Une pharmacienne témoigne

29 décembre 2020
Le pharmacien, un professionnel pour vous accompagner dans le suivi des traitements.

Maud Mingeau, pharmacienne à Saint-Ouen (Seine-Saint Denis), revient sur le rôle des officines pharmaceutiques dans le suivi des traitements et l’accompagnement des patients.

Que pensez-vous du suivi des patients diabétiques par les pharmaciens ?

Maud Mingeau. Il est très différent d’une officine à l’autre, selon qu’elle se trouve dans un centre commercial, dans un village ou un quartier urbain. Surtout, ce suivi dépend essentiellement de la volonté du pharmacien. En tant que présidente d’une commission santé au sein d’un réseau de pharmaciens, j’aide une quinzaine d’officines à développer ce type de services. Le diabète est l’un de nos axes d’accompagnement des patients. Les études sociologiques montrent qu’il y a là un vrai besoin.

Concrètement, comment se passe cet accompagnement ?

Maud Mingeau. Le premier niveau est le dépistage des personnes qui pourraient être à risque sans le savoir. Des actions de sensibilisation sont par exemple organisées à l’occasion de la journée mondiale du diabète, le 14 novembre. Il y a ensuite le suivi exercé quotidiennement au comptoir. Une mauvaise observance du traitement peut être détectée quand le patient dit avoir assez de médicaments alors que son traitement en prévoit un plus grand nombre. Notre équipe de pharmaciens utilise un questionnaire d’observance pour savoir si le médicament est bien pris. Il peut s’agir d’un oubli accidentel et momentané ou alors la personne ne comprend pas l’intérêt de son traitement. Cet échange est l’occasion de revoir les éléments fondamentaux de sa prescription.

Un suivi plus approfondi du patient, sur la durée, est-il envisageable ?

Maud Mingeau. Oui. La dernière démarche consiste à prendre un rendez-vous pour revenir avec le patient sur sa compréhension du traitement. Par exemple, lors d’un « bilan partagé de médication ». Ces entretiens conventionnés sont proposés aux patients à partir de 65 ans, en général des personnes diabétiques de type 2. Durant 30 minutes, on revoit ensemble l’intégralité du traitement et le bon usage de l’insuline. Un retour écrit est adressé au médecin avec lequel un échange peut être engagé, par exemple sur le bilan rénal. Un mois après, quand le patient revient en pharmacie, on refait avec lui un tableau de posologie spécifique, avant une nouvelle visite de contrôle 6 mois après.

Quel message souhaitez-vous faire passer aux pharmaciens et aux patients eux-mêmes ?

Maud Mingeau. Il serait souhaitable que les pharmaciens travaillent davantage avec les professionnels de santé de leur territoire. Des patients viennent parfois pour des contrôles de glycémie alors qu’aucun conseil alimentaire ne leur a été donné. Je suis persuadée qu’il y a quelque chose à faire sur ce sujet. De son côté, l’officine doit être source de propositions aux patients en difficulté. Sinon, regardez sur la devanture ou à l’intérieur si des services santé sont proposés. Et n’hésitez pas à demander à votre pharmacien s’il organise des entretiens.

Contre la grippe, se faire vacciner en pharmacie est possible

Depuis l’an dernier, la vaccination contre la grippe saisonnière peut se faire en pharmacie. « Avec mes deux adjointes, nous avons suivi la formation pour être habilitées à vacciner, explique Maud Mingeau. Au total, environ 300 personnes ont été vaccinées dans mon officine. C’est pour nous une nouvelle mission et une satisfaction d’agir à notre niveau pour la santé publique. Les patients, qui n’ont pas besoin de se déplacer avec leur vaccin, apprécient le côté pratique et simple. »