Symptômes et diagnostic d’une otite séreuse ou séromuqueuse

02 février 2021
L’unique symptôme de l’otite séreuse ou séromuqueuse est la perte d’audition, qui peut avoir des conséquences sur l’acquisition du langage chez l’enfant. Une otoscopie est réalisée pour poser le diagnostic. Elle peut être complétée par des tests d’audiométrie.

Les symptômes de l’otite séreuse

La baisse d’audition est souvent le premier et seul symptôme d’une otite séreuse. Il en résulte un retard d’acquisition du langage, qui est parfois le premier signe remarqué par les parents. Ce retard diffère selon les âges.

Chez le nourrisson et l’enfant en âge préscolaire, les signes sont :

  • un retard d’acquisition des premiers mots, des premières phrases ;
  • une stagnation des acquisitions linguistiques ;
  • des troubles articulatoires. Les mots sont mal articulés tandis que la compréhension est bonne ;
  • un manque de réaction au bruit.

Chez l’enfant scolarisé, il en ressort :

  • un retard dans l’acquisition du langage qui persiste ;
  • un comportement perturbé. L’enfant est trop calme, en retrait ou au contraire, il est hyperactif, a des difficultés d’attention ou est très bruyant ;
  • des incompréhensions. L’enfant fait des demandes répétées de ce qui a été dit et ses réponses sont hors sujet ;
  • une absence de réaction au bruit ou à l’appel de son nom.

Chez les enfants assez grands pour s’exprimer, ils ressentent :

  • une sensation d’oreille pleine ;
  • des vertiges et troubles de l’équilibre ;
  • une perception très forte de leur propre voix, etc.

Une otite séreuse chronique peut être mise en évidence en l’absence de symptômes, dans le cadre du suivi d’otites moyennes aiguës à répétition.

Le diagnostic d’une otite séreuse ou séromuqueuse

L’otite séreuse est en général diagnostiquée par le médecin traitant ou le pédiatre. Si elle ne guérit pas spontanément en 3 mois, ou si l’enfant présente une situation à risque, l’avis d’un médecin spécialisé en oto-rhino-laryngologie (ORL) et un bilan de l’audition sont indispensables.

Quand votre enfant doit-il consulter rapidement un médecin ORL ?

Une consultation chez un médecin spécialisé en ORL est nécessaire lorsque votre enfant :

  • a une rétraction du suspectée par votre médecin traitant ou son pédiatre lors de l’examen médical ;
  • présente une anomalie au niveau du palais ;
  • est atteint d’une trisomie 21 ;
  • a déjà une déficience auditive ou une surdité diagnostiquée avant l’otite séreuse ;
  • présente des troubles de la parole ou du langage ;
  • a des troubles du développement et des apprentissages ;
  • a, par ailleurs, un handicap visuel.

L’examen ORL

L’examen des tympans ou otoscopie est réalisée à l’aide d’un instrument ( ) optique grossissant. En cas d’otite séreuse, du liquide est présent derrière un ou les 2 tympans et ceux-ci sont mats, rétractés et parfois bombés.

Une nasofibroscopie permet une exploration des fosses nasales, du et du larynx. Elle consiste à introduire un endoscope fin et flexible dans le nez jusqu'au pharyngo-larynx. Elle est utile si :

  • l’otite séreuse est bilatérale (des 2 côtés) ;
  • l'enfant ronfle ou dort la bouche ouverte ;
  • le médecin a besoin de vérifier l’état des et plus précisément, leur volume.

L’audiométrie

L’audiométrie avec tympanogramme, ou évaluation de l’audition, est généralement le seul examen complémentaire nécessaire. Il est indispensable si l’enfant a un des troubles suivants :

  • un retard de parole ou de langage ;
  • des difficultés scolaires ;
  • des troubles de l’équilibre.

Lorsque le diagnostic d’otite séreuse ou séromuqueuse bilatérale est confirmé chez l’enfant, une audiométrie est réalisée pour déterminer :

  • le degré de sévérité des troubles auditifs, au moins sur l’oreille la moins affectée, afin de prévenir les conséquences de la baisse d’audition sur le langage ;
  • les causes de la perte auditive. Une perte de l’audition peut-être uniquement due à l’otite séreuse (on parle de surdité de transmission). Elle peut aussi être liée à un problème supplémentaire d’oreille interne (surdité de perception) ou être mixte.

Concernant le déroulement de l’audiométrie, le médecin dispose de diverses modalités d’analyse de l’audition.

Cet examen permet de rechercher l’intensité minimale pour qu’un son soit perçu pour diverses fréquences (hauteur du son) par l’enfant.

Bien qu’il puisse être réalisé dans une pièce calme (en champ libre), avec 2 hauts parleurs, le plus souvent, il se déroule dans une cabine insonorisée. L’enfant porte un casque où des sons d’intensité et de fréquence variables sont diffusés dans l’une puis dans l’autre oreille. L’enfant donne un signal (il lève la main par exemple) dès la perception d’un son. Ce test permet d’établir une courbe dite « de conduction aérienne » pour chaque oreille.

Si une surdité de perception, en plus de la surdité de transmission due à l'otite séreuse, est suspectée, un vibrateur maintenu sur l’os mastoïde situé à l’arrière de l’oreille, permet de tester les seuils auditifs de l’oreille interne. La mesure des réactions à ces vibrations permet d’obtenir une courbe de conduction osseuse.

