Le traitement de l’otite séreuse ou séromuqueuse

02 juillet 2020
L’otite séreuse ou séromuqueuse guérit généralement sans traitement. Des médicaments peuvent être nécessaires pour supprimer l’infection rhinopharyngée. Si une chirurgie est nécessaire, elle consiste en une pose d’aérateurs transtympaniques.

Quand faut-il traiter une otite séreuse ?

Souvent, l’otite séreuse ou séromuqueuse guérit sans traitement. La durée de guérison est toutefois incertaine et parfois prolongée (plus ou moins 3 mois).

Situations où le traitement de l’otite séreuse est nécessaire

Il est nécessaire d’entreprendre un traitement lorsque l’otite séreuse ou séromuqueuse :

Les objectifs du traitement de l’otite séreuse ou séromuqueuse

Le traitement poursuit 2 objectifs et utilise divers moyens :

  • Il consiste d’abord à supprimer l’infection rhinopharyngée. Il peut comprendre :
    • une désinfection rhinopharyngée qui permet de lutter contre l’encombrement du nez. Des lavages de nez peuvent être utiles ;
    • une ablation des adénoïdes ;
    • une prise en charge d’un reflux gastro-œsophagien (RGO), des éventuelles allergies ;
    • une correction d’une possible anémie en fer, voire d’une carence nutritionnelle ;
    • divers actions permettant d’agir sur un facteur environnemental tel que la suppression de polluants (spray d’intérieur, par exemple), voire lutter contre l’exposition au tabagisme passif.
  • Il permet aussi d’agir sur la perméabilité tubaire et l’aération de la caisse du . Divers traitements sont possibles, voire complémentaires :
    • la pose d’aérateurs transtympaniques, appelés aussi communément drains, « yoyo » ou « diabolo ». Cette intervention est la plus courante ;
    • les méthodes d’insufflation tubaire au ballon ou d’auto-insufflation qui permettent de faire revenir de l’air dans la caisse du . Elles peuvent améliorer le bien-être chez l’enfant de plus de 4 ans, capable d’utiliser ces techniques ;
    • la rééducation tubaire qui se fait avec un orthophoniste.

Le traitement médicamenteux de l’otite séreuse ou séromuqueuse et l’insufflation tubaire

Outre la prise en charge des rhinopharyngites, le traitement médicamenteux de l’otite séreuse ou séromuqueuse permet d’améliorer à court terme la symptomatologie. Il n’a toutefois aucun effet prouvé à moyen terme (2 mois). Il permet donc de soulager les symptômes en attendant une amélioration spontanée constatée après un contrôle ORL, ou un traitement chirurgical en l’absence d’amélioration. En effet :

  • les traitements et n’ont pas montré d’efficacité dans la résolution de l’épanchement rétrotympanique, à moyen ou long terme ;
  • la corticothérapie orale ou par voie nasale n’améliore ni la résolution de l’épanchement rétrotympanique, ni l’audition à moyen ou long terme. Elle ne constitue donc pas un traitement de référence pour l’otite séreuse ou séromuqueuse. La corticothérapie orale ou locale peut uniquement avoir une efficacité transitoire ;
  • les méthodes d’insufflation tubaires au ballon ou d’auto-insufflation peuvent améliorer l’otite avec inflammatoire chez l’enfant de plus de 4 ans capable d’utiliser cette technique. Elles peuvent être expliquées et complétées par une rééducation tubaire chez un€ orthophoniste.

    Les antibiotiques sont inefficaces dans l’otite séreuse

    Les antibiotiques n’ont aucun effet bénéfique sur l’audition et comportent un risque d’effets secondaires et d’antibiorésistance bactérienne.

Le traitement chirurgical : les drains transtympaniques et l’ablation des végétations (adénoïdectomie)

Si un traitement chirurgical s’avère nécessaire, il consiste en une pose de drains ou , aussi appelé yoyos ou diabolos.

À quoi servent les drains ou ?

C’est un système qui est posé dans la membrane du et qui permet la ventilation de la caisse du (oreille moyenne). Le rôle des est de :

  • permettre le retour à une audition normale ;
  • prévenir la réapparition de l’otite séreuse ou séromuqueuse après leur retrait ;
  • diminuer le nombre d’épisodes d’otite moyenne aiguë chez l’enfant de moins de 3 ans ;
  • réduire le risque d’otite moyenne chronique.

Les sont soit en silicone, soit en titane. Il en existe différentes formes :

  • les diabolos, qui ont l’aspect d’une bobine. Ils s'éliminent spontanément dans un délai qui varie de 4 à 18 mois. Au-delà, s'ils sont toujours présents, il est nécessaire de les faire retirer car il existe alors un risque de perforation résiduelle du qu'il faudra, dans un second temps, réparer.
  • les T-tubes, qui ont la forme d'un T. Ces aérateurs restent en place plus longtemps. Ils sont proposés en cas de récidive de l'otite séreuse ou séromuqueuse, après une première pose de diabolos. Les risques de perforation résiduelle du sont un peu plus importants avec ce type d'aérateur. L’ablation de ces T-tubes se fait de préférence avec une courte anesthésie.

