Amaigrissement et dénutrition : comment y remédier ?

15 novembre 2021
Corriger la dénutrition est d’autant plus facile qu’on s’y prend tôt. Le traitement nécessite de soigner la maladie