Les apports de la télésurveillance du diabète

La télésurveillance évoque « le télésuivi » qui signifie la possibilité pour les patients d’être suivis à distance par leur médecin grâce à la consultation visio appelée « téléconsultation », mais aussi grâce au partage numérique de leurs données personnelles, avec ce dernier, concernant la glycémie. Le professeur Laurence Kessler, diabétologue et endocrinologue, nous explique ce dispositif : dans un contexte de désertification médicale où le nombre de patients diabétiques augmente et le nombre de consultations diminue, la télésurveillance apporte une alternative satisfaisante au suivi régulier de ses patients. Elle participe ainsi au contrôle de l’équilibre du diabète, et améliore le quotidien.

Comment définissez-vous la télésurveillance du diabète ?

En diabétologie, la télésurveillance s’est développée suite à l’utilisation importante de la mesure en continu du glucose. Par le biais de plateformes numériques, il est possible d’obtenir des enregistrements du taux de glycémie et donc d’avoir accès à un ensemble de données permettant un suivi à distance des patients avec un diabète de type 1 et 2, traités par . La démographie médicale vieillissante et l’apparition de déserts médicaux amenant une diminution d’accès aux consultations, rendent encore plus importante la possibilité de faire un télésuivi, afin que les patients puissent continuer à être suivis. Elle permet une optimisation de l’accompagnement médical, en libérant des places en consultation pour de nouveaux patients.

À qui s’adresse-t-elle ?

En plus des personnes atteintes de diabète de type 1 et 2, elle s’applique également à d’autres populations diabétiques comme les femmes ayant un diabète gestationnel, ou les patients présentant des plaies aux pieds (avec la possibilité de partager des photos).
Le télésuivi est aussi inhérent à la typologie du patient : si son taux de glycémie est relativement stable et ne nécessite que quelques ajustements, alors le patient est un bon candidat à la télésurveillance. Les personnes dont le diabète vient d’être diagnostiqué le sont également puisqu’elles ont besoin d’un accompagnement plus important au départ. C’est donc une bonne alternative, permettant un suivi tous les mois ou 2 mois. En revanche, si un patient vit un événement « aigu » au cours de sa maladie provoquant un déséquilibre de son diabète, à ce moment-là, une consultation en présentiel serait plus adéquate, afin de réévaluer la situation et d'adapter le contrôle glycémique.

Quelles sont les conditions pour que la télésurveillance soit optimale ?

Pour que la télésurveillance puisse fonctionner correctement, il est important de s’assurer que les patients intègrent bien l’aspect technologique qu’elle implique, car l’appétence au numérique est un nouveau facteur dans le suivi du diabète qui demande un apprentissage. Jusqu’à présent, les patients étaient initiés à l’observance, l’éducation thérapeutique, l'équilibre alimentaire ou la pratique d’une activité physique... Désormais, ils doivent être accompagnés à l’utilisation des nouveaux outils numériques. Les professionnels de santé eux aussi doivent être informés et formés à ce dispositif.
La télésurveillance s’est aussi développée grâce à la mise en place d’une certaine coordination avec l’aide d’infirmières qui réceptionnent et configurent les relevés de glycémie et des doses d’. Les médecins peuvent ensuite apporter leur expertise. La stratification du niveau de la télésurveillance est donc  fondamentale pour qu’elle se maintienne.

Existe-il des limites à la télésurveillance ?

Il existe tout de même quelques règles au télésuivi : on ne peut le réaliser qu’avec des personnes que l’on connait déjà, et avec qui il y a déjà eu un contact. S’il s’agit d’un nouveau patient, la première consultation doit être en présentiel, puisque c’est justement là où l’on décide si un suivi à distance peut être instauré, quelle en serait la fréquence, etc. Le télésuivi ne peut pas totalement remplacer la consultation présentiel, et la nouvelle technologie ne peut pas totalement remplacer l’humain. Par ailleurs, un déséquilibre glycémique majeur ou une typologie particulière de diabète ne coïncident pas forcément avec la téléconsultation. Un professionnel de santé doit savoir proposer un télésuivi au patient et évaluer la possibilité de le laisser ou non dans ce processus. En soi, la télésurveillance en diabétologie doit être personnalisée et adaptée à chacun.

Peut-on « se passer » de la consultation en présentiel à votre avis ?

En ce qui me concerne, tout patient diabétique de type 1 ou 2, traité par , sous mesure en continu du glucose, va bénéficier d’un télésuivi tous les 2, 3, ou 6 mois en fonction de son niveau de déséquilibre glycémique et de la nécessité de son accompagnement. Bien sûr, cela ne signifie pas que je ne les vois jamais en présentiel : il faut pouvoir alterner. Il y a 20 ans, les personnes atteintes de diabète et sous nous consultaient de façon présentielle tous les 3 à 4 mois. Aujourd’hui, c'est 1 à 2 fois par an grâce à la mise en place du suivi distanciel et à l’accès aux données de mesure en continu du glucose. Ils sont ainsi mieux contrôlés. Toutefois, il est fondamental de garder un contact avec le patient, et que le relationnel soit conservé.

Quel avenir attend la télésurveillance ?

La télésurveillance est en phase avec les avancées technologiques et l’évolution démographique, elle deviendra un outil incontournable de la médecine. L’étape ultérieure pourrait être l’analyse de millions de données représentant la base d’une future intelligence artificielle, qui permettra d’affiner davantage les adaptations glycémiques. Je peux conclure en vous disant que la télésurveillance permet actuellement un accompagnement personnalisé du patient diabétique avec un impact positif sur l’équilibre du diabète et la qualité de vie au quotidien. Nos patients expriment généralement des retours positifs.

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