer des troubles réversibles (anémie, troubles digestifs), mais aussi irréversibles (retard mental et/ou psychomoteur...)

Quels risques pour l'enfant et la femme enceinte ?

L’exposition au plomb peut avoir des répercussions sur la santé de la femme enceinte et de l’enfant.

Les jeunes enfants portent facilement les objets qu’ils attrapent à la bouche et peuvent, notamment, avaler des écailles de peintures anciennes contenant du plomb.

L'absorption de plomb est grave pour eux et surtout avant l'âge de six ans : le corps de l'enfant est en pleine croissance et absorbe le plomb plus facilement. Même de faibles doses absorbées sur une période prolongée peuvent provoquer des retards intellectuels et physiques irréversibles : troubles du langage, du comportement, troubles des apprentissages, ralentissement de la croissance, difficultés motrices, baisse modérée de l'acuité auditive.

C'est pourquoi, suivant les recommandations du Haut Conseil de la santé publique, les autorités sanitaires ont décidé par arrêté en date du 8 juin 2015 d’abaisser de 100 à 50 microgrammes par litre la concentration en plomb dans le sang (plombémie) définissant le saturnisme chez l’enfant.

En France, en 1996, près de 85 000 enfants âgés de un à six ans étaient concernés par une intoxication par le plomb.

En 2008-2009, le taux d’enfants atteints est estimé à 4 700, et cette baisse est due à différentes mesures de diminution de l’exposition mises en œuvre :

  • suppression de l’essence au plomb ;
  • amélioration de l’alimentation ;
  • traitement des eaux de distribution ;
  • politiques sociales ;
  • politiques de l’habitat ;
  • contrôle des émissions industrielles.

Durant la grossesse, le plomb peut traverser le et atteindre le fœtus.

Les conséquences peuvent être graves :

  • retard de croissance,
  • risque de fausse couche ou d’accouchement prématuré,
  • troubles des apprentissages pendant la petite enfance.

Le plomb peut également passer dans le lait maternel et contaminer le nourrisson pendant la période d’allaitement.

Savoir identifier les sources de plomb

Il est important de repérer les sources potentielles de plomb, notamment si vous êtes enceinte ou si vous avez des enfants.

Les principales sources d’intoxication par le plomb sont :

  • les poussières et écailles des anciennes peintures contenant du plomb (présentes dans les immeubles construits avant 1975 et essentiellement avant 1949) ;
  • l'eau du robinet contaminée par des tuyauteries contenant du plomb ;
  • les sols contaminés par des activités industrielles ou minières en activité ou non et rejetant du plomb (fonderie, casse automobile, recyclage de batteries...) ;
  • certains produits de maquillage traditionnels comme les crayons khôls pour les yeux ;
  • certains jouets non marqués « CE » ;
  • les remèdes traditionnels avalés ou appliqués sur des muqueuses ou des plaies (azarcon, greta) ;
  • les récipients contenant du plomb et la vaisselle artisanale contenant du plomb (plats à tajine, céramiques, cristal, étain) ;
  • le tabagisme passif (exposition des enfants à la fumée du tabac dans un lieu fermé) ;
  • certaines activités professionnelles, de loisirs ou de bricolage nécessitant la manipulation de produits contenant du plomb (restauration de vitraux, travail dans une fonderie, fabrication d'objets émaillés, de munitions ou objets en plomb, recyclage des batteries, pratique du tir sportif...)
  • les séjours réguliers dans des zones géographiques à risque de contamination (Afrique, Inde, Chine, Moyen Orient, Amérique du Sud, Europe de l'Est...) ;

Vous avez un doute ? Parlez-en à votre médecin traitant.

Y a-t-il des peintures à base de plomb chez vous ?

Si votre habitation a été construite avant 1949, des peintures à base de plomb peuvent subsister. Les peintures à base de céruse (carbonate de plomb de couleur blanche) étaient couramment utilisées jusqu'à la moitié du XXe siècle. Ces peintures peuvent avoir été recouvertes par d’autres. Quand elles se dégradent, les écailles ou les poussières qui apparaissent sont alors source de contamination.

