Symptômes, diagnostic et évolution de l'anorexie mentale

Les symptômes de l’anorexie mentale s’installent de manière insidieuse durant un temps plus ou moins long, généralement depuis l’adolescence. Cependant il est nécessaire de les repérer rapidement afin d’assurer une prise en charge la plus précoce possible.

Anorexie mentale : symptômes et diagnostic

Repérer les premiers signes d'anorexie mentale : l'importance d'un diagnostic précoce

Les principaux troubles du comportement alimentaire de l’anorexie mentale doivent faire l’objet d’un repérage précoce afin de prévenir le risque d’évolution vers une forme chronique ainsi que les complications corporelles, psychiatriques ou psychosociales.

L’infirmière ou le médecin de santé scolaire peuvent être les premiers à repérer les symptômes avant-coureurs du trouble. Il est important qu’ils les signalent à la famille.

Le médecin traitant, au cours du suivi de l'adolescent, peut être amené à repérer des conduites alimentaires perturbées.

Le diagnostic précoce facilite également la relation entre le patient et son environnement familial.

Anorexie mentale : quels symptômes doivent alerter ?

Entre la reconnaissance des symptômes et le diagnostic médical d'anorexie mentale, le délai est parfois long.

Les troubles des conduites alimentaires s’installent insidieusement chez la jeune personne souvent sous prétexte d’un régime alimentaire amaigrissant ou de troubles dioestifs (colopathie fonctionnelle, douleurs abdominales...). Un rapport obsessionnel avec la nourriture s'installe avec la volonté de perdre toujours plus de poids. Rapidement, toute l'activité psychique se concentre sur le poids, la minceur et sur l'invention de stratégies pour refuser l'alimentation.

Chez la jeune fille, certains signes peuvent alerter la famille :

  • À table, la jeune fille anorexique se soucie énormément de ce que les autres membres de la famille mangent. Elle n'hésite pas à les resservir et même à leur préparer des plats, de sorte que personne ne remarque qu'elle n'a presque rien mangé. Elle-même trie la nourriture qu’elle mange et exclut les aliments riches en calories ; elle évite les repas, invente des stratégies pour refuser l’alimentation.
  • La jeune fille maigrit et cache son amaigrissement sous des vêtements amples ou l'exhibent avec fierté par des vêtements de taille de plus en plus petite.
  • Elle n’a plus ses règles ou présente des règles très espacées alors qu’elle était jusque-là bien réglée.
  • Elle fait preuve d'une incroyable vitalité, se surinvestit dans ses études, fait beaucoup de sport... Si bien que son entourage ne se doute de rien pendant longtemps.

Chez le jeune homme, l’anorexie mentale (10 % des cas) présente quelques particularités :

  • l’anorexie est plus souvent associée à des phases de boulimie ;
  • l’hyperactivité est plus fréquente que l’hyper investissement intellectuel.

Le diagnostic d'anorexie mentale chez l'adolescent(e)

Il repose sur l'association de différents critères toujours associés à une perturbation de l’image du corps.

L'anorexie

La restriction alimentaire est quantitative et qualitative : la personne mange peu, saute des repas et supprime les aliments riches en calories (gras et sucrés) puis la viande, les féculents en s'appliquant des règles inflexibles.

La perte de poids

La perte de poids plus ou moins rapide est banalisée par la personne et souvent associée à un sentiment de maitrise du corps et à une absence de fatigue. Elle est souvent importante (poids inférieur d'au moins 15 % du poids escompté, compte tenu de l'âge et de la taille) avec perte du tissu adipeux (graisse) puis fonte des muscles.

Des stratégies permettant de contrôler le poids sont mises en place :

  • hyperactivité physique,
  • prise de laxatifs, de coupe-faim, de ,
  • vomissements provoqués,
  • consommation d'eau en grande quantité (potomanie)...

Des perturbations de l'image de soi

L'adolescent(e) manifeste :

  • des préoccupations excessives autour du poids et de l'alimentation ;
  • des perturbations concernant l'image du corps : l'adolescent se sent "trop gros" alors qu'il est bien en dessous du poids "normal" ;
  • un déni des problèmes ;
  • un surinvestissement intellectuel ;
  • une recherche permanente de contrôle et un perfectionnisme ;
  • un désinvestissement de la sexualité.

Une : absence des règles

L'aménorrhée peut être primaire si la jeune fille n'a jamais été réglée ou secondaire dans le cas contraire (absence de règles pendant au moins trois cycles consécutifs). Elle peut être masquée par la prise d'une contraception estroprogestative.

