Saturnisme : définition et risques

14 novembre 2019
Le saturnisme est caractérisé par la présence excessive de plomb dans l'organisme. Le plomb pénètre dans le corps par les voies respiratoires et digestives. Il a des effets nocifs particulièrement chez l'enfant, ainsi que chez la femme enceinte et son bébé contaminé par voie sanguine.

Qu’est-ce que le saturnisme ?

Le saturnisme est une intoxication par le plomb dangereuse pour la santé car le plomb a toujours des effets toxiques sur l'organisme, même à faible dose, surtout au niveau du système nerveux, de la moelle osseuse et des reins.

Le saturnisme est mesuré par une plombémie (ou taux de plomb dans le sang). Chez un enfant ou adolescent de moins de 18 ans, on parle de saturnisme lorsque la plombémie est égale ou supérieure à 50 microgrammes par litre de sang.

Le plomb pénètre dans l'organisme par voie digestive (après ingestion par la bouche), par voie respiratoire, par la peau, par les muqueuses et par voie transplacentaire chez la femme enceinte. Le plomb absorbé est stocké dans l'organisme (90 % du plomb absorbé est stocké au niveau des os) et peut être relargué dans le sang longtemps après l'exposition au plomb. Les effets de l'intoxication au plomb sont donc souvent tardifs.

Le saturnisme est particulièrement grave chez :

  • les enfants : l'absorption par voie digestive est particulièrement élevée chez eux,
  • les femmes enceintes :
    • soit en raison d'une exposition au plomb lors de la grossesse : le plomb respiré, avalé par une femme enceinte est transmis au fœtus à travers le .
    • soit à distance d'une exposition au plomb : la femme enceinte a été exposée au plomb dans le passé et le plomb stocké dans les os est relargué dans le sang de la femme, puis passe chez le fœtus.

Selon l’âge et la durée d’exposition, une intoxication par le plomb peut provoquer des troubles réversibles (anémie, troubles digestifs), mais aussi irréversibles (retard mental et/ou psychomoteur...)

Quels risques pour l'enfant et la femme enceinte ?

L’exposition au plomb peut avoir des répercussions sur la santé de la femme enceinte et de l’enfant.

Les jeunes enfants portent facilement les objets qu’ils attrapent à la bouche et peuvent, notamment, avaler des écailles de peintures anciennes contenant du plomb.

L'absorption de plomb est grave pour eux et surtout avant l'âge de six ans : le corps de l'enfant est en pleine croissance et absorbe le plomb plus facilement. Même de faibles doses absorbées sur une période prolongée peuvent provoquer des retards intellectuels et physiques irréversibles : troubles du langage, du comportement, troubles des apprentissages, ralentissement de la croissance, difficultés motrices, baisse modérée de l'acuité auditive.

C'est pourquoi, suivant les recommandations du Haut Conseil de la santé publique, les autorités sanitaires ont décidé par arrêté en date du 8 juin 2015 d’abaisser de 100 à 50 microgrammes par litre la concentration en plomb dans le sang (plombémie) définissant le saturnisme chez l’enfant.

En France, en 1996, près de 85 000 enfants âgés de un à six ans étaient concernés par une intoxication par le plomb.

En 2008-2009, le taux d’enfants atteints est estimé à 4 700, et cette baisse est due à différentes mesures de diminution de l’exposition mises en œuvre :

  • suppression de l’essence au plomb ;
  • amélioration de l’alimentation ;
  • traitement des eaux de distribution ;
  • politiques sociales ;
  • politiques de l’habitat ;
  • contrôle des émissions industrielles.

Durant la grossesse, le plomb peut traverser le et atteindre le fœtus.

Les conséquences peuvent être graves :

  • retard de croissance,
  • risque de fausse couche ou d’accouchement prématuré,
  • troubles des apprentissages pendant la petite enfance.

Le plomb peut également passer dans le lait maternel et contaminer le nourrisson pendant la période d’allaitement.

Savoir identifier les sources de plomb

Il est important de repérer les sources potentielles de plomb, notamment si vous êtes enceinte ou si vous avez des enfants.

