Comprendre le risque des malpositions dentaires

09 novembre 2017
Les malpositions dentaires, ou dysmorphoses dento-maxillo-faciales, surviennent suite à des décalages entre les arcades dentaires. Elles peuvent avoir des répercussions sur les fonctions orales (de la bouche) et sur la qualité de vie.

Les malpositions dentaires et leurs conséquences

Des dents bien positionnées se présentent de manière harmonieuse au niveau des maxillaires supérieur et inférieur, et établissent de bons contacts entre elles. Bien alignées, elles se répartissent les forces permettant notamment la mastication et la déglutition.

Il y a malposition dentaire lorsque les dents ont une position anormale sur les arcades ou établissent de mauvais contacts entre elles. Cela survient suite à des troubles dans la croissance des os de la face, ou suite à de mauvaises habitudes au cours de l’enfance. Les conséquences sont diverses :

  • certaines dents sont trop en avant ou trop en arrière ;
  • des dents peuvent se chevaucher ;
  • un espace (béance) peut s’installer entre les deux arcades dentaires lors de leur fermeture ;
  • l’éruption d’une dent peut être gênée par la présence d’une autre...

Les malpositions dentaires et les malformations des maxillaires ou des os de la face (visage) sont appelées dento-maxillo-faciales. Celles-ci peuvent avoir des répercussions sur la qualité́ de vie et sont susceptibles d’entraîner des handicaps. Elles occasionnent des désordres de nature variable au niveau de :

  • la respiration ;
  • l’élocution ;
  • la mastication et la déglutition des aliments, étapes importantes de la digestion ;
  • l'équilibre vertébral, causant notamment un mal de dos ;
  • l’esthétique du sourire et l’harmonie du visage ;
  • le soutien des joues et des lèvres.

Certaines malpositions dentaires exposent les dents aux traumatismes ou peuvent favoriser l’apparition de caries et de maladies des gencives.

Souvent, une dento-maxillo-faciale peut être corrigée ; le traitement joue un rôle préventif sur la conservation d’un bon état bucco-dentaire.

Comprendre l’anatomie, les fonctions et la croissance des maxillaires

Au niveau de la face, le squelette se divise en 2 parties :

  • la mâchoire supérieure, composée de 13 os, dont les 2 maxillaires supérieurs ;
  • la mâchoire inférieure, constituée par le maxillaire inférieur, ou mandibule.

Lorsque l’enfant grandit, la croissance des os de son crâne et de sa face va dépendre en grande partie des structures ostéo-cartilagineuses et des contraintes qui s’exercent à leur niveau : organes en développement (croissance de l’œil, de la langue…), ventilation, façon de maintenir sa tête ou mastication.

Suspendus à la base du crâne, les 2 maxillaires supérieurs entrent dans la constitution des parois de la fosse nasale (os du nez), des cavités orbitaires (des yeux) et de la cavité buccale (de la bouche).

Situés au niveau de la partie centrale de la face, ils s’articulent :

  • entre eux, par l’intermédiaire de sutures, formant l’arcade dentaire supérieure et le palais osseux ;
  • avec l’ensemble des os de la face. Chaque maxillaire supérieur est creusé d'une cavité appelée sinus maxillaire, communiquant avec les fosses nasales.

Les sutures des maxillaires supérieurs

schéma sutures des maxillaires supérieurs, malposition dentaire

Le maxillaire inférieur, ou mandibule, forme à lui seul la mâchoire inférieure. C’est le seul os mobile de la face.

Il présente un corps en forme de fer à cheval, sur lequel repose l’arcade dentaire inférieure. Il se termine par 2 branches montantes, dont les extrémités s’articulent de chaque côté avec l’os temporal (articulations temporo-mandibulaires).

L’articulation de la mandibule avec les maxillaires supérieurs permet aux dents des arcades supérieure et inférieure d’entrer en contact. Elles forment ainsi, dent par dent, les contacts occlusaux (contact de chaque dent avec son opposée).

Le maxillaire inférieur ou mandibule

schéma mandibule, malposition dentaire

L’os alvéolaire est la partie de l’os maxillaire et mandibulaire creusé d’alvéoles, où sont implantées les dents. Il est en perpétuel remaniement sous l’influence de l’éruption dentaire et des contacts occlusaux. Sa présence est liée à celle des dents : il apparaît avec leur développement et se résorbe progressivement avec leur disparition.

Il est à la fois :

  • le principal tissu de soutien des dents avec le ligament alvéolo-dentaire (ou desmodonte) qui fixe les dents dans les alvéoles ;
  • l’une des composantes du parodonte.

Il se forme et se développe autour des germes dentaires (ébauche embryonnaire de la dent). Si certains de ces derniers sont absents (agénésie dentaire), l' ne se forme pas à l’endroit où auraient dû pousser les dents.

Croissance et maturation osseuse

La croissance staturale (taille) de l’enfant, relativement synchrone avec celle des maxillaires, passe par des phases d’accélération et de décélération. Elle est plus importante jusqu’à l’âge de 6 mois et durant la période pubertaire.

L’étude de la croissance staturale permet de suivre celle de la face, qui atteint 80 % de sa taille définitive à l’âge de 5 ans. Ceci laisse subsister un potentiel de croissance jusqu’à l’âge adulte.

La croissance des os du crâne et de la face va dépendre :

  • du développement des organes ;
  • de la ventilation (respiration) ;
  • de la statique posturale (port de la tête, positions assise, couchée, debout, etc.) ;
  • de la mastication.

