Les symptômes, le diagnostic et l’évolution de la goutte

09 mars 2020
La goutte se manifeste par la survenue de poussés inflammatoires articulaires appelées « crises de goutte ». Le diagnostic clinique peut être complété par des examens complémentaires. La goutte peut évoluer en touchant plusieurs articulations et engendrer des complications rénales.

Les symptômes de la goutte : "la crise de goutte"

La goutte se manifeste par la survenue d’accès goutteux appelés « crises de goutte ». Celles-ci sont déclenchées par :

  • la consommation d’alcool ;
  • une surconsommation d’aliments riches en purines et en graisses ;
  • une crise d’acidocétose au cours d’un diabète ;
  • la perte d’eau de l’organisme liée à un effort physique intense, une déshydratation, un jeûne…
  • une situation de stress (accident, traumatisme, acte chirurgical, infection, etc.) ;
  • la prise de certains médicaments ( , aspirine à faible dose, mise en route d’un traitement hypo-uricémiant).

Des symptômes annonciateurs de la crise de goutte sont possibles. Ils se caractérisent par une douleur modérée d’une articulation avec des picotements, de l’inconfort, et une limitation de la mobilité. L’intérêt de la reconnaissance de cette phase par le patient est de lui permettre la mise en route précoce du traitement anti-inflammatoire de l’accès goutteux.

Reconnaître une crise de goutte

Plusieurs signes permettent de reconnaitre une crise de goutte :

  • la crise survient brusquement souvent la nuit, au repos, avec l’apparition d’une douleur intense (sensation de brûlure, de broiement) au niveau d’une articulation. La douleur est maximale en 6 à 12 heures ;
  • l’atteinte inflammatoire n’affecte qu’une seule articulation (mono-arthrite), souvent localisée au niveau des jambes, et en général de l’articulation de la base du gros orteil. Elle se manifeste plus rarement au niveau du genou ou de la cheville.
  • l’articulation atteinte est rouge, gonflée, chaude, volumineuse et extrêmement douloureuse au moindre effleurement. La peau et les tissus sous-cutanés sont souvent très rouges et œdématiés (gonflés).

De la fièvre et quelques frissons peuvent être associés.

Le diagnostic de la goutte

Lors de la consultation, le médecin traitant :

  • recherche des facteurs de risque de la goutte (antécédents familiaux, habitudes alimentaires, activités physiques pratiquées, autres maladies chroniques affectant le patient, prise de médicament favorisant la goutte) ;
  • interroge la personne sur l’existence d’autres épisodes semblables et sur les caractéristiques de l’épisode douloureux.

Le diagnostic est clinique. La localisation de la mono-arthrite au niveau de la base du gros orteil est caractéristique.

Le médecin recherche également la présence de tophus. Ce sont des dépôts d’acide urique sous la peau, visibles autour des articulations atteintes, le pavillon de l’oreille, les coudes, les tendons d’Achilles, ou la pulpe des doigts.

Le diagnostic peut être confirmé par :

  • une prise de sang qui permet le dosage sanguin de l’acide urique avec une uricémie supérieure à 360 mmol/L (souvent > à 420 mmol/L) ;
  • la réponse très rapidement favorable au traitement par colchicine qui conduit à une diminution des douleurs et de l’inflammation.

D'autres examens sont parfois utiles :

  • une échographie articulaire qui permet de voir les dépôts d’acide urique sur les cartilages articulaires et de déceler les tophi goutteux non encore visibles à l’examen clinique ou à la radiographie ;
  • une radiographie des os et articulations atteintes. Cet examen ne met en évidence que des lésions osseuses tardives d’arthropathie et la présence de tophi autour des articulations ;
  • une à l’aiguille fine du liquide articulaire ou d’un tophus, éventuellement guidée par échographie. Cet examen permet de mettre en évidence la présence de microcristaux d’acide urique.
Dosage sanguin de l’acide urique : les faux négatifs et les faux positifs

L’augmentation du taux d’acide urique dans le sang ne suffit pas à poser le diagnostic de goutte. En effet :

  • certaines personnes ont un taux élevé d’acide urique dans le sang et n’ont jamais de crise de goutte ;
  • d’autres ont une uricémie normale durant une crise de goutte. C’est le cas chez 1/3 des patients. Dans ce cas, un autre dosage est effectué 2 semaines plus tard.

 

Si son patient présente une goutte, le médecin procède à une évaluation de son risque cardiovasculaire. En effet, la goutte est étroitement liée à ce risque car le processus inflammatoire de la maladie affecte les petits ou les gros vaisseaux. Le risque cardiovasculaire est donc majoré en cas de goutte.

L’évolution de la goutte

Sans traitement, un accès de goutte ne disparaît spontanément qu’en 1 à 2 semaines. Grâce au traitement, la douleur disparaît en quelques heures et la crise de goutte se résout.

La mise en route d’un permet une baisse de l’uricémie et les crises de goutte deviennent rares. En l’absence de , les crises de goutte se répètent. Les premiers accès goutteux touchent habituellement les pieds (le gros orteil notamment), puis les chevilles et les genoux.

Après plusieurs années d’évolution, la goutte peut toucher les articulations des bras (mains, coudes). Cette maladie peut devenir chronique avec :

  • des atteintes de plusieurs articulations ( ) ;
  • des manifestations douloureuses fréquentes ;
  • une destruction des articulations qui se déforment.

Des tophi constitués de dépôts de cristaux d’acide urique sous la peau apparaissent sous forme de bosses (nodules) jaunâtres ou blanchâtres. Ils sont situés autour des articulations atteintes, des tendons d’Achille, des doigts, des coudes, des pavillons d’oreille, etc. Parfois, les tophi s’ulcèrent et laissent s’écouler une substance blanchâtre. Cette goutte, dite tophacée, survient dans les 5 ans suivant le début de la goutte chez 30 % des sujets non traités.

La complication rénale de la goutte non traitée la plus fréquente est la lithiase rénale. Des cristaux d’acide urique se déposent dans les voies rénales (uretères, vessie, etc.) et forment des calculs rénaux pouvant être à l’origine de coliques néphrétiques.

La lithiase rénale

Schéma représentant l’emplacement d’un calcul rénal entre le rein et l’uretère (cf. description détaillée ci-après)

Le système urinaire est composé de quatre organes : les reins, les uretères, la vessie et l’urètre.

Les reins, deux organes en forme de haricot, sont situés dans le bas du dos. Ils possèdent chacun, sur leur face interne, une sorte d’entonnoir qui se poursuit dans l’uretère. Un calcul rénal peut apparaître au niveau des reins, dans l’embouchure de l’entonnoir situé entre le rein et l’uretère. Ce calcul empêche le passage de l’urine, ce qui a pour effet de réduire le diamètre de l’uretère.

Les uretères sont deux longs canaux parallèles reliant les reins à la vessie.

La vessie est une poche située sous le bassin. Alimentée par les uretères, elle se vide par le bas grâce à l’urètre. Un sphincter permet de réguler l’écoulement de l’urine entre la vessie et l’urètre.

L’urètre est un court canal. Il évacue l’urine hors du corps.

© L’Assurance Maladie 2018 

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