Dépistage, symptômes, diagnostic et évolution de la maladie rénale chronique

09 août 2019
La maladie rénale chronique passe souvent inaperçue. Elle est découverte à l’occasion d’un bilan réalisé pour une autre maladie ou lors de la surveillance d'une personne présentant des facteurs de risque. Lorsqu'ils apparaissent, les symptômes sont peu caractéristiques.

Maladie rénale chronique : découverte fortuite, dépistage et symptômes

La maladie rénale chronique est longtemps silencieuse. Il n'est donc pas rare qu'elle soit découverte par hasard, lors d’un bilan sanguin réalisé pour une autre raison.

En revanche, si la personne présente un ou plusieurs facteurs de risque de développer une maladie rénale (en particulier un diabète et/ou une hypertension artérielle), celle-ci peut être détectée précocement lors d’une surveillance régulière (une fois par an). Ainsi la prise en charge précoce de l'insuffisance rénale permet d'en retarder l'évolution.
Ce dépistage consiste en un test urinaire  et une prise de sang.

En l’absence de diagnostic précoce, des symptômes peu spécifiques apparaissent :

Attention : le fait d'uriner normalement ne donne pas d'indication sur le fonctionnement des reins. Même à un stade évolué de l'insuffisance rénale (avant la dialyse), il est possible de continuer à uriner normalement, de jour comme de nuit.

Maladie rénale chronique : mes deux reins sont-ils malades ?

Dans la majorité des cas, les maladies qui détériorent le rein atteignent toujours les deux reins. Si un seul rein est malade ou n'assure plus sa fonction, il n'y a habituellement pas de signes cliniques ou biologiques évoquant une insuffisance rénale. En effet, l'autre rein compense le dysfonctionnement. Il est donc possible de vivre avec un seul rein (c'est le cas des personnes qui ont eu une greffe de rein, par exemple).

Le dépistage et le diagnostic de la maladie rénale chronique

Après son examen, le médecin traitant prescrit une analyse des urines et une prise de sang.

Analyse des urines

Une analyse d'urine est effectuée, dans un laboratoire d'analyses médicales, sur un échantillon d'urines recueilli à n'importe quel moment de la journée, pour recherche et dosage si besoin :

  • d'une protéinurie (présence de protéines dans les urines),
  • ou chez les personnes diabétiques d'une albuminurie (présence d' dans les urines).

Protéinurie et/ou albuminurie : les premiers signes d'une atteinte rénale

En effet, les urines d'une personne en bonne santé ne contiennent ni protéines, ni .

Prise de sang

Une prise de sang permet le dosage de la sanguine (créatininémie) et l'estimation du débit de filtration glomérulaire (capacité des reins à éliminer les déchets de l'organisme). La sanguine est un déchet produit par le corps, filtré par les reins et rejeté dans les urines. Si les reins fonctionnent al, la est moins bien éliminée et elle s'accumule dans le sang : son taux sanguin augmente.

Si une maladie rénale chronique est suspectée, le diagnostic doit être confirmé, en répétant les tests dans les 3 mois qui suivent, de préférence dans le même laboratoire.

Il y a maladie rénale chronique si, aux deux examens successifs :

  • le débit de filtration glomérulaire est inférieur à 60 ml/min/1.73m² (quantité de plasma sanguin filtré par minute par les reins). En pratique courante, le débit de filtration glomérulaire est estimé à l’aide d’une équation (appelée CKD-EPI) à partir du taux de dans le sang (créatininémie) dosé par méthode enzymatique.
     
  • et/ou la protéinurie et/ou l'albuminurie (chez le patient diabétique) dépassent des valeurs-seuils.

Si le second dosage confirme les premiers résultats, le bilan comporte une échographie rénale et une analyse cytobactériologique des urines (ECBU).

Il est complété par d'autres examens permettant de :

  • rechercher la cause de la maladie rénale chronique,
  • évaluer l'importance de l'atteinte rénale (une biopsie rénale est souvent utile),
  • rechercher les éventuelles répercussions de l'insuffisance rénale sur l’organisme.

Dans certains cas, l'avis d'un (médecin spécialiste des reins) est nécessaire.

Les stades de la maladie rénale chronique

Les cinq stades de la maladie rénale, classés de 1 à 5, correspondent à une aggravation croissante :

  1. Fonction rénale normale : débit de filtration glomérulaire supérieur ou égal à 90 ml/min/1,73 m2.
  2. Maladie rénale chronique avec débit de filtration glomérulaire légèrement diminué compris entre de 60 et 89 ml/min/1,73 m2.
  3. Insuffisance rénale modérée : débit de filtration glomérulaire de 30 à 59 ml/min/1,73 m2.
  4. Insuffisance rénale sévère : débit de filtration glomérulaire de 15 à 29 ml/min/1,73 m2.
  5. Insuffisance rénale terminale (dialyse ou transplantation) : débit de filtration glomérulaire inférieur à 15 ml/min/1,73 m2.

L'évolution et les complications de la maladie rénale chronique

La progression de la maladie rénale chronique peut être ralentie en traitant, si cela est possible, la cause de la maladie (diabète, hypertension artérielle...) et en adoptant des mesures destinées à protéger les reins (alimentation équilibrée, activité physique, contrôle du poids, arrêt du tabac...)

Lorsqu'elle s'aggrave, l'insuffisance rénale entraîne des complications :

  • accumulation des déchets et des liquides dans l'organisme, responsables des œdèmes ;
  • augmentation de la tension artérielle en raison de l'accumulation de sel dans l'organisme et de l'augmentation de la sécrétion d'hormones hypertensives par le rein. Cette augmentation de la tension artérielle accélère elle-même les lésions rénales et a un retentissement sur le cœur (malade coronarienne, insuffisance cardiaque) et les vaisseaux (artérite des membres inférieurs...) ;
  • retard de croissance chez l'enfant ;
  • ostéoporose chez l'adulte dus à des troubles du calcium et du phosphore ;
  • anémie ;
  • infections bactériennes ou virales plus fréquentes ;
  • carences nutritionnelles ;
  • troubles des règles et de la fonction sexuelle.

Maladie rénale chronique et exonération du ticket modérateur

Une maladie rénale chronique grave peut être reconnue au titre d'une affection de longue durée (ALD). Les examens et les soins en rapport avec cette maladie sont alors pris en charge à 100 % dans la limite des tarifs de l’Assurance Maladie.

  • Agence de biomédecine. REIN-Rapport annuel 2016. Site internet : Agence de Biomédecine. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2018 [consulté le 27 mai 2019]
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale. Insuffisance rénale. Site internet : Inserm. Paris ; 2017 [consulté le 27 mai 2019]
  • Haute Autorité de santé (HAS). Guide du parcours de soins. Maladie rénale chronique de l’adulte. Site internet : HAS. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2012 [consulté le 27 mai 2019]
  • National Health service (NHS). Chronic kidney disease. Site internet : NHS. Londres ; 2016 [consulté le 27 mai 2019]
  • Haute Autorité de santé (HAS). Diagnostic de l'insuffisance rénale chronique. Estimer le débit de filtration glomérulaire par l'équation CKD-EPI. Doser la créatininémie par méthode enzymatique. Site internet : HAS. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2012 [consulté le 27 mai 2019]
  • Collège universitaire des enseignants de néphrologie. Insuffisance rénale chronique et maladies rénales chroniques. Néphrologie. 8e édition 2018 - Chap15