Le traitement du prolapsus génital

22 juin 2021
Les prolapsus génito-urinaires peuvent être soignés de diverses manières : meilleure hygiène de vie, rééducation du périnée, intervention chirurgicale... Dans certains cas, les médecins choisissent de ne pas intervenir tout en maintenant une surveillance.

Prolapsus génito-urinaire : quel traitement choisir ?

Le médecin explique à sa patiente les différents traitements, leurs avantages et les risques de complications. Le choix du traitement est fait en concertation avec elle. Il s'agit d'une décision médicale partagée.

Le projet thérapeutique dépend de l'importance du prolapsus génital, de l’âge de la patiente, des attentes et des plaintes qu’elle exprime. 

Des mesures conservatrices sont suffisantes si les symptômes sont peu importants ou en cas de contre-indication chirurgicale.

La chirurgie est utile lorsque la gêne occasionnée par le prolapsus génito-urinaire est importante. Elle permet de repositionner les organes pelviens afin de supprimer les symptômes et l'inconfort. Cependant, le traitement chirurgical n'est pas indiqué dans les cas suivants :

  • lorsque la patiente ne le souhaite pas, car elle ressent peu de symptômes ;
  • si elle a accouché récemment ;
  • si elle désire une nouvelle grossesse ;
  • si elle présente une contre-indication chirurgicale (en raison de son âge ou d’une autre cause déterminée par l’équipe médicale).

En cas d'abstention thérapeutique, la patiente est régulièrement revue en consultation pour surveillance.

Les traitements dits conservateurs du prolapsus génito-urinaire

Les traitements conservateurs visent à contrôler l’évolution du prolapsus génito-urinaire. Ils sont réservés aux cas modérés.

Les mesures hygiéno-diététiques

Ces mesures consistent à :

  • perdre du poids si nécessaire et adopter une alimentation équilibrée. Ces mesures sont indispensables même si un traitement chirurgical est décidé ;
  • adapter ses activités physiques à son état de santé et remplacer des activités sportives"brutales" telles que le tennis ou le jogging par des activités comme la natation ou la gymnastique douce. Dans tous les cas, éviter d'être sédentaire ;
  • éviter le port de lourdes charges ;
  • apprendre à contrôler sa toux ;
  • traiter ou prévenir une constipation chronique.

La rééducation périnéale en cas de prolapsus génital

Pratiqué par un(e) kinésithérapeute ou une sage-femme, la rééducation vise à renforcer la musculature périnéale et à ralentir l’évolution du prolapsus génital. Elle peut être associée au port d'un pessaire.

Elle consiste en l'entrainement des muscles du plancher pelvien et peut être associée à des impulsions électriques par voie vaginale ou rectale.

Elle vise aussi à corriger les anomalies des comportements concernant la miction (en cas de troubles urinaires) et la défécation (en cas de constipation).

Elle apprend à la personne à gérer ses activités quotidiennes et également des techniques d'autorééducation.

Ainsi, elle améliore le confort et diminue les sensations de pesanteur.

La rééducation est régulièrement réévaluée afin de savoir les bénéfices qu'elle apporte.

L'utilisation d'un pessaire

Un pessaire est un dispositif intra-vaginal le plus souvent en silicone, (privilégier les pessaires au silicone aux pessaires en latex).

Il existe différentes tailles et formes de pessaires (pessaires en forme de cubes ou plus généralement en forme d’anneau).

Le pessaire est inséré au fond du vagin. Une fois placé dans le vagin, il permet de maintenir les organes et de limiter ainsi la gêne fonctionnelle du prolapsus. La patiente apprend à le mettre en place et à le retirer selon les conseils de son médecin.

Le pessaire peut être utilisé à tout âge, par des femmes dont l’état de santé contre-indique la chirurgie ou par celles qui ne la souhaitent pas. Il peut aussi être une alternative temporaire, en attendant la chirurgie.

Les traitements chirurgicaux du prolapsus génito-urinaire

Quand faut-il opérer un prolapsus génital ?

Lorsque la patiente est gênée par ses symptômes très handicapants ou après échec de la rééducation et du port d'un pessaire, la chirurgie est proposée pour traiter le prolapsus génito-urinaire, en l'absence de contre-indications à l'anesthésie et à la chirurgie. La chirurgie nécessite que les facteurs de risque soient corrigés (surpoids par exemple).

L'intervention chirurgicale est réalisée par un urologue ou un chirurgien obstétricien.

Le but est de repositionner correctement la vessie, le vagin, l'utérus et le rectum dans le petit bassin et de compenser les défaillances du plancher pelvien ( ) par soutènement ou suspension des organes.