La croissance des maxillaires supérieurs se fait :

  • En hauteur. Le développement des globes oculaires et la formation de l’os alvéolaire lors de la poussée dentaire augmentent leur dimension dans le sens vertical.
  • En largeur. L’utilisation de la langue élargit les maxillaires et ce, lors de la succion, la déglutition, la mastication, l’évolution de la parole et de la respiration, permettant le développement des fosses nasales.
  • En longueur. L’adaptation des sutures du palais et l’abaissement de la langue permettent leur allongement.

La croissance de la mandibule est essentiellement due à l’activité musculaire des muscles du cou et de la face, au travers notamment des phénomènes de succion et de la mastication.

L’évolution de la dentition et le risque de malpositions

La dentition évolue au fil de la croissance de l’enfant. La dentition temporaire est remplacée dans le temps par celle qui est permanente, avec une période durant laquelle les 2 dentitions cohabitent.

Selon la fonction qu'elles exercent et leur emplacement dans les maxillaires, les dents ont une forme différente.

On distingue 4 classes de dents :

  • les incisives ;
  • les canines ;
  • les prémolaires ;
  • les molaires.

La dentition de l’enfant est temporaire. Elle est composée de 20 dents de lait, apparaît vers l'âge de 6 mois et achève sa mise en place vers 24 mois. Elle est composée, pour chaque mâchoire, de 4 incisives, 2 canines et 4 molaires.

La dentition temporaire est suivie entre 6 et 11-12 ans d’une dentition mixte, dans laquelle cohabitent des dents temporaires et des dents permanentes au sein des arcades dentaires.

Le phénomène de dentition amenant à la denture permanente s’étend sur une vingtaine d’années, au cours desquelles alternent des phases actives et inactives.

La dentition permanente est composée de 32 dents. L'éruption commence vers l'âge de 6 ans, avec la poussée de la 1ère molaire. Les dents permanentes remplacent progressivement les dents de lait jusqu'à l'âge de 12 ans environ, sauf les molaires permanentes qui poussent en arrière de la dentition temporaire, sans remplacer de dents de lait.

Par arcade dentaire, la dentition permanente est composée de 4 incisives, 2 canines, 4 prémolaires et 4 molaires, auxquelles s'ajoutent de façon inconstante, entre 17 et 21 ans, 2 molaires appelées 3èmes molaires ou « dents de sagesse ».

Établissement de l’occlusion dentaire

Au cours de la croissance des arcades dentaires, des espaces (diastèmes) apparaissent entre les dents temporaires. Ils permettent aux dents permanentes, plus volumineuses, de trouver leur place.

Au fur et à mesure de leur éruption, les dents entrent en contact, d’une part avec les dents voisines sur la même arcade, et d’autre part, avec les dents antagonistes sur l’arcade opposée. Le positionnement de toutes les dents à la fin de leur éruption définit l’articulé dentaire, ou occlusion dentaire.

L’articulé dentaire sans anomalies répond à certains critères :

  • alignement des points médian supérieur et inférieur entre les incisives ;
  • recouvrement partiel des incisives inférieures par les incisives supérieures ;
  • positionnement des 1ères molaires supérieures légèrement en arrière des premières molaires inférieures ;
  • positionnement des canines supérieures entre les canines et les 1ères prémolaires inférieures.

L’arcade dentaire inférieure est totalement inscrite à l’intérieur de l’arcade supérieure.

Aux différents stades de la croissance, des anomalies dans le positionnement des dents sur les arcades ou dans les rapports entre les 2 arcades peuvent apparaître. Ces malpositions peuvent avoir une ou plusieurs conséquences. Elles nécessitent un traitement d’orthopédie dento-faciale (ODF) ou d’orthodontie, si elles entrainent un handicap.

À quel moment réaliser un dépistage orthodontique ?

Le dépistage orthodontique peut être réalisé dès l’âge de 6 ans et renouvelé à la pré-adolescence. Il permet de prendre en compte les évolutions fonctionnelles et morphologiques liées à la croissance de l’enfant, ainsi que l’apparition d’anomalies.

Sources
  • Haute Autorité de santé (HAS). Recommandations pour la pratique clinique - Indications de l’orthopédie dento-faciale et dento-maxillo-faciale chez l’enfant et l’adolescent. Site internet : HAS. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2002 [consulté le 4 octobre 2017]
  • Haute Autorité de santé (HAS). Evaluation des actes professionnels - Bilan de dysmorphose dento-maxillo-faciale. Site internet : HAS. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2006 [consulté le 4 octobre 2017]
  • Haroun A. Recommandations de la HAS pour la pratique clinique : Les critères d'aboutissement du traitement d'orthopédie dento-faciale. Bulletin de l’Union Nationale pour l’Intérêt de l’Orthopédie Dento-Faciale 2007;33:22-31
  • Bassigny F. - Manuel d'orthopédie dento-faciale. Ed. Masson. Paris: 1991
  • Université Médicale Virtuelle Francophone (UMVF). Anomalies maxillo-faciales et développement buccodentaire - Site internet : UMVF. Lille (France); 2011 [consulté le 4 octobre 2017]
  • Société française d’orthopédie dento-faciale (SFODF). Bases fondamentales en orthodontie. Site internet : SFODF. Paris ; 2011 [consulté le 4 octobre 2017]