Le bilan médical et le traitement de la dyspepsie

03 juin 2019
En cas de dyspepsie, divers examens médicaux sont nécessaires pour établir la présence ou non de la bactérie Helicobacter pylori. Le traitement est alors adapté en fonction des cas et un contrôle de suivi est nécessaire.

Mauvaise digestion : la première consultation

Afin de poser le diagnostic de dyspepsie et de prescrire un traitement adapté, le médecin traitant :

  • vous interroge sur vos symptômes ;
  • vous examine ;
  • vous prescrit différents examens ;
  • peut vous demander de noter quotidiennement les symptômes ressentis dans un agenda et ce, pendant 2 semaines.

Des résultats des examens nécessaires au diagnostic découleront le traitement, qui dépendra de la présence de la bactérie Helicobacter pylori.

Dyspepsie : l’importance d’agir sur les facteurs de risque

Dans tous les cas de dyspepsie ou mauvaise digestion, il est indispensable d’agir sur les facteurs de risque (surpoids, consommation de boissons gazeuses ou d’aliments acides, etc.), voire de les supprimer.

Il est aussi nécessaire de porter une attention particulière aux traitements en cours ou aux médicaments auto-administrés. Certains médicaments (les AINS anti-inflammatoires non stéroïdiens en particulier) pouvant causer la dyspepsie, il est indispensable d’en changer, voire de le supprimer.

Les examens nécessaires en cas de dyspepsie

Les examens nécessaires ont notamment pour but de déterminer la présence ou non de la bactérie Helicobacter pylori. Ces examens diffèrent si :

  • la dyspepsie est probablement due à une maladie digestive. En effet, le risque de lésion du tube digestif est important lorsque le patient :
    • a plus de 45 ans,
    • présente des symptômes d'alarme,
    • a des antécédents personnels ou familiaux de cancer digestif,
  • la dyspepsie n’a pas d’origine précise. Une dyspepsie fonctionnelle est alors probable. C'est le cas si le patient :
    • a moins de 45 ans,
    • n’a pas d’antécédent personnel ou familial de cancer digestif,
    • ne présente aucun signe d’alarme,
    • n’a aucun facteur de risque.

En cas de dyspepsie probablement due à une maladie digestive

Si le risque de lésion du tube digestif est important, le médecin traitant prescrit alors une œsogastroduodénale (endoscopie digestive haute). Cet examen, réalisé sous anesthésie locale ou générale, permet de visualiser une lésion de l’œsophage, de l’estomac ou du duodénum à l’aide d’une petite caméra. Il est réalisé par un médecin gastro-entérologue.

Lors de l' :

  • au moins 5 biopsies (prélèvements) sont effectuées sur diverses parties de l'estomac pour l'analyse anatomopathologique ;
  • 2 autres biopsies permettent un examen bactériologique.

L'analyse de ces prélèvements permet de :

  • rechercher la présence éventuelle de l'infection à Helicobacter pylori ainsi que des lésions précancéreuses ;
  • réaliser l'examen bactériologique qui consiste à mettre en culture la bactérie Helicobacter pylori (si celle-ci est présente) et d'évaluer sa sensibilité au traitement par antibiotiques.

En cas de dyspepsie fonctionnelle sans origine précise

En cas de probable dyspepsie fonctionnelle, une recherche de la présence de la bactérie Helicobacter pylori est alors nécessaire. Celle-ci peut, dans ce cas, s'effectuer sans grâce à :

  • une prise de sang, qui permet la recherche d’anticorps spécifiques dans le sang (cet examen est très utile pour le diagnostic, mais n'est pas indiqué pour contrôler l'éradication du Helicobacter pylori : en effet, les anticorps persistent dans le sang pendant des mois après le traitement) ;
  • une recherche d’antigène fécal, l’analyse se fait sur un échantillon de selles analysé en laboratoire (examen non remboursée par l'Assurance Maladie) ;
  • un test respiratoire à l’urée marquée (examen non remboursé par l’Assurance Maladie dans cette indication de bilan diagnostique).

Le traitement de la dyspepsie si la bactérie Helicobacter pylori est présente

Le traitement diffère selon l’origine de la dyspepsie : maladie digestive ou sans origine précise.

Un contrôle est nécessaire dans tous les cas pour s’assurer de la guérison de l’infection à l’Helicobacter pylori.

En cas de dyspepsie d’origine digestive (due à une maladie digestive)

L’analyse de la biopsie montre que la bactérie Helicobacter pylori est présente. Selon les résultats de l’étude de la sensibilité du germe aux antibiotiques, un traitement d’une durée de 10 jours est préconisé. Il associe 3 médicaments :

  • un inhibiteur de la pompe à protons (IPP) ;
  • de l’amoxicilline (en cas d'allergie à cet antibiotique, le métronidazole est prescrit) ;
  • de la clarithromycine (en cas de résistance à cet antibiotique, il est remplacé par la lévofloxacine).