Les principales sources d’intoxication par le plomb sont :

  • les poussières et écailles des anciennes peintures contenant du plomb (présentes dans les immeubles construits avant 1975 et essentiellement avant 1949) ;
  • l'eau du robinet contaminée par des tuyauteries contenant du plomb ;
  • les sols contaminés par des activités industrielles ou minières en activité ou non et rejetant du plomb (fonderie, casse automobile, recyclage de batteries...) ;
  • certains produits de maquillage traditionnels comme les crayons khôls pour les yeux ;
  • certains jouets non marqués « CE » ;
  • les remèdes traditionnels avalés ou appliqués sur des muqueuses ou des plaies (azarcon, greta) ;
  • les récipients contenant du plomb et la vaisselle artisanale contenant du plomb (plats à tajine, céramiques, cristal, étain) ;
  • le tabagisme passif (exposition des enfants à la fumée du tabac dans un lieu fermé) ;
  • certaines activités professionnelles, de loisirs ou de bricolage nécessitant la manipulation de produits contenant du plomb (restauration de vitraux, travail dans une fonderie, fabrication d'objets émaillés, de munitions ou objets en plomb, recyclage des batteries, pratique du tir sportif...)
  • les séjours réguliers dans des zones géographiques à risque de contamination (Afrique, Inde, Chine, Moyen Orient, Amérique du Sud, Europe de l'Est...) ;

Vous avez un doute ? Parlez-en à votre médecin traitant.

Y a-t-il des peintures à base de plomb chez vous ?

Si votre habitation a été construite avant 1949, des peintures à base de plomb peuvent subsister. Les peintures à base de céruse (carbonate de plomb de couleur blanche) étaient couramment utilisées jusqu'à la moitié du XXe siècle. Ces peintures peuvent avoir été recouvertes par d’autres. Quand elles se dégradent, les écailles ou les poussières qui apparaissent sont alors source de contamination.

Pour savoir si votre logement contient du plomb, lisez le constat de risque d’exposition au plomb (CREP) qui, depuis août 2008, doit être obligatoirement joint au contrat de vente ou de location.

Vous souhaitez savoir si votre enfant ou vous-même êtes exposé au plomb ? Répondez à ces questionnaires.

Pour savoir si vos enfants risquent une intoxication par le plomb, répondez au questionnaire suivant :

  • Votre enfant vit ou bien se rend régulièrement dans un bâtiment construit avant 1949 :
    • Les peintures sont écaillées ?
    • L'enfant mange des écailles de peinture ?
    • Des travaux de rénovation ont récemment été réalisés ?
  • Dans l’entourage de votre enfant, une autre personne (frère, sœur, camarade, parent) a-t-elle été intoxiquée par le plomb ?
  • Votre enfant vit-il ou fréquente-t-il régulièrement des lieux proches d’un site industriel à risque (ex : métallurgie du plomb, fabrication de batteries d’accumulation…), en activité ou non ?
  • Vous ou votre conjoint exercez une activité professionnelle ou de loisir à risque, y compris une activité de récupération de métaux ou de batteries d'accumulation ?
  • Y a-t-il chez vous des canalisations en plomb ? Votre enfant consomme-t-il de l’eau du robinet ?
  • Votre enfant est-il arrivé récemment en France ? A-t-il été exposé dans son pays d’origine ?

Si vous obtenez une ou plusieurs réponses positives, parlez-en à votre médecin traitant à l’occasion de votre prochaine consultation.

Il est important de savoir si vous êtes exposée au plomb afin de protéger votre bébé. Pour cela, répondez au questionnaire suivant. Si vous obtenez une ou plusieurs réponses positives, parlez-en à votre médecin traitant à l’occasion de votre prochaine consultation.

  • Vous est-il arrivé de mettre à votre bouche l’une des substances suivantes : argile, terre, plâtre, écailles de peinture ?
  • Utilisez-vous des cosmétiques traditionnels comme les crayons khôls ou le surma ?
  • Utilisez-vous des plats en céramique d’origine artisanale pour faire la cuisine ?
  • Conservez-vous des aliments dans des récipients en étain ou en cristal ?
  • Y a-t-il chez vous des canalisations en plomb ? Consommez-vous de l’eau du robinet ?
  • Avez-vous déjà été intoxiquée par le plomb ?
  • Habitez-vous ou fréquentez-vous régulièrement des lieux proches d’un site industriel rejetant du plomb ?
  • Avez-vous exercé ou exercez-vous une activité professionnelle ou de loisirs dans laquelle vous êtes ou avez été en contact avec du plomb ? Une personne de votre foyer a-t-elle été dans cette situation ?
  • Habitez-vous dans un immeuble construit avant 1949 et contenant des peintures anciennes ?
  • Avez-vous été depuis moins de six mois (ou êtes-vous) sur les lieux de travaux de rénovation d’un appartement ancien ayant provoqué la circulation de poussières (décapage ou ponçage de vieilles peintures) ?

Si toutes vos réponses sont négatives, vous n’êtes a priori pas exposée au plomb.

