Grossesse et maladies infectieuses

23 octobre 2019
Au cours de la grossesse, la recherche d'une infection urinaire lors des examens mensuels est systématique. D'autres infections peuvent également faire l'objet d'une surveillance selon le contexte : toxoplasmose, listériose, rubéole, maladie à virus Zyka, infection sexuellement transmissible.

Les infections urinaires lors de la grossesse

Les infections urinaires ou cystites sont fréquentes pendant la grossesse en raison de la pression du bébé sur la vessie et de la .

Les symptômes qui doivent y faire penser sont :

  • des douleurs du bas du ventre ;
  • une envie fréquente d'uriner ;
  • des brûlures en urinant.

Cependant, les symptômes sont souvent absents ou peu marqués. Le risque est la propagation de l’infection aux reins (pyélonéphrite) avec risque d'accouchement prématuré .

C’est pourquoi un dépistage est fait à chaque consultation grâce à une bandelette urinaire qui recherche la présence de leucocytes et de produits lors d'une infection. En cas de résultat positif, une analyse d’urines (examen cytobactériologique des urines) est demandée.

En dehors de ces examens systématiques, une femme enceinte qui ressent des symptômes de cystite doit consulter rapidement. Un examen cytobactériologique des urines en laboratoire (ECBU) est pratiqué.

L’ECBU permet d’identifier la bactérie responsable de l’infection, puis de tester sa sensibilité aux antibiotiques par .

Parmi les antibiotiques recommandés dans le traitement des cystites de la femme enceinte, le médecin traitant prescrit un traitement en tenant compte des résultats de l’antibiogramme.

La toxoplasmose pendant la grossesse

Comment une femme enceinte peut-elle avoir la toxoplasmose ?

La toxoplasmose est une infection causée par un parasite que les animaux transmettent aux hommes. En revanche, ce n'est pas une maladie contagieuse (elle ne se transmet pas entre les êtres humains).

La future maman non immunisée peut être contaminée de plusieurs façons :

  • en mangeant des aliments porteurs des parasites, le plus souvent :
    • des viandes mal cuites,
    • des légumes et des fruits souillés par de la terre ;
  • en nettoyant la caisse d’un chat contenant ses déjections ;
  • en manipulant de la terre sans porter de gants.

Une fois contaminée, la mère peut transmettre le parasite au fœtus. Il est important de savoir que :

  • le risque de transmission du parasite augmente durant la grossesse :
    • au premier trimestre, il est d’environ 10 %, et la contamination peut provoquer une fausse couche ;
    • au deuxième trimestre, le risque de transmission passe à environ 30 % ;
    • au troisième trimestre, il monte à environ 60 %.
  • à l'inverse, plus la transmission du parasite à l’enfant arrive tard durant la grossesse, moins la toxoplasmose congénitale est grave.

Qu'est-ce que la toxoplasmose congénitale ?

La toxoplasmose congénitale est l'infection du fœtus par le parasite Toxoplasma gondii transmis par la mère. Cela suppose que la mère a été en contact avec le parasite pendant sa grossesse et qu'elle n'était pas immunisée contre cette maladie (c’est-à-dire n’a jamais été au contact du parasite avant d'être enceinte).

En France, chaque année depuis 2007, date de mise en place d'un système spécifique de surveillance de la toxoplasmose congénitale, 180 à 250 cas de toxoplasmose congénitale sont signalés et sont responsables d'environ 10 à 20 interruptions médicales de grossesse.

Quelles sont les manifestations possibles de la toxoplasmose congénitale ?

  • La principale manifestation présente chez le fœtus est la choriorétinite. C'est une inflammation de la associée à une atteinte de la rétine. Elle se déclare quelquefois après la naissance de l’enfant, ou même durant l’adolescence ou à l’âge adulte. Elle peut être responsable de déficit visuel.
  • La toxoplasmose congénitale peut entraîner d’autres complications graves en cas de contamination précoce lors de la grossesse : mort in utéro, accouchement prématuré, séquelles neurologiques (anomalies de développement du cerveau, retard psychomoteur...)
  • La toxoplasmose congénitale peut être latente (90 % des cas) : le nouveau-né n'a pas de symptôme mais ses tests biologiques montre qu'il a été en contact avec le parasite. Le traitement précoce limite une possible évolution secondaire vers une forme oculaire ou neurologique retardée. L'atteinte oculaire secondaire est cependant possible tout au cours de la vie, dans environ 25 % des cas. Le suivi clinique une fois par an est poursuivi jusqu'à l'âge adulte, avec contrôle du fond d'œil.

Comment savoir si je suis immunisée contre la toxoplasmose ?