Un autre traitement de 10 jours est possible en cas d’allergie à l’amoxicilline ou en cas d’infection persistante à Helicobacter pylori après le premier traitement. Il associe 4 médicaments :

  • un IPP ;
  • du citrate de bismuth ;
  • du métronidazole ;
  • de la tétracycline.

En cas de dyspepsie sans origine précise (dyspepsie fonctionnelle)

Un traitement par antibiotiques associé à des médicaments anti-sécrétoires gastriques est prescrit. En l’absence d’étude de la sensibilité aux antibiotiques de l’Helicobacter pylori, ce traitement dit « probabiliste » d’une durée de 14 jours est préconisé. Il associe 4 médicaments :

  • un IPP ;
  • de l’amoxicilline ;
  • de la clarithromycine ;
  • du métronidazole.

En cas d’allergie à ce traitement, un autre d’une durée de 10 jours est possible. Il est identique à celui proposé dans le cas d’une dyspepsie d’origine digestive, comprenant 4 médicaments.

Un contrôle de la guérison de l’infection à Helicobacter pylori

Un mois après la fin du traitement, un contrôle est systématiquement effectué pour vérifier que la bactérie Helicobacter pylori est bien éradiquée. Les 2 méthodes utilisées sont :

  • le test respiratoire à l’urée ;
  • la recherche d' fécal (non remboursé par l'Assurance Maladie).

Si l’un des tests effectués est positif, cela signifie que l’infection à Helicobacter pylori n’est pas guérie. Une endoscopie digestive haute est alors nécessaire. Des biopsies sont effectuées ainsi que des cultures avec afin de rechercher les antibiotiques efficaces contre le germe.

Principe et déroulement du test respiratoire à l'urée marquée au carbone 13

L'Helicobacter pylori transforme l'urée en ammonium et en gaz carbonique, éliminé par la respiration. Lors du test, le patient inspire de l'urée marquée au carbone 13. Si l'air qu'il expire est riche en gaz carbonique marqué, cela signifie qu'il est infecté par la bactérie.

Ce test peut être utile pour le diagnostic de l’infection à Helicobacter Pylori. Mais il est surtout utilisé pour le contrôle de l’éradication de la bactérie après le traitement, seule indication pour laquelle le test est remboursé par l'Assurance Maladie.

Il est pratiqué en laboratoire et nécessite 2 recueils d’air expiré à 30 minutes d’intervalle. Le patient doit :

  • être à jeun ;
  • avoir arrêté le traitement antibiotique depuis au moins 4 semaines ;
  • avoir stoppé le traitement par IPP depuis au moins 2 semaines.

Le traitement de la dyspepsie en cas d’absence de la bactérie Helicobacter pylori

Si la recherche de la bactérie Helicobacter pylori est négative, un traitement par IPP à simple dose pendant 4 à 8 semaines est en général prescrit. D’autres médicaments peuvent être proposés pour soulager les symptômes : par exemple, la siméticone pour diminuer la tension gazeuse dans l’estomac.

En cas d’anxiété, des antidépresseurs tricycliques à faible dose, voire une thérapie comportementale ou de l’hypnose peuvent être aussi prescrits.

En cas de persistance des symptômes de dyspepsie après traitement

Qu’il y ait eu un test Helicobacter pylori positif ou non et si les symptômes persistent malgré le traitement, il est nécessaire de réaliser :

Ces examens sont nécessaires pour visualiser l’œsophage, l’estomac et le duodénum et pratiquer des biopsies.

Selon les cas, d’autres examens sont éventuellement proposés :

  • une échographie abdominale ;
  • un scanner thoraco-abdominal ;
  • une IRM ;
  • un test de remplissage gastrique ;
  • une étude de la vidange gastrique ;
  • une -métrie en cas de suspicion de gastro-œsophagien.

  • Haute Autorité de santé (HAS). Diagnostic de l’infection par Helicobacter pylori chez l’adulte. Site internet : HAS ; Saint-Denis La Plaine (France) ; 2017 [consulté le 6 décembre 2018]
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  • Haute Autorité de santé (HAS). Médicaments antiémétiques dans le traitement symptomatique des nausée et vomissements. Bon usage du médicament. Site internet : HAS ; Saint-Denis La Plaine (France) ; 2019 [consulté le 3 juin 2019]
  • Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE). Conseil de pratique - Prise en charge de la dyspepsie. Site internet : SNFGE. Paris ; 2014 [consulté le 6 décembre 2018]
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  • Scotland's national health information service (NHS inform). Indigestion. Site internet : NHS inform. Édimbourg ; 2018 [consulté le 6 décembre 2018]
  • Hôpitaux universitaires Genève (HUG). Dyspepsie. Site internet : HUG. Genève (Suisse) ; 2017 [consulté le 6 décembre 2018]
  • Rochat L, Keta A. Dyspepsie et Helicobacter pylori : faut-il le traiter ? Rev Med Suisse 2012;8 :1816-1820