Pour savoir si votre logement contient du plomb, lisez le constat de risque d’exposition au plomb (CREP) qui, depuis août 2008, doit être obligatoirement joint au contrat de vente ou de location.

Vous souhaitez savoir si votre enfant ou vous-même êtes exposé au plomb ? Répondez à ces questionnaires.

Pour savoir si vos enfants risquent une intoxication par le plomb, répondez au questionnaire suivant :

  • Votre enfant vit ou bien se rend régulièrement dans un bâtiment construit avant 1949 :
    • Les peintures sont écaillées ?
    • L'enfant mange des écailles de peinture ?
    • Des travaux de rénovation ont récemment été réalisés ?
  • Dans l’entourage de votre enfant, une autre personne (frère, sœur, camarade, parent) a-t-elle été intoxiquée par le plomb ?
  • Votre enfant vit-il ou fréquente-t-il régulièrement des lieux proches d’un site industriel à risque (ex : métallurgie du plomb, fabrication de batteries d’accumulation…), en activité ou non ?
  • Vous ou votre conjoint exercez une activité professionnelle ou de loisir à risque, y compris une activité de récupération de métaux ou de batteries d'accumulation ?
  • Y a-t-il chez vous des canalisations en plomb ? Votre enfant consomme-t-il de l’eau du robinet ?
  • Votre enfant est-il arrivé récemment en France ? A-t-il été exposé dans son pays d’origine ?

Si vous obtenez une ou plusieurs réponses positives, parlez-en à votre médecin traitant à l’occasion de votre prochaine consultation.

Il est important de savoir si vous êtes exposée au plomb afin de protéger votre bébé. Pour cela, répondez au questionnaire suivant. Si vous obtenez une ou plusieurs réponses positives, parlez-en à votre médecin traitant à l’occasion de votre prochaine consultation.

  • Vous est-il arrivé de mettre à votre bouche l’une des substances suivantes : argile, terre, plâtre, écailles de peinture ?
  • Utilisez-vous des cosmétiques traditionnels comme les crayons khôls ou le surma ?
  • Utilisez-vous des plats en céramique d’origine artisanale pour faire la cuisine ?
  • Conservez-vous des aliments dans des récipients en étain ou en cristal ?
  • Y a-t-il chez vous des canalisations en plomb ? Consommez-vous de l’eau du robinet ?
  • Avez-vous déjà été intoxiquée par le plomb ?
  • Habitez-vous ou fréquentez-vous régulièrement des lieux proches d’un site industriel rejetant du plomb ?
  • Avez-vous exercé ou exercez-vous une activité professionnelle ou de loisirs dans laquelle vous êtes ou avez été en contact avec du plomb ? Une personne de votre foyer a-t-elle été dans cette situation ?
  • Habitez-vous dans un immeuble construit avant 1949 et contenant des peintures anciennes ?
  • Avez-vous été depuis moins de six mois (ou êtes-vous) sur les lieux de travaux de rénovation d’un appartement ancien ayant provoqué la circulation de poussières (décapage ou ponçage de vieilles peintures) ?

Si toutes vos réponses sont négatives, vous n’êtes a priori pas exposée au plomb.

Vidéo : Les sources d'intoxication par le plomb responsables du saturnisme

© Mairie de Montreuil, Assurance Maladie

Sources
  • Haut Conseil de la santé publique. Mise à jour du guide pratique de dépistage et de prise en charge des expositions au plomb chez l’enfant mineur et la femme enceinte. Site internet : HCSP. Paris ; 2018 [consulté le 12 décembre 2018]
  • Santé publique France. Diagnostiquer et prévenir le saturnisme avant 18 ans. Site internet : Santé publique France. Saint Maurice (France) ; 2017 [consulté le 12 décembre 2018]
  • Ministère des solidarités et de la santé. Saturnisme. Site internet : Ministère des solidarités et de la santé. Paris ; 2016 [consulté le 12 décembre 2018]
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale. Le saturnisme ou intoxication au plomb. Site internet : Inserm. Paris ; 2015 [consulté le 12 décembre 2018]
  • Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. Prévenir les expositions professionnelles au plomb. Site internet : Inrs. Paris ; 2014 [consulté le 12 décembre 2018]