Environnement intérieur : comment se protéger des facteurs déclenchants de l'asthme

13 novembre 2019

Martine Ott est conseillère en environnement intérieur au sein des hôpitaux universitaires de Strasbourg, pôle de pathologies thoraciques. Formatrice au sein du diplôme universitaire « Santé respiratoire et habitat », elle préside l'association nationale des conseillers médicaux en environnement intérieur (CMEI) (site externe).

Environnement intérieur : comment se protéger des facteurs favorisants

Quels sont les principaux facteurs dont il faut se protéger chez soi ?

Le principal polluant de l’air intérieur est le tabac. C’est pourquoi les conseillers en environnement intérieur abordent systématiquement le sujet. 

Par ailleurs, nous insistons beaucoup sur la nécessité d’aérer régulièrement son logement et de ne pas utiliser certains produits qui parfument l’air intérieur, car ils sont très irritants. Il s’agit notamment des diffuseurs de parfum, de l’encens, du papier d’Arménie, les bougies parfumées, les huiles essentielles.

Souvent nos patients pensent que les produits naturels sont sains, or ce n’est pas toujours vrai. De plus, même les produits vendus en pharmacie (huiles essentielles) peuvent être irritants.

Enfin, la présence de moisissure visible est aussi un facteur qui influe sur la santé respiratoire. Nous vérifions donc qu’il n’y a pas de taches noires sur les murs. Ces taches sont le signe d’un dysfonctionnement dans le logement : manque d’aération, chauffage insuffisant, défaut d’isolation…

Que faire lorsqu’on est allergique aux acariens ?

Nous ne traitons plus avec des acaricides, car ils n’agissent pas sur les déjections des acariens qui sont les responsables de l’allergie. De plus, ces produits chimiques peuvent eux aussi provoquer des réactions allergiques.

Nous proposons plutôt aux patients d’enfermer leur matelas dans des housses spécifiques, afin qu’ils ne soient plus en contact avec l’allergène. Nous recommandons aussi de laver les couettes, oreillers et couvertures tous les trimestres, même à 30 ou 40 degrés.

Il est important de veiller à ne pas avoir d’accumulation de poussière dans la chambre : éviter la moquette et les tapis. Nous conseillons de choisir des revêtements lavables comme le carrelage, les sols plastiques et stratifiés… En faisant le ménage régulièrement, les réservoirs d’allergènes sont bien éliminés sur ce type de sol.

L’humidité est également un facteur de prolifération des acariens. C’est pourquoi nous insistons sur la nécessité d’aérer.

Et en ce qui concerne les plantes ?

Il est important de savoir que les plantes ne dépolluent pas l’air intérieur. Nous conseillons de ne pas avoir trop de plantes car la terre contient des végétaux en décomposition et donc des moisissures, qui sont un facteur déclenchant de l’asthme. Il faut être vigilant car certaines plantes vertes, comme le ficus benjamina (figuier pleureur), peuvent être allergisantes.

Faut-il vivre dans environnement aseptisé pour éviter les facteurs favorisants ?

Non, je dirais plutôt qu’il faut des environnements moins encombrés. Pour l’entretien du logement, nous déconseillons d’utiliser trop de produits ménagers vendus en grande surface comme désinfectants. Ils contiennent souvent des ammonium quaternaires (on peut lire sur l’étiquette didécyldiméthylammonium) qui sont irritants et allergisants. À la maison, il n’est pas utile de désinfecter, le nettoyage suffit. Nous recommandons d’utiliser des produits simples, moins parfumés, moins irritants ; en optant pour ceux qui n’ont pas de pictogrammes de risque. Nous conseillons d’utiliser du savon noir pour laver et du vinaigre blanc pour détartrer.

Plusieurs études ont démontré que l’augmentation du nombre d’allergies est en partie liée à nos modes de vie, où les environnements sont de plus en plus aseptisés. Nos systèmes immunitaires ne sont pas suffisamment stimulés et les allergies se développent.

L’essentiel

Environnement intérieur : quelles sont les bonnes pratiques à adopter ?

Nous conseillons :

  • d’aérer son logement minimum deux fois 15 minutes par jour, même en hiver ;
  • d’éviter tout ce qui facilite l’accumulation de poussière (moquette, tapis, bibelots…) ;
  • de nettoyer raisonnablement, avec des produits simples ;
  • d’éviter les parfums d’intérieur (sprays, diffuseurs, huiles essentielles) qui contiennent des polluants chimiques.

Comment consulter un conseiller en environnement intérieur

Le médecin traitant, le pneumologue ou l’allergologue prescrit un bilan afin de déterminer les allergènes auxquels le patient est sensible. Avec ce diagnostic, le conseiller en environnement intérieur saura ce qu’il faut rechercher dans le logement.

Dans ce cadre, la visite est gratuite lorsque le conseiller est rattaché à une structure officielle : association, un service d’hygiène de la ville, un hôpital.

Le site Conseillers médicaux en environnement intérieur (CMEI) recense tous les conseillers en environnement intérieur qui interviennent en France.