Vidéo : Les sources d'intoxication par le plomb responsables du saturnisme

[Ce reportage, réalisé en 2003 à l’initiative de la Mission Saturnisme de la Ville de Montreuil avec le concours de l'Assurance Maladie présente les causes et les moyens de lutter contre les dangers de l’intoxication d’enfants par le plomb, appelé saturnisme infantile.]

L'intoxication par le plomb ou saturnisme est une maladie qui peut être très grave et qui menace plus particulièrement les jeunes enfants habitant dans des immeubles anciens dont les peintures sont abîmées.

Le plomb est un métal gris, lourd, facile à mettre en forme, qui a servi à la fabrication de produits tels que les tuyaux, surtout d'arrivée d'eau et les soudures désormais interdits pour les nouvelles installations.

Plusieurs risques sonr présents :

  • Certains jouets en plomb de collection et des jouets importés recouverts de peinture au plomb, tels que les petites voitures ou personnages, sont interdits en France mais certains lots peuvent échapper à la vigilance des douanes.
  • Il ne faut pas conserver d'aliments dans la vaisselle vernissée au silicate de plomb car leur acidité attaque le revêtement coloré.
  • Dans certaines colles au plomb, poudres utilisées autour des yeux dans plusieurs pays afin de prévenir des maladies, le plomb évite effectivement les infections aux yeux, mais sa toxicité reste.
  • Le plomb est également présent dans les batteries automobiles mais elles ne doivent pas être laissées à l'abandon lorsqu'elles sont usées. Elles doivent être déposées gratuitement dans les déchetteries dans un bac prévu à cet effet.

Sous toutes ses formes, le plomb est très dangereux pour la santé s'il pénètre dans l'organisme par ingestion par la bouche, par la respiration ou à travers la peau. Il est encore plus dangereux pour les enfants que pour les adultes.

Mais le plomb sous une de ses formes les plus toxiques est le carbonate de plomb ou céruse, utilisé jusqu'en 1949 dans la composition de certaines peintures. Il se retrouve dans la plupart des meubles anciens. Les peintures de plomb ont été utilisées sur les murs, les plafonds, les portes, les fenêtres et les plaintes des logements. Depuis, elles ont été pour la plupart recouvertes par des peintures récentes, sans plomb. Mais si celles-ci sont mal entretenues, elles se dégradent et laissent les anciennes peintures apparaître. Les cages d'escalier des immeubles peuvent également être couvertes de peinture au plomb qui redeviennent accessibles avec l'usure et les dégradations. Toutes les peintures ne contiennent pas du plomb mais la plupart des immeubles anciens, datant d'avant 1949, présentent des peintures plombées en divers endroits qu'il faut précisément identifier.

L'intoxication au plomb par les peintures peut toucher les adultes mais encore plus les jeunes enfants. Ils sont en danger car, en jouant, ils peuvent se mettre en contact avec des peintures dégradées sans que les adultes ne s'en aperçoivent. Et parce qu'ils sont en pleine croissance, ils sont plus sensibles aux effets du plomb. Lorsque ces peintures s'abîment ou sont grattées, des poussières et des écailles contenant du plomb deviennent accessibles à ces jeunes enfants qui peuvent les avaler en portant leurs doigts à leur bouche. Un enfant vivant dans un logement plombé peut devenir très vite gravement malade :

  • Les intoxications, dites modérées, passent souvent inaperçues. Même si l'enfant est atteint d'anémie, ce qui le rend pâle, elles peuvent pourtant déjà avoir des conséquences importantes sur la santé et sur la croissance de l'enfant. Plus l'intoxication augmente, plus l'enfant peut se montrer très fatigué ou très nerveux et avoir de fortes douleurs au ventre. Il a du mal à se concentrer, ce qui le handicape dans ses apprentissages et peut le mener à l'échec scolaire.
  • Les intoxications graves provoquent des atteintes au système nerveux et peuvent même entraîner le décès de l'enfant si elles ne sont pas dépistées, soignées et l'accès au plomb supprimé à temps.

Le logement, dans un habitat sans plomb accessible, est le seul moyen d'arrêter l'intoxication des enfants. Mais le droit au logement décent est encore trop souvent difficilement appliqué.