Bilan pré-opératoire d'un prolapsus génital associé à des symptômes urinaires ou ano-rectaux

Si le prolapsus génital est le seul problème, aucun examen complémentaire n'est utile.

Des examens complémentaires sont prescrits uniquement si le prolapsus génital est associé à des problèmes d'autres organes pelviens (vessie, rectum) se traduisant par des fuites urinaires, des problèmes de fonctionnement anorectal :

  • un bilan urodynamique pour rechercher une incontinence urinaire associée. Il est toujours réalisé lorsqu'un traitement chirurgical est envisagé. Il peut en effet arriver qu’une incontinence soit masquée par la présence du prolapsus, dont la masse appuie parfois sur l’urètre. La détecter permet ainsi d’éviter les fuites urinaires qui pourraient apparaître après la correction du prolapsus ;
  • un avis spécialisé de gastro-entérologue en cas de rectocèle ;
  • une échographie abdominopelvienne pour visualiser les organes génitaux ( et utérus) et urinaires.

Peuvent également s’y ajouter :

  • une IRM pelvienne dynamique : elle explore les organes du petit bassin (vessie, utérus, vagin, rectum) au repos et lors de mouvements de poussée sans évacuation du rectum puis avec évacuation. L'IRM dynamique remplace le plus souvent le colpocystogramme (radiographie des organes pelviens avec injection de produit de contraste) ;
  • une analyse d’urines (ECBU) en cas de suspicion d'infection urinaire...

Les techniques opératoires en cas de prolapsus génital ou génito-urinaire

Plusieurs techniques existent, la plus adaptée étant choisie en fonction de l’état de santé de la patiente et de son âge.

  • La chirurgie par voie abdominale : le chirurgien suspend l’organe qui a glissé au ligament qui se trouve en avant de la colonne vertébrale. Il utilise, pour cela, une bandelette faisant office de bretelle : c’est ce que l’on appelle la promontofixation. L’opération est réalisée par coeliochirurgie.
    C’est la technique la plus souvent utilisée chez la femme jeune.
  • La chirurgie par voie vaginale : le chirurgien incise le vagin et réalise une technique adaptée au type de prolapsus (suspension du fond du vagin ou du col utérin, soutien de la vessie...) Dans certains cas, le chirurgien était amené à insérer par voie vaginale une prothèse synthétique de renfort pour soutenir l’organe. Actuellement, l'utilisation de ces prothèses n'a plus lieu compte tenu du risque de complications (défauts de cicatrisation, douleurs postopératoires, érosion des tissus avoisinants, et infection), et elle est autorisée uniquement dans le cadre de la recherche.

En cas d'incontinence urinaire associée ou survenant après la cure de prolapsus génital, une autre intervention chirurgicale est proposée à distance.

Le chirurgien peut également proposer à la patiente de retirer son utérus et/ou ses s'il existe une pathologie associée (fibrome utérin, kyste ovarien ...)

La surveillance après l'intervention chirurgicale

L'intervention chirurgicale se déroule en général sans problèmes.
Cependant, une surveillance est nécessaire pour déceler la survenue d'une complication :

  • phlébite avec risque d'embolie pulmonaire,
  • hémorragie au niveau des sutures et hématomes au niveau de la cicatrice,
  • infection post-opératoire,
  • douleurs abdominales,
  • troubles du transit intestinal avec constipation...

Fumer augmente le risque de complications chirurgicales

Si vous êtes fumeuse, arrêtez la consommation de tabac 6 à 8 semaines avant d'être opérée afin de diminuer votre risque de complications post-opératoires.

  • Passweg D. Prolapsus génital, partie 1 : diagnostic et anatomie de l'appareil urogénital. Forum médical suisse. 2016;16(32):630-634
  • Poujade O, Davitian C, Ceccaldi P-F, Chatel P, Khater C, Pernin E, et al. Prolapsus des organes pelviens. EMC - AKOS (Traité de Médecine) 2016;11(1):1-7 [Article 3-1280]
  • Association française d’urologie (AFU). Conséquences sexuelles de la chirurgie du prolapsus. Site internet : urofrance. Paris ; 2009 [consulté le 12 mai 2020]
  • Recommandations pour la pratique clinique : Synthèse des recommandations pour le traitement chirurgical du prolapsus génital non récidivé de la femme par l'AFU, le CNGOF, la SIFUD-PP, la SNFCP et la SCGP. Prog Urol. 2016;26(07):1-7,suppl.2.
  • Haute Autorité de santé (HAS). Prolapsus génital de la femme - Prise en charge thérapeutique. Site internet : HAS. Saint-Denis La Plaine (Paris) ; 2021 [consulté le 21 juin 2021]