Pour savoir si vous êtes immunisée contre la toxoplasmose, un test sanguin vous est prescrit pour chercher si votre sang contient des anticorps de la maladie.
Si votre sang ne contient pas d’anticorps, vous n’êtes pas immunisée. Vous devrez alors faire une prise de sang tous les mois et prendre quelques précautions alimentaires et d’hygiène. En effet, 80 % des toxoplasmoses lors de la grossesse n'entraînent aucun symptôme chez la femme enceinte et le diagnostic n'est posé que lors du test sérologique.

Conseils lors de votre grossesse si vous n’êtes pas immunisée contre la toxoplasmose

Pour prévenir toute contamination par le parasite de la toxoplasmose, appliquez les conseils suivants :

  • ne mangez pas de viandes crues ou peu cuites ;
  • nettoyez soigneusement les fruits et légumes et faites-les bien cuire ;
  • lavez soigneusement vos ustensiles de cuisine ;
  • n’oubliez pas de bien vous laver les mains avant de préparer le repas ou de passer à table ;
  • évitez le jardinage et le contact avec les chats.

La listériose pendant la grossesse

Pourquoi faut-il se préoccuper de la listériose lors d'une grossesse ?

La bactérie listeria est très répandue dans notre environnement, notamment dans les aliments, même s’ils sont réfrigérés. La contamination humaine par Listeria est essentiellement alimentaire (produits laitiers - en particulier les fromages au lait cru - certaines charcuteries, les produits de la mer, les végétaux). La bactérie est en principe absente des aliments cuits et des conserves, mais du fait de son aptitude à se multiplier à basse température, Listeria est souvent présente dans les aliments réfrigérés à durée de conservation longue.

Lorsqu'une personne en bonne santé consomme des aliments contaminés par la bactérie Listeria, elle n'a en général pas de symptômes. Une gastro-entérite fébrile peut être observée en cas d’ingestion d’aliments massivement contaminés. Mais la maladie est grave chez les personnes immunodéprimées et chez les femmes enceintes car le fœtus peut être contaminé.

La listériose chez la femme enceinte se traduit par une fièvre plus ou moins élevée, accompagnée de maux de tête et, parfois, de troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhée etc.). Des symptômes neurologiques sont parfois présents (méningite...) Le traitement nécessite la prise d'antibiotiques.

Si la maladie n'est pas traitée ou passe inaperçue chez une femme enceinte, elle peut provoquer une fausse couche, un accouchement prématuré, une mort intra-utérine ou une infection du nouveau-né. Malgré les traitements antibiotiques administrés aux mères concernées, l’infection du fœtus ou du nouveau né reste très fréquente et grave, d'où l'importance de la prévention.

Recommandations pour éviter la contamination par la listeria lors d'une grossesse

A la maison, chacun doit veiller :

  • à la propreté de la cuisine ;
  • à la propreté du réfrigérateur qui doit être réglé à 3-4°C et régulièrement nettoyé et désinfecté à l'eau javellisée ;
  • à la séparation entre produits crus (viande, légumes) et aliments cuits ou prêts à consommer ;
  • au respect des dates limites de consommation (car la bactérie peut croître à 4°C) ;
  • à la cuisson soigneuse des restes (qui ne doivent pas être conservés plus de trois jours) ;
  • au lavage des légumes et des herbes aromatiques avant utilisation.

Évitez les aliments à risque et ce, d'autant plus que la bactérie n'altère ni l'aspect, ni l'odeur, ni le goût des aliments :

  • fromages au lait cru (surtout les pâtes molles), croûte des fromages, fromages vendus râpés,
  • charcuterie cuite (rillettes, pâtés, foie gras, produits en gelée, etc.), 
  • aliments servis à la coupe,
  • poissons fumés, poissons crus, coquillages crus, surimi, tarama…,
  • graines germées crues (soja…)
  • viande hachée, viande crue.

La rubéole pendant la grossesse

La rubéole est une maladie contagieuse due à un virus qui se transmet par l’air. Une transmission fœtale par l'intermédiaire du est possible lorsqu'une femme enceinte contracte la maladie.

Le risque de rubéole congénitale

En cas de passage transplacentaire du virus pendant les premiers mois de grossesse, le risque de malformations congénitales est très élevé (de 70 % à 100%) quand la rubéole maternelle survient avant 11 semaines d’aménorrhée ; il varie de 15 % à 80 % entre la 12e et la 18 e semaine d'amménorrhée pour devenir quasi nul après ce délai. Le passage transplacentaire du virus peut être responsable de :

  • mort fœtale et fausse couche,
  • rubéole congénitale malformative ou asymptomatique.