L’impédancemétrie (ou tympanogramme) associée à l’audiométrie

L’impédancemétrie évalue l’élasticité du . Il est associé à l’audiométrie tonale et ne demande pas la participation de l’enfant.
À l’aide d’un petit appareil placé dans le conduit auditif externe qui exerce une pression, la mobilité du est étudiée (tympanométrie).

En présence de liquide dans l’oreille interne, le reste immobile lors de la stimulation ; il existe donc une otite séreuse. En l’absence de liquide, le vibre.

Cet examen permet d’apprécier le niveau de compréhension des mots et l’articulation de l’enfant. Pour ce faire, il étudie la capacité de l’enfant à comprendre la parole en fonction de son intensité.

L’audiométrie vocale est mesurée en décibels. Elle implique que l’enfant soit en âge de parler et qu’il ait la connaissance de la langue. Elle est réalisée en champ libre ou dans une pièce insonorisée avec un casque et sa mise en œuvre dépend de l’âge de l’enfant.

  • Pour les enfants à partir de plus de 30 mois, ce test est réalisé dans une pièce munie de 2 hauts parleurs. Une liste de mots à 2 syllabes est émise en faisant varier l’intensité de sortie des sons des hauts parleurs. L’enfant répète les mots entendus. Un mot correctement répété est un mot correctement entendu. Si les réponses sont justes à une intensité de 30 dB, cela signifie qu’au moins une des 2 oreilles entend bien. Chez les enfants de 3 à 4 ans, l’audiométrie vocale est plus facile à réaliser et plus fiable que l’audiométrie tonale.
  • Pour les enfants plus âgés, ce test d’audiométrie est réalisé avec le port d’un casque ; chaque oreille est testée pour des intensités variables et de plus en plus faibles.

Détecter les signes avant-coureurs chez le nourrisson

Lorsque l’enfant a moins de 30 mois et ne parle pas encore correctement, des tests d’audiométrie plus simples peuvent être réalisés.

L’enfant joue calmement tandis que des stimulations sonores d’intensité croissante sont émises. Sera notée dans l’évaluation, l’intensité sonore pour laquelle l’enfant réagit (par exemple, il interrompt son activité).

Des techniques existent spécifiquement pour faciliter l’étude de l’audition des enfants. Elles étudient leur comportement lors de l’émission de sons :

  • le réflexe d'orientation conditionné (ROC) pour les enfants de moins de 3 ans. Dans un premier temps, un son et une lumière sont envoyés en même temps. Dans un second temps, seul un son est envoyé pour voir si l'enfant se tourne en direction de la source sonore ;
  • des tests « ludiques », comme par exemple le train-show, pour les enfants de plus de 3 ans. L'enfant porte un casque qui envoie des sons. Dès qu’il entend un son, il appuie sur un bouton. Il voit alors une petite animation avec un train, qui permet de l'intéresser au test.

Dans la moitié des cas d’otite séreuse ou séromuqueuse, le résultat de l’audiométrie montre une perte auditive moyenne sur les fréquences de 500, 1 000, 2 000 et 4 000 Hz (unité utilisée pour définir la hauteur d’un son ou fréquence). Cette perte est :

  • inférieure à 20 dB (unité utilisée pour préciser l’intensité d’un son) dans 20 % des cas ;
  • entre 20 et 40 dB dans environ 70 % des cas ;
  • 40 à 50 dB dans 5-10 % des cas.

La perte auditive due à une otite séreuse dépasse rarement 50 dB. Une perte supérieure à 50 dB doit conduire d’emblée à la recherche d’un autre problème ORL, telle qu’une anomalie de l’oreille interne (surdité de perception), par exemple.

Otite séreuse : les autres examens possibles

D’autres examens peuvent être réalisés uniquement en fonction de l’examen clinique initial ou de l’évolution de l’otite séreuse :

  • un bilan orthophonique. Il est réalisé en cas de retard d’acquisition du langage, de retard de parole ou de retard de l’apprentissage de la lecture, de préférence après guérison de l’otite séreuse ou séromuqueuse ;
  • un bilan audiométrique objectif par mesure des potentiels évoqués auditifs (PEA). Il mesure l’activité du nerf auditif (recherche d'une surdité de perception) ;
  • une recherche d’un reflux gastro-œsophagien (RGO), s’il existe des symptômes l’évoquant, et d’autres problèmes ORL comme une laryngite récidivante, par exemple. La persistance d’une otite séreuse au-delà de l’âge de 7 ans doit conduire à la recherche de causes associées telle une allergie ;
  • une recherche d’une allergie en cas d’asthme ou de rhinites allergiques associés.

  • Blanc F, Ayache D, Calmels MN, Deguine O, François M, Leboulanger N, et al. Prise en charge des otites séromuqueuses de l’enfant. Recommandations de pratiques cliniques (RPC) de la Société française d’ORL et de chirurgie cervico-faciale. European Annals of Otorhinolaryngology, Head and Neck Diseases. 2018;135(4):269-73
  • Favier V, Vincent C, Bizaguet É, Bouccarra D Dauman R, Frachet B et al. Consensus formalisé de la SFORL (version courte) : audiométrie de l’adulte et de l’enfant. Annales françaises d’oto-rhino-laryngologie et de pathologie cervico-faciale. 2018;135(5):335-42
  • National Health service (NHS). Hearing loss - symptoms. Site internet : NHS. Londres ; 2018 [consulté le 18 juillet 2019]