Pilosité de la femme : ce qui est normal, ce qui l’est moins

24 avril 2017
Parmi les anomalies de pilosité survenant chez la femme, on distingue le léger excès de pilosité naturelle du développement anormal appelé hirsutisme. À un stade ultérieur, l'hirsutisme peut s'accompagner de signes de masculinisation : c'est le virilisme.

Des poils sur le corps : pour quoi faire ?

La surface de la peau, à l'exception des paumes de mains et des plantes de pieds, est recouverte de poils. Dans certaines zones du corps, ils sont très fins voire transparents et dans d'autres, ils sont très gros. Leur couleur variable est due à la présence plus ou moins importante de pigment sécrété par les .

Leur répartition est soumise aux variations de sécrétion d'hormones sexuelles. Elle est donc différente chez l'homme et la femme.

Les poils jouent un rôle important dans le réchauffement du corps : en effet, un muscle minuscule est fixé à la base de chaque poil. La contraction de l'ensemble de ces muscles en cas de refroidissement dégage une chaleur capable de faire monter un peu la température du corps. C'est le phénomène de « chair de poule » (les poils se dressent et la peau est couverte de petites bosses).

À chaque poil est accolée une glande sébacée : c'est le follicule pilo-sébacé. Cette glande sécrète le qui s’écoule par les pores de la peau qu’il recouvre pour la protéger. Une production excessive de anormalement épais peut être responsable d'acné.

La couche profonde de la peau contient également les qui sécrètent la sueur.

La pilosité féminine normale

À la naissance, la fillette possède la même capacité que le garçon à développer une pilosité. Les différences se développent plus tard sous l'action d’hormones androgènes (hormones "mâles", essentiellement la ) sur les follicules pileux (cavité dans laquelle le poil prend sa naissance).

Ainsi, la pilosité varie selon l'âge :

  • Avant la puberté, la fillette est porteuse de sa pilosité constitutionnelle (de base) : cheveux, cils, sourcils, poils des membres.
  • Après la puberté :
  • Le taux d’hormones androgènes augmente à la puberté, ce qui permet de développer la pilosité commune aux deux sexes (aisselles, pubis).
  • Ce taux reste toutefois 20 fois moins important chez la femme que chez l’homme : il est donc insuffisant pour faire apparaître la pilosité dans les zones pileuses "masculines" (visage, torse, épaules, bas du dos, cuisses, etc.)
  • Chez les femmes prédisposées, un duvet peut toutefois apparaître dans certaines de ces zones masculines (joues et lèvre supérieure des femmes méditerranéennes par exemple), ce qui n’a rien d’anormal.
  • Après la ménopause, la production d’androgènes est très variable d’une femme à l’autre. La sensibilité aux androgènes de certaines régions du corps peut augmenter et entraîner une hyperpilosité localisée.
Variations hormonales et pilosité

La présence de poils autour du nombril, des mamelons et vers l'intérieur des cuisses est courante chez les femmes lors des variations hormonales (puberté, changement de pilule, etc.)

C’est également le cas des poils de type masculin (par exemple sur la lèvre supérieure) qui se révèlent à la ménopause, sans que cela ne soit inquiétant.

Les différents types de pilosité excessive

La simple pilosité abondante se différencie de l'hyperpilosité par la nature des poils et l'endroit où ils se trouvent. Bien que le terme d’hyperpilosité soit utilisé pour qualifier l’ensemble des problèmes pileux, on distingue plusieurs types de manifestations.

L'hypertrichose simple (ou pilosité abondante)

C'est un développement excessif de poils, le plus souvent de duvet, dans les régions déjà normalement pileuses chez la femme.

Elle n’est donc pas liée à un dérèglement hormonal ou à une maladie. Elle peut être due cependant à des prises médicamenteuses (corticoïdes ou cyclosporine par exemple) ou être présente lors d'un surpoids, même chez l'enfant.

L'hirsutisme

Il s’agit de l'apparition d'une pilosité dans des zones dites masculines, normalement glabres (dépourvues de poils) chez la femme (visage, poitrine, dos, fesses, face antérieure des cuisses, etc.)

Cette pilosité est composée de poils épais et drus.

Elle est généralement due à une production excessive d’hormones mâles (les androgènes comme la et/ou une sensibilité augmentée de la peau à des taux normaux d'androgènes.

L'évaluation clinique de l'hirsutisme est subjective. Elle est généralement quantifiée par un score (dit de Ferriman et Gallwey).

Le virilisme (hirsutisme accompagné de signes de virilisation)

À un stade ultérieur, lorsque l'hyperpilosité devient importante au point d'évoquer la pilosité masculine, on parle de virilisme pilaire.

Il peut être associé à un ou plusieurs autres signes plus marqués de masculinisation de l'organisme féminin dus à une sécrétion anormalement élevée d'androgènes :

  • développement de la musculature ;
  • gravité de la voix ;
  • acné et sécrétion séborrhéique excessive ;
  • alopécie (chute de cheveux) des golfes temporaux (tempes) ;
  • (développement excessif) du clitoris ;
  • mammaire (développement insuffisant de la poitrine) ;
  • modification éventuelle du comportement psychosexuel ;
  • troubles de l' , etc.

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Les causes de l'hirsutisme ou du virilisme

Hirsutisme et virilisme sont liés le plus souvent à une sécrétion trop élevée d’androgènes par les ou les , dont il faudra rechercher l’origine. Certains médicaments peuvent être en cause. Parfois, aucune origine à l'hirsutisme n'est trouvée.

Les causes d'origine ovarienne

La cause la plus fréquente d'hirsutisme d'origine ovarienne est le syndrome des polykystiques. Il s’agit d’un trouble hormonal touchant plus de 5 % des femmes en âge de procréer, et causant différents symptômes :

  • kystes ovariens multiples (plus de 12 follicules de 2 à 9 mm de diamètre, sur au moins un ovaire), visibles à l'échographie ;
  • et règles rares ou absentes ( ), voire infertilité (dans 20 à 74 % des cas) ;
  • taux élevé de certains androgènes (hormones mâles) responsables de pilosité excessive et autres symptômes d'hyperandrogénie.

Les tumeurs ovariennes virilisantes (car sécrétant des androgènes) sont très rares.

Les causes d'origine surrénalienne

Les peuvent être en cause dans l'hirsutisme.

L' est une maladie génétique héréditaire fréquente caractérisée par un déficit enzymatique. Les sécrètent, entre autres anomalies, trop d'androgènes.

Cette maladie peut être diagnostiquée à la naissance devant une anomalie des organes génitaux. Mais elle peut se manifester plus tardivement :

  • avant la puberté, par l'apparition d'une pilosité du pubis dès l'âge de 8 ans ;
  • après la puberté, par une pilosité excessive (hirsutisme) et des troubles des règles.

Les tumeurs virilisantes des sont très rares.

Les causes médicamenteuses de l'hirsutisme

Certains traitements comme le danazol (pouvant être utilisé dans le traitement de l'endométriose) ou d'autres médicaments comme les stéroïdes anabolisants peuvent être en cause.

L'hirsutisme dont aucune cause n'est trouvée

Il s'agit souvent d'un hirsutisme ancien, plus souvent retrouvé chez les femmes d'origine méditerranéenne. Le bilan hormonal et ovarien est normal. Cet hirsutisme serait dû à une hypersensibilité de la peau aux androgènes produits à un taux normal par l'organisme.

Sources
  • Bachelot A. Hirsutisme : diagnostic et conduite pratique. EMC - AKOS (Traité de Médecine) 2011:1-6 [Article 3-0650]
  • Rouiller D. G. Hirsutisme. Revue Médicale Suisse. Site internet : revmed.ch. Genève (Suisse) ; 2005 [consulté le 15 juin 2016]
  • Pilosité excessive chez les femmes : Différencier hypertrichose et hirsutisme. Rev Prescrire. 2006;26(269):116-122
  • Haute Autorité de santé (HAS) Hyperplasie congénitale des surrénales par déficit en 21-hydroxylase Guide médecin-ALD. Site internet : HAS. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2011 [consulté le 15 juin 2016]
  • Société française de Dermatologie. Dermato-info. La peau : un organe multifonction. Site internet : dermato-info. Paris ; 2015 [consulté le 30 juin 2016]