La contamination du fœtus peut survenir, même si la rubéole chez la mère passe inaperçue.

La rubéole congénitale peut être la cause d'un retard de croissance, d'atteintes oculaires, d'une surdité, d'une paralysie des membres, de malformations cardiaques et de troubles du développement du cerveau de l'enfant à naître. Elle est d'autant plus grave qu'elle survient tôt dans la grossesse.

La surveillance de la femme enceinte non immunisée contre la rubéole

La femme enceinte fait donc l'objet d'une surveillance médicale particulière. Dès le premier examen de la grossesse, le médecin doit vérifier si sa patiente est immunisée contre la rubéole au moyen d'un bilan sanguin appelé « sérologie ».

Les femmes enceintes non immunisées sont surveillées : un contrôle sanguin programmé avant la 18 e semaine d' permet de vérifier l'absence de séroconversion, c'est à dire l'absence de contamination par le virus.

En cas de primo-infection rubéolique détectée grâce aux sérologies, la femme enceinte est adressée à un centre spécialisé pour bilan complémentaire et suivi médical.

Mieux vaut prévoir avant la grossesse : la vaccination contre la rubéole lors de la consultation préconceptionnelle

Si vous souhaitez avoir un enfant et n'avez pas été vaccinée contre la rubéole, il est recommandé de vérifier que vous êtes immunisée, en pratiquant une sérologie.

Si vous n'êtes pas immunisée, vous pouvez être vaccinée avant d’être enceinte. Une grossesse doit être évitée dans les deux mois suivant la vaccination contre la rubéole.

La varicelle pendant la grossesse

La varicelle, une maladie à éviter lors de la grossesse

Cette maladie contagieuse, due au virus varicelle-zona, est fréquente et sans gravité lorsque l’on est enfant. La varicelle se manifeste par de la fièvre et des boutons caractéristiques (en forme de petites cloques contenant un liquide transparent).

Chez la femme enceinte, en dehors du risque de pneumopathie grave pour elle-même, la survenue d'une varicelle pendant la première moitié de sa grossesse expose le fœtus à des malformations multiples (anomalies cutanées, oculaires, neurologiques, musculo-squelettiques...) Si la future maman a une éruption de boutons de varicelle quelques jours avant ou après l'accouchement, l'enfant peut présenter une varicelle néonatale de gravité variable.

Il est donc nécessaire de consulter le plus rapidement possible :

  • en cas d’infection pendant les six premiers mois de la grossesse en raison du risque de varicelle congénitale ;
  • si l’infection survient dans les jours qui précèdent ou qui suivent l'accouchement en raison du risque de varicelle néonatale.

Nos conseils si vous n'avez pas eu la varicelle avant votre grossesse

Si vous n’êtes pas immunisée, prenez les précautions suivantes :

  • évitez tout contact avec une personne ayant la varicelle ;
  • si vous avez été en contact avec une personne atteinte de la varicelle, parlez-en à votre médecin pour qu’il vérifie si vous êtes immunisée;
  • si vous n’êtes pas immunisée, un traitement spécifique peut vous être prescrit soit par injection d’anticorps spécifiques anti-varicelle, soit par un médicament antiviral.

Infection à cytomégalovirus et grossesse

Pourquoi l'infection à cytomégalovirus est-elle grave pendant la grossesse ?

L'infection à cytomégalovirus est une maladie virale qui passe souvent inaperçue chez l'enfant, mais qui est grave chez la femme enceinte en raison de l'atteinte du fœtus.

Lorsqu'une femme enceinte contracte le virus pour la première fois, le risque de transmission au fœtus est de 30 à 40 % et celui d'infection grave de l'enfant de 10 à 15 %.

Le risque de séquelles chez le bébé est d'autant plus important que la primo-infection maternelle survient tôt au cours de la grossesse.

En cas de contamination virale précoce lors de la grossesse, les atteintes fœtales possibles sont :

  • des séquelles neurologiques (retard psychomoteur, épilepsie...),
  • des séquelles auditives (surdité) ou oculaires,
  • un retard de croissance,
  • et parfois une mort in utero...

Le virus se transmet par contact direct avec les sécrétions : salive, larmes, urine... ou par voie sexuelle. Ce sont les enfants de moins de 3 ans qui sont, le plus souvent, porteurs du virus dans leurs sécrétions sans pour autant être malades.

Prévenir l'infection à cytomégalovirus lors de la grossesse

En l'absence de vaccination, la prévention repose donc sur des gestes indispensables si la future maman n'est pas immunisée.

