Salpingite : symptômes, diagnostic et évolution

04 mai 2017
Dans de nombreux cas, la salpingite passe inaperçue et le diagnostic est fait tardivement lors d’un bilan de stérilité. Dans d’autres cas, la maladie se manifeste par des symptômes aigus (douleurs du bas-ventre, pertes vaginales, fièvre…) Une prise en charge médicale urgente est alors nécessaire.

Les symptômes de la salpingite aigüe

Le plus souvent, la salpingite est asymptomatique et le diagnostic est posé tardivement lors d’un bilan de stérilité. Si des symptômes évoquant la maladie apparaissent (salpingite aiguë), la prise en charge médicale est urgente pour éviter la survenue de complications.

Plus ou moins associés, ces symptômes peuvent être variés :

  • des douleurs dans le bas-ventre, d’un ou des deux côtés du corps, irradiant dans les cuisses et les organes génitaux externes (grandes lèvres en particulier). Elles sont majorées lors des rapports sexuels, en fin de journée et/ou à l’effort ;
  • une fièvre souvent élevée (38,5 à 40 °C) ;
  • des leucorrhées (écoulement provenant du vagin) souvent abondantes, de couleur jaunâtre, voire purulentes ;
  • des brûlures lors de la et un besoin fréquent d’uriner (pollakiurie) ;
  • des métrorragies (pertes de sang issu de l’utérus, en dehors des règles) ;
  • des ballonnements abdominaux, des nausées et/ou une constipation.
Les sensations douloureuses liées à la salpingite peuvent remonter jusqu’au foie

Dans 15 à 20 % des cas, les douleurs se manifestent jusque sous les côtes, à droite. Ce phénomène révèle une inflammation de l’enveloppe (capsule) entourant le foie. On parle alors de "capsulite périhépatique".

Le diagnostic de la salpingite aiguë

Lors de la consultation, le médecin traitant examine sa patiente (toucher vaginal, palpation abdominale). En cas de salpingite, le vagin, l’utérus mais aussi les et les peuvent se révéler douloureux lors de l’examen gynécologique.

Pour confirmer le diagnostic de salpingite, le médecin prescrit plusieurs examens :

  • des analyses sanguines, afin de rechercher une augmentation des globules blancs révélatrice d’une infection et des signes d’inflammation ;
  • des sérologies (recherche d’antigènes et d’anticorps dans le sang) pour diagnostiquer la syphilis, l’hépatite B, l’hépatite C et le VIH/sida ;
  • des prélèvements bactériologiques, afin d’identifier le germe en cause et de réaliser un (analyse de la sensibilité ou de la résistance d’une bactérie à plusieurs antibiotiques). Ils sont réalisés soit au cabinet du médecin, soit dans un laboratoire d’analyses médicales, au niveau du vagin et du col de l’utérus (à l’aide d’un ) ainsi qu’au niveau de l’urètre. Si vous portez un stérilet (dispositif intra-utérin ou "DIU"), ce dernier est ôté et fait l’objet d’un examen bactériologique ;
  • un examen cytobactériologique des urines (ECBU), pour éliminer la possibilité d’une infection urinaire ;
  • une échographie pelvienne (de la partie inférieure du bassin) : elle est indispensable pour éliminer une complication de la salpingite (abcès…) ou une autre maladie. Dans les salpingites non compliquées, l’échographie peut mettre en évidence du liquide dans les trompes ou un épaississement des parois des trompes.

Ce bilan médical permet notamment d’éliminer la présence d’une maladie provoquant des symptômes similaires à ceux de la salpingite :

  • une endométrite (infection de la utérine ou "endomètre") ;
  • une appendicite ;
  • une cholécystite aiguë (inflammation de la vésicule biliaire) ;
  • une pyélonéphrite aiguë (infection du rein) ;
  • une grossesse extra-utérine (GEU) ;
  • une endométriose ;
  • une torsion ou rupture d’un kyste de l’ovaire ;
  • une sigmoïdite diverticulaire. Il s’agit d’une inflammation (voire d’une infection) de diverticules, petites cavités anormales formées dans la paroi du colon sigmoïde (dernière partie du gros intestin).