Le diagnostic d'anorexie chez l’adulte

La survenue d'une anorexie mentale à l'âge adulte est possible et suspectée devant les symptômes suivants :

  • perte de poids supérieure à 15 % avec un indice de masse corporel (IMC) inférieur à 18,5 kg/m2 ;
  • refus de prendre du poids malgré un IMC faible ;
  • femme ayant une aménorrhée secondaire ou homme ayant une baisse marquée de la libido et de l’érection ;
  • hyperactivité physique et hyper investissement intellectuel ;
  • infertilité.

L'anorexie mentale peut survenir chez l'enfant avant la puberté

Les signes évocateurs d'anorexie mentale sont plus difficiles à reconnaître :

  • la croissance de l'enfant ralentit  et sur la (Indice de Masse Corporelle – IMC), le poids de l'enfant baisse ;
  • des nausées ou des douleurs abdominales répétées sont courantes ;
  • les signes de puberté n’apparaissent pas ou sont retardés :
    • chez les filles, absence de développement des seins et d’apparition des règles (aménorrhée primaire),
    • chez les garçons, absence de développement des organes génitaux.

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L'évolution de l'anorexie mentale

La guérison de l'anorexie mentale

Il est possible de guérir des troubles des conduites alimentaires comme l'anorexie mentale même si l'évolution est souvent longue et fluctuante. Après cinq ans d’évolution, deux tiers des patients sont guéris.

Cette guérison est favorisée par une prise en charge précoce. En effet, elle permet de réduire les souffrances physiques et psychologiques du malade et de ses proches. Cette prise en charge précoce prévient également l'évolution vers une anorexie chronique (les symptômes persistent plus de cinq ans) ainsi que la survenue de complications et de rechutes.

Les complications en cas d'anorexie mentale

Complications affectant le corps

En ayant recours aux vomissements, aux laxatifs et aux , les personnes anorexiques ont un risque accru de développer des complications :

  • altération de l'émail des dents, développement de caries, gingivites dues à l'acidité des sécrétions provenant de l'estomac lors des vomissements ;
  • lésions digestives, en particulier de l'œsophage, dues à l'acidité des vomissements ;
  • perturbations métaboliques (perte de potassium), responsables de troubles cardiaques ou rénaux ;
  • anémie par carence en fer, en vitamines B.

La dénutrition, souvent importante dans l'anorexie, est responsable de carences néfastes pour les muscles, le cœur, les os (ostéoporose précoce), pour le fonctionnement hormonal ( et troubles de la fertilité) et les cheveux (perte de cheveux).

Complications sur le plan psychique et retentissement social

La dénutrition et la perception déformée de soi-même peuvent participer à une aggravation du manque d'estime de soi.

Peuvent apparaître une hyperémotivité, une impulsivité, des troubles anxieux, des pensées obsessionnelles, une dépression et des idées suicidaires.

Le manque d'estime de soi et les obsessions alimentaires induisent un isolement social, un repli sur soi avec isolement relationnel et, parfois, une interruption des études et de l'activité professionnelle. Plus rarement, des conduites addictives s'installent.

Fil santé jeunes, une écoute anonyme

Le site Fil santé jeunes vous informe sur les troubles du comportement alimentaire.

L’équipe de Fil santé jeunes est joignable au 0800 235 236 tous les jours (7 jours sur 7) de 9h à 23h. Ce numéro est gratuit et anonyme.

Ce service permet aux jeunes de parler, de façon anonyme, avec une personne compétente apportant des réponses à tout besoin d'écoute, d'informations, de conseil et d'orientation.

  • Haute Autorité de Santé (HAS). Anorexie mentale : prise en charge. Site internet : HAS. Saint–Denis La Plaine ; 2010 [consulté le 1er décembre 2021]
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) Anorexie mentale. Site internet : Inserm. Paris ; 2020 [consulté le 1er décembre 2021]
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Anorexie mentale : « dépenser plus » pourrait être encore plus important que « manger moins » pour expliquer le cercle vicieux de la maladie. Communiqué de presse du 6 avril 2021. Site internet : Inserm. Paris ; 2021 [consulté le 1er décembre 2021]
  • Haute Autorité de santé (HAS). Boulimie et hyperphagie boulimique Repérage et éléments généraux de prise en charge : HAS. Saint-Denis La Plaine ; 2015 [consulté le 1er décembre 2021]
  • Collège national universitaire des enseignants en psychiatrie et en addictologie. Troubles des conduites alimentaires chez l'adolescent et l'adulte. ECN 2021. 3ème édition Presses universitaires François Rabelais
  • Collège des enseignants de nutrition. Troubles des conduites alimentaires chez l'adolescent et l'adulte. ECN 2019. 3ème édition Elsevier Masson
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