Il est recommandé aux femmes enceintes et aux conjoints, en contact familial ou professionnel avec des enfants de moins de trois ans :

  • de ne pas sucer la cuillère ou la tétine, et de ne pas finir le repas des enfants de moins de 3 ans ;
  • de ne pas partager les affaires de toilette (gant de toilette) avec des enfants de moins de 3 ans ;
  • de limiter le contact buccal avec les larmes et/ou la salive des enfants de moins de 3 ans ;
  • de se laver soigneusement les mains à l’eau et au savon après chaque change ou contact avec les urines (couche, pot, pyjama…).

Grippe et grossesse

La grippe survenant pendant la grossesse est souvent plus grave :

  • pour la future maman :
    • l'atteinte pulmonaire est plus fréquemment sévère et le risque d'hospitalisation est majoré,
    • le risque de fausse couche est plus élevé,
  • pour l'enfant : le risque de naissance prématurée est augmenté.

La vaccination contre la grippe est recommandée chez la femme enceinte : elle protège également la mère et également le bébé après sa naissance et jusqu'à ses 6 mois.

Maladie à virus Zika et grossesse

Gravité du virus Zika lors de la grossesse

Le virus Zika est transmis à l'homme par l’intermédiaire d’une piqûre de moustique Aedes. Il se transmet également entre les personnes par voie sexuelle.

Le virus Zika circule dans de nombreux pays notamment en Amérique latine et dans les départements français d’Amérique (Guyane, Guadeloupe, Martinique) et à Saint Martin.

Les symptômes apparaissent 3 à 12 jours après la piqûre de moustique et se manifestent de la manière suivante :

  • syndrome grippal (fièvre, maux de tête, courbatures),
  • conjonctivite avec douleurs oculaires et yeux rouges,
  • œdème des mains et des pieds,
  • éruption cutanée.

Dans une très grande majorité des cas, la maladie provoque peu de symptômes et guérit en 2 à 7 jours.

Le traitement par paracétamol soulage les symptômes (fièvre, douleurs...). Il est important de bien boire pour assurer une bonne hydratation. La prise d'anti-inflammatoires et d'aspirine est contre-indiquée.

Des complications neurologiques sont possibles chez les malades.

Des malformations congénitales touchant essentiellement le système nerveux ont été observées chez des nouveau-nés dont la mère a été contaminée par le virus au cours de la grossesse.

Virus Zyka : conseils aux femmes enceintes ou ayant un projet de grossesse

Si vous résidez dans les zones où le virus Zika est présent ou si vous devez vous y rendre, voici quelques conseils :

  • consultez un médecin pour une information adaptée et un suivi médical renforcé ;
  • suivez les recommandations des autorités locales ;
  • adoptez les mesures de protection individuelle contre les moustiques ;
  • n'ayez pas de relations sexuelles sans protection (préservatif) pendant la durée de votre grossesse ;
  • si vous avez des symptômes évocateurs, consultez immédiatement ;
  • si vous quittez la zone à risque, signalez à votre médecin votre séjour en zone d'épidémie.

Pour en savoir plus sur la maladie à virus Zika et obtenir les dernières informations, consulter le site du Ministère des Affaires sociales et de la Santé

Grossesse et infections sexuellement transmissibles

Pendant votre grossesse, vous n’êtes pas protégée des infections sexuellement transmissibles (IST).

Certaines IST sont assez fréquentes et peuvent passer inaperçues (hépatite B, VIH, chlamydiose, gonococcie, syphilis...)

Pour les femmes présentant un herpès génital, une surveillance médicale est nécessaire au 3e trimestre.

Si vous ou votre partenaire êtes concernés, utilisez un préservatif lors des rapports sexuels.

En cas de doute pour vous ou votre partenaire, n’hésitez pas à aborder ces questions avec votre médecin ou la sage-femme qui suit votre grossesse.

  • Agence nationale de sécurité sanitaire alimentation, environnement, travail (ANSES). Toxoplasmose. Site internet : ANSES. Maisons-Alfort (France) ; 2016 [consulté le 15 février 2019]
  • Ministère des solidarités et de la santé. Virus Zyka. Site internet : Ministère des solidarités et de la santé. Paris ; 2017 [consulté le 15 février 2019]
  • Haute Autorité de santé (HAS). Suivi et orientation des femmes enceintes en fonction des situations à risque identifiées. Site internet : HAS. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2016 [consulté le 15 février 2019]
  • Ministère des solidarités et de la santé. Périnatalité. Site internet : Ministère des solidarités et de la santé. Paris ; 2018 [consulté le 14 février 2019]
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale. Listériose. Site internet : Inserm. Paris ; 2016 [consulté le 14 février 2019]