Pollakiurie : consultation médicale, bilan et traitement

22 juin 2018
Lors de la consultation pour pollakiurie, le médecin traitant commence par interroger la personne sur la fréquence de ses mictions, l'examine et analyse ses urines grâce à une bandelette urinaire. Pour affiner son diagnostic, il demande si nécessaire des examens complémentaires (ex. : ECBU, échographie, bilan urodynamique).

La consultation médicale en cas de pollakiurie

Avant d'examiner la personne qui se plaint d'uriner trop souvent, le médecin traitant commence par l'interroger pour savoir :

  • combien d’heures s’écoulent entre deux mictions dans la journée ;
  • combien de fois elle se lève la nuit pour uriner ;
  • si elle présente d’autres symptômes (difficultés à émettre les urines, douleurs abdominales, besoins urgents, brûlures ou fuites urinaires) ;
  • si elle prend ou a pris des traitements médicamenteux.

Ensuite, le médecin analyse les urines à l’aide d’une bandelette urinaire, pour y rechercher la présence de :

  • leucocytes (globules blancs), hématies (globules rouges) et , produits en cas d’infection urinaire;
  • protéines (signe d’une pathologie rénale) ;
  • sucre (symptôme d’un diabète).
L’analyse du calendrier mictionnel renseigne sur la nature des troubles urinaires

Ce document permet par exemple de faire la différence entre deux pathologies nocturnes :

  • d’une part, une envie d’uriner trop fréquente dans la nuit avec émission d’urines de faible volume : c’est la pollakiurie nocturne ;
  • d’autre part, une envie d’uriner trop fréquente dans la nuit avec émission d'urines de volume important : c'est la polyurie nocturne. La polyurie nocturne correspond à une hausse du volume d'urine produit la nuit, par inversion du rythme habituel (normalement 2/3 des urines sont produites le jour et 1/3 la nuit). Cette affection survient notamment chez les personnes âgées.

Le calendrier sert aussi à évaluer la capacité vésicale. Si la première du matin est abondante, cela signifie que la vessie possède une capacité normale.

Les examens complémentaires en cas de pollakiurie

Selon les cas, le médecin peut prescrire un ou plusieurs examens pour rechercher la cause de ce besoin d'uriner fréquemment.

Un examen cytobactériologique des urines (ECBU)

Lorsque l'examen par bandelette urinaire est positif ou lorsqu'il existe des symptômes d'infection urinaire (cystite aiguë), un ECBU est prescrit.

Une échographie abdominopelvienne

L'échographie pelvienne (concernant la partie inférieure du bassin), rénale et abdominale est réalisée en deux temps :

  • tout d'abord après avoir demandé au patient de boire abondamment pour que la vessie soit pleine,
  • puis, après l'avoir invité à uriner complètement, pour mesurer le résidu éventuel d’urines dans la vessie.

L'échographie recherche également des anomalies des organes (prostate, utérus, vessie...) pouvant expliquer la pollakiurie.

Une cystoscopie ou urétrovésicale

Il s’agit d’une de l'urêtre et de la vessie réalisée sous anesthésie locale.

Pour l’effectuer, l'urologue utilise un fibroscope (tube souple et fin équipé d’une mini–caméra) spécifique, appelé "cystoscope". Il est introduit dans l’urètre afin d’explorer l’intérieur de la vessie.

La cystoscopie analyse la paroi interne de la vessie à la recherche d'une anomalie (calcul, tumeur, corps étranger, vessie de lutte...) et l'urêtre à la recherche d'un rétrécissement du canal, d'un calcul...

Une débimétrie urinaire

Cet examen consiste à uriner dans des toilettes spécifiques qui calculent le débit mictionnel, à savoir :

  • le volume des urines ;
  • la puissance du jet urinaire ;
  • la vitesse d’émission des urines.

Un bilan urodynamique

En présence d'une pollaliurie, un bilan urodynamique est prescrit, si nécessaire en complément des examens précédents. En plus d’une débimétrie, il comprend :

  • une cystomanométrie, qui enregistre la pression à l’intérieur de la vessie lorsqu’elle est vide, puis lors de son remplissage ;
  • une profilométrie urétrale, qui mesure les pressions dans l’urètre ;
  • éventuellement, une électromyographie, qui permet d’étudier l’activité du de l’urètre.

Les différents traitements possibles en cas de pollakiurie

Le traitement de la pollakiurie consiste avant tout à soigner la maladie en cause dans l'envie anormalement fréquente d'uriner :

Des mesures hygiénodiététiques permettent aussi d’améliorer l’envie trop fréquente d’uriner (pollakiurie) :

  • rectifier ses comportements inadaptés et éviter les facteurs irritatifs : thé, café, alcool ;
  • modifier ses habitudes, son rythme de prise de boissons et la quantité absorbée quotidiennement.

La rééducation périnéosphinctérienne et le traitement comportemental

Ils servent à "réapprendre" le fonctionnement de la vessie, et à entraîner celle-ci pour réguler ou reprogrammer les mictions (ex. : retarder le besoin d’uriner). Cette démarche est très utile en cas de pollakiurie psychogène ou d’hyperactivité vésicale.

Les médicaments parfois utilisés dans la pollakiurie

Les médicaments de la famille des anticholinergiques (oxybutynine, chlorure de trospium, solifénacine, fésotérodine) sont utilisés surtout dans l’hyperactivité vésicale.
Toutefois, ils peuvent engendrer des effets secondaires : constipation et sécheresse buccale essentiellement, nausées, dyspepsie (gêne digestive après les repas), douleurs abdominales, troubles oculaires (vision floue)...

Les injections de botulique (substance issue d’une bactérie)

Effectuées dans le muscle vésical, elles sont employées pour traiter l’hyperactivité de la vessie :

  • liée à une maladie neurologique (lésion de la moelle épinière, sclérose en plaques...) ;
  • (d’origine inconnue) et n’ayant pas répondu aux autres traitements.

Les traitements chirurgicaux sont indiqués en cas d’hyperactivité invalidante des muscles de la vessie, et ne répondant pas aux autres soins. Ils consistent à :

  • implanter un pace maker vésical (petit appareil envoyant des impulsions électriques pour réguler l’activité de la vessie) ;
  • agrandir la vessie, grâce à une technique nommée "entérocystoplastie d’agrandissement".
Sources
  • Collège français des urologues. Troubles de la miction de l'adulte et du sujet âgé. Site internet : UroFrance (Paris) ; 2014 [consulté le 9 mars 2018]
  • Rouprêt M, Audenet F. Pollakiurie. In : Encyclopédie médico–chirurgicale – AKOS (Traité de Médecine). Paris : Elsevier Masson ; 2012;7(4):1-3.
  • Felber M, Rouprêt M. Pollakiurie. EMC - AKOS (Traité de Médecine) 2017:1-2 [Article 1-0900]
  • Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) – Amblard J, Jacquetin B. Syndromes urgences–pollakiurie, mictions impérieuses et instabilité vésicale. Site internet : CNGOF. Paris ; 2003 [consulté le 23 septembre 2015]
  • Caremel R, Grise P, Corcos J. Principes d'action et indications de la toxine botulique dans le traitement de l'hyperactivité vésicale chez l'adulte. In : Encyclopédie médico–chirurgicale. Urologie.Paris : Elsevier Masson ; 2013;6(3):1–11