En complément des différents examens, le médecin peut prescrire une cœlioscopie :

  • pour préciser ou confirmer le diagnostic ;
  • s’il suspecte une complication, par exemple en l’absence d’amélioration après 48 heures de traitement ;
  • si la patiente envisage une grossesse future (en particulier si elle n’a jamais été enceinte).

Effectuée sous anesthésie générale, cette intervention consiste d’abord à réaliser quatre petites incisions dans la paroi abdominale. Ensuite, le chirurgien insuffle un gaz dans la cavité de l’abdomen et introduit une caméra miniature, ainsi que des instruments chirurgicaux. En surveillant ses gestes sur un écran vidéo, il peut ainsi :

  • recueillir des prélèvements bactériologiques ;
  • évaluer la sévérité des lésions liées à la salpingite ;
  • réaliser un lavage de la cavité pelvienne ;
  • traiter les éventuelles lésions des .

En cas de salpingite, le (ou les) partenaire(s) de la femme concernée doi(ven)t aussi réaliser :

  • un examen cytobactériologique des urines ;
  • des prélèvements bactériologiques au niveau de l’urètre ;
  • les sérologies de la syphilis, des hépatites virales B et C, et du VIH/sida.

L’évolution de la salpingite aiguë

Traitée, une salpingite aiguë guérit sans séquelles, les symptômes disparaissant en 48 à 72 heures.
Une récidive reste toutefois possible dans près de 20 % des cas :

  • si le traitement a été mal suivi ;
  • si une nouvelle contamination a lieu (par le même germe ou par un autre microbe), notamment avec la poursuite d’un comportement sexuel à risque (multiplicité des partenaires avec rapports non protégés).

En l’absence de traitement, l’évolution est imprévisible. Parfois, la salpingite guérit spontanément, avec ou sans séquelles. Dans d’autres cas, la maladie donne lieu à différents types de complications.

    Rares mais sévères, elles constituent une urgence médicale, voire chirurgicale :

    • abcès de l’ovaire ou du cul-de-sac de Douglas (repli du situé entre le rectum et l’utérus) ;
    • pelvipéritonite (inflammation ou infection du situé au niveau du petit bassin) ;
    • phlébite pelvienne des veines iliaques (proches du haut de l’os du bassin) ou situées autour de l’utérus. Cette complication est plus fréquente si la salpingite survient après un accouchement ou une interruption volontaire de grossesse.

      Elles peuvent se révéler nombreuses :

      • stérilité due à des lésions altérant les deux . Le risque de stérilité augmente en cas de récidive de salpingite. Les salpingites à Chlamydiae trachomatis provoquent peu ou pas de symptômes ; par conséquent, elles sont insuffisamment diagnostiquées et n’étant pas traitées, elles sont à l’origine de la majorité des stérilités tubaires ;
      • risque de grossesse extra-utérine (multiplié par dix après une salpingite) ;
      • douleurs pelviennes chroniques (séquelle subsistant dans 20 % des cas) ;
      • dystrophie ovarienne ou "syndrome des polykystiques" (présence chronique de nombreux kystes sur les , entraînant notamment des troubles des règles)
      Sources
      • Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF). Infections génitales de la femme –Salpingites. Site internet : Université Numérique Francophone des Sciences de la Santé et du Sport (UNF3S). Lille (France) ; 2011 [consulté le 11 mai 2015]
      • Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF). Trente-sixièmes journées nationales – Recommandations pour la pratique clinique : les infections génitales hautes. Site internet : CNGOF. Paris ; 2012 [consulté le 11 mai 2015]
      • Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF). Trente-et-unièmes journées nationales – Conduite à tenir devant une suspicion de salpingite. Site internet : CNGOF. Paris ; 2007 [consulté le 11 mai 2015]