Voici quelques mesures de base pour éviter que vos enfants ne s'intoxiquent dans votre logement :

  • Ne laissez pas vos enfants toucher les peintures et porter des écailles à leur bouche. Expliquez leur patiemment le danger pour qu'ils comprennent d'eux mêmes.
  • Surtout, ne faites pas vous-même les travaux, ne grattez pas les peintures car les poussières dégagées sont toxiques pour vous et vos enfants.
  • Surtout ne chauffez pas les peintures (avec un sèche-cheveux par exemple), car cela peut dégager des vapeurs très dangereuses. Même pour les petits travaux, soyez prudent ne les faites pas en présence des enfants.
  • N'utilisez pas non plus de balais ou d'aspirateur qui font voler les poussières plombées. Pour la sécurité de vos enfants, nettoyez le sol et vos meubles avec une serpillière humide pour enlever la poussière sans la faire voler afin que les enfants ne la respirent pas et pour qu'elle ne se dépose pas plus loin. Lavez le plus régulièrement possible les jouets de vos enfants pour en éliminer la poussière, surtout s'ils tombent par terre.
  • Coupez leur les ongles très courts.
  • Pour éviter que les écailles de peinture ne restent dessous et apprenez leur à se laver souvent les mains. Les enfants qui vont en crèche ou à l'école maternelle, dès 2 ans, sont moins souvent dans le logement donc moins exposés.
  • Favorisez les sorties à l'extérieur pour limiter l'intoxication de vos enfants dans votre logement.
  • Surtout ne les laissez pas jouer dans les cages d'escalier qui sont aussi très souvent plombées.

Pour savoir si votre enfant est intoxiqué, il doit faire une prise de sang prescrite par la PMI (Protection maternelle et infantile) ou par votre médecin traitant afin de mesurer son taux de plomb sanguin ou plombémie. Elle sera notée dans son carnet de santé.

Si cette plombémie est faible, la PMI ou votre médecin suivra régulièrement votre enfant. Si le taux augmente, il faudra chercher si l'enfant est au contact de peinture plombée et dans ce cas traiter le logement ou reloger la famille.

Cependant si son taux est trop élevé, il devrait être hospitalisé plusieurs jours et parfois à plusieurs reprises afin de diminuer la quantité de plomb dans le sang.

Si vous craignez que votre logement soit toxique, vous pouvez demander conseil aux services d'hygiène ou à la mission saturnisme de votre ville ou encore à la direction des affaires sanitaires et sociales (la Ddass) de votre département. Ces services viendront vérifier la présence de plomb et diagnostiquer l'immeuble avec le matériel nécessaire. Si des peintures au plomb sont abîmées et accessibles, le propriétaire sera contraint par le préfet de faire des travaux de mise hors risque. Les adultes devront prendre des précautions particulières mais les enfants ne devront absolument pas être présents pendant les travaux.

Si les travaux sont faits sans qu'une solution n'ait été trouvée pour éloigner vos enfants, le responsable de ces travaux pourra être poursuivi en justice pour avoir mis la santé d'autrui en danger. Sans autre solution, le propriétaire devra payer l'hôtel à la famille pendant les travaux. S'il ne fait pas ce qui lui est demandé, les services de l'état feront faire les travaux à sa place et récupéreront ensuite l'argent dépensé comme un impôt. Par contre, s'il fait les travaux correctement il peut bénéficier d'une aide financière importante de l'état.

Si votre enfant est intoxiqué, le médecin qui le suit doit signaler l'intoxication à la Ddass, car le saturnisme est une maladie à déclaration obligatoire. Vous pouvez, de votre côté, prévenir les mêmes services et leur transmettre si vous le voulez les résultats d'examens de votre enfant, pour les informer du niveau d'urgence. Lorsque l'intoxication est très importante, vous êtes en droit d'être relogés prioritairement. Pour cela, il faut être inscrit comme demandeur de logement social à la mairie, à la préfecture ou dans un office HLM. Cette demande doit être renouvelée chaque année. Au moindre doute, n'hésitez pas à prévenir le service compétent de votre ville : la Ddass ou la préfecture du département.

© Mairie de Montreuil, Assurance Maladie

  • Haut Conseil de la santé publique. Mise à jour du guide pratique de dépistage et de prise en charge des expositions au plomb chez l’enfant mineur et la femme enceinte. Site internet : HCSP. Paris ; 2018 [consulté le 12 décembre 2018]
  • Santé publique France. Diagnostiquer et prévenir le saturnisme avant 18 ans. Site internet : Santé publique France. Saint Maurice (France) ; 2017 [consulté le 12 décembre 2018]
  • Ministère des solidarités et de la santé. Saturnisme. Site internet : Ministère des solidarités et de la santé. Paris ; 2016 [consulté le 12 décembre 2018]
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale. Le saturnisme ou intoxication au plomb. Site internet : Inserm. Paris ; 2015 [consulté le 12 décembre 2018]
  • Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. Prévenir les expositions professionnelles au plomb. Site internet : Inrs. Paris ; 2014 [consulté le 12 décembre 2018]