    Une association de traitement bénéfique : l’ablation des

    L’adénoïdectomie (ablation des ) associée augmente l’effet bénéfique des chez l’enfant de plus de 4 ans.

Quand faut-il poser des drains ou ?

Ils sont posés lorsque l’otite séreuse ou séromuqueuse entraîne des complications, telles que :

  • une baisse de l’audition bilatérale de transmission qui affiche un résultat d’audiométrie > à 30 dB, ou un retard de langage ou de parole, ou encore une surdité de perception associée à une surdité de transmission due à l’otite séreuse ;
  • l’enchaînement d’épisodes de surinfection répétés de l’épanchement liquidien (plus de 4 épisodes d’otite moyenne aiguë par hiver) ;
  • une souffrance du comme la présence d’une poche de rétraction tympanique ;
  • une évolution prolongée prévisible de l’otite séreuse ou séromuqueuse comme des séquelles de chirurgie du palais, par exemple.

Quand faut-il enlever les (adénoïdectomie) ?

En l’absence des contre-indications classiques (anomalie du voile du palais, troubles de la coagulation sanguine), une adénoïdectomie est possible :

  • après l’âge de 4 ans lorsque les sont visibles par nasofibroscopie lors d’une consultation ou d’un examen ORL. Cette opération est effectuée sous anesthésie générale, lors de la pose des aérateurs ;
  • avant l’âge de 4 ans, en cas d’hypertrophie adénoïdienne (présence de ) responsable d’une obstruction importante (rhinopharyngites à répétition ou difficultés à respirer par le nez).

Comment se déroule la pose d’aérateurs transtympaniques et l’adénoïdectomie ?

L’enfant est hospitalisé en service de chirurgie ambulatoire pour une journée (il entre le matin et sort le même jour de la clinique ou de l’hôpital).

L’intervention se déroulant sous anesthésie générale, il est reçu par l’anesthésiste quelques jours en consultation pré-anesthésique.

L’opération est réalisée sous microscope opératoire en plusieurs étapes. Le chirurgien procède à :

  • une (petite incision du ) ;
  • une aspiration du liquide plus ou moins épais et présent dans la caisse du tympan ;
  • une introduction du diabolo ou du T-tube au travers de la membrane tympanique.

Si l’intervention chirurgicale comprend une adénoïdectomie (ablation des ), celle-ci est réalisée en général grâce à une curette (curetage). Une autre technique peut aussi être utilisée, c’est l’adénoïdectomie au microdébrideur par voie endoscopique nasale.

La surveillance après la pose des drains transtympaniques et l'adénoïdectomie

Après la pose d’aérateurs transtympaniques, un écoulement transitoire de l’oreille, parfois avec présence de sang est possible. Il est nécessaire de prendre quelques précautions tant que les drains sont en place. Il faut, par exemple, éviter de se mettre de l’eau dans les oreilles dont la présence favorise l’infection.

Après une adénoïdectomie, des saignements de nez dans la journée suivante sont souvent présents.

Des contrôles auprès de son médecin ORL sont nécessaires pour vérifier :

  • le retour à une audition normale ;
  • l’absence de complications ;
  • la disparition durable de l’otite séreuse ou séromuqueuse.

Les complications possibles

Après un traitement chirurgical de l’otite séreuse ou séromuqueuse, plusieurs complications sont possibles :

  • les aérateurs peuvent se boucher et deviennent alors inefficaces ;
  • un écoulement liquidien (otorrhée). Il est alors traité par gouttes auriculaires ;
  • une expulsion spontanée du drain vers le conduit auditif ou parfois dans la caisse du (il est alors inefficace) ;
  • une rétraction ou une sclérose du tympan ;
  • une perforation résiduelle qui nécessite une greffe du (tympanoplastie).

  • Blanc F, Ayache D, Calmels MN, Deguine O, François M, Leboulanger N, et al. Prise en charge des otites séromuqueuses de l’enfant. Recommandations de pratiques cliniques (RPC) de la Société française d’ORL et de chirurgie cervico-faciale. European Annals of Otorhinolaryngology, Head and Neck Diseases. 2018;135(4):269-73
  • Favier V, Vincent C, Bizaguet É, Bouccarra D Dauman R, Frachet B et al. Consensus formalisé de la SFORL (version courte) : audiométrie de l’adulte et de l’enfant. Annales françaises d’oto-rhino-laryngologie et de pathologie cervico-faciale. 2018;135(5):335-42
  • Collège Français d'ORL et de Chirurgie Cervico-faciale. Otites moyennes chroniques. Site internet : Université médicale virtuelle francophone. Nantes (France) ; 2014 [consulté le 17 juillet 2019]
  • National Health service (NHS). Glue ear. Site internet : NHS. Londres ; 2017 [consulté le 18 juillet 2019]