Comprendre la dyspraxie de l'enfant

20 décembre 2018
La dyspraxie de l’enfant correspond à une difficulté à réaliser certains gestes et actions volontaires. Elle affecte par exemple la capacité à se situer dans l’espace et/ou la coordination des mouvements. Elle est responsable de troubles des apprentissages scolaires. Elle est due à un dysfonctionnement de la commande cérébrale des mouvements.

Qu'est-ce-que la dyspraxie de l'enfant ?

La dyspraxie est une perturbation de la capacité à effectuer certains gestes et activités volontaires (nommé "praxie"). Ce trouble des apprentissages résulte d’un dysfonctionnement de la zone cérébrale qui commande la motricité.

La dyspraxie est fréquente et touche 5 à 7% des enfants de 5-11 ans. Les garçons sont 2 à 4 fois plus atteints que les filles, et on considère qu’il y a au moins un enfant atteint de dyspraxie par classe scolaire.

La dyspraxie se manifeste par deux types de troubles.

Les troubles visuospatiaux

Ce sont les manifestations les plus fréquentes de la dyspraxie. Il s’agit de difficultés à :

  • organiser son regard, par exemple pour dénombrer des objets (l’enfant en oublie ou en compte certains plusieurs fois, alors que sa vue est bonne) ;
  • situer les éléments les uns par rapport aux autres dans l’espace ;
  • s’orienter par rapport à son propre corps (ex.: distinguer sa droite de sa gauche, suivre une trajectoire en oblique).

Les troubles moteurs ou "trouble d’acquisition de la coordination" (TAC)

Chez l'enfant dyspraxique, les troubles d'acquisition de la coordination sont plus ou moins accentués et sont souvent associés aux troubles visuospatiaux.

L’enfant a du mal à réaliser de manière automatique des mouvements volontaires complexes, alors que les muscles sollicités fonctionnent normalement et que la consigne à appliquer est bien comprise.

Par ailleurs, on observe une difficulté à coordonner les gestes. Ainsi, l’enfant dyspraxique est plus ou moins malhabile, et ne parvient pas à agir comme il le souhaite. Il doit aussi contrôler sans cesse tous ses mouvements, pour éviter des erreurs.

Le TAC est particulièrement visible dans certaines activités manuelles complexes, telles que:

  • le dessin et/ou l’écriture ;
  • l'habillage ;
  • l'utilisation d’instruments tels que la règle, les ciseaux, la gomme, le compas et/ou l'équerre ;
  • l'assemblage de diverses pièces (cubes, puzzles, jeux de construction).
Les troubles "dys"

La dyspraxie fait partie des troubles "dys" et peut être associée à d’autres troubles d’apprentissage, en rapport avec :

  • le langage écrit (dyslexie, dysorthographie, dysgraphie...) ;
  • le calcul (dyscalculie) ;
  • le langage oral (dysphasie...) ;
  • l’attention (trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité "TDAH").

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Les apprentissages moteurs de l'enfant

Les étapes de l’apprentissage chez l’enfant
Âge Construction Graphisme Vie quotidienne
18 mois Empile 2 puis 3 cubes Gribouillages Mange seul sa purée
2 ans Tour de 4 à 6 cubes Traits circulaires Enfile de grosses perles
3 ans Pont de 3 cubes
Puzzles de 4 pièces
Reproduit les traits verticaux et horizontaux Se déshabille
Utilise seul sa fourchette
3 ans et demi Tour de 10 cubes Reproduit une croix
Bonhomme "têtard"
Met seul son pantalon et ses chaussettes
4 ans Pyramide de 6 cubes (3 cubes + 2 + 1 au sommet)
Puzzles de 10 pièces
Reproduit un carré et ses diagonales Découpe entre deux lignes
Sait actionner sa fermeture éclair
5 ans Escalier de 10 cubes
Réalisation d'une arche avec 5 cubes
Reproduit un triangle
Copie son prénom
Découpe suivant des courbes
Utilise seul son couteau
S'habille seul
6 ans   Écrit son prénom sans modèle, en petites lettres Se coiffe et se mouche seul
Commence à faire ses lacets et des noeuds
Tartine avec un couteau
7 ans   Copie un losange  
8 ans   Copie un cube  
12 ans   Reproduit un cube en perspective Habileté normale

Dyspraxie : quelles sont les causes ?

L’origine de la dyspraxie reste encore inconnue. Cependant, on l’observe plus souvent en cas d'anomalies au niveau du cerveau, liées à:

  • une prématurité;
  • une souffrance cérébrale lors de la grossesse ou de l'accouchement (cela signifie que l’irrigation sanguine du cerveau est mauvaise, ce qui peut causer des lésions);
  • un traumatisme crânien.

La dyspraxie atteint aussi des enfants en bonne santé. Chez eux, certaines parties du cerveau impliquées dans l’apprentissage des gestes fonctionnent mal.

Les gestes du quotidien sont inscrits dans le cerveau sous forme de "programme"

Lorsqu’on apprend à écrire ou à faire du vélo, par exemple, le cerveau enregistre l’enchaînement des mouvements réalisés (ce processus est nommé "engrammation"). Par la suite, la simple évocation mentale de l’action réactive ce "programme"(ex.: "Je vais mettre mes chaussures puis attacher mes lacets.") Toutes les composantes de l’activité en question peuvent alors être effectuées de façon coordonnée, automatique et harmonieuse. Les gestes sont exécutés naturellement, sans que l’on y prête attention et sans fatigue (voire en même temps qu’une autre tâche). Ils constituent ce que l’on appelle une "routine".

En cas de dyspraxie, les mouvements du quotidien ne sont pas automatiques ou seulement partiellement.

Sources
  • Société française de pédiatrie (SFP). Difficultés et troubles des apprentissages chez l'enfant à partir de 5 ans. Site internet : Ministère des solidarités et de la santé. Paris ; 2009 [consulté le 19 décembre 2018]
  • Mazeau M. Les dyspraxies : points de repère. Archives de pédiatrie. 2016;17(3):314-318
  • Vaivre-Douret L. Le point sur la dyspraxie développementale : symptomatologie et prise en charge. Contraste. 2008;(28-29):321-341.
  • National Health service. Dyspraxia in children. Site internet : NHS. Londres ; 2016 [consulté le 19 décembre 2018]
  • Marcelli D, Cohen D. Psychopathologie des conduites motrices.Troubles des acquisitions motrices et dyspraxies de l’enfant. Enfance et psychopathologie. Elsevier Masson. 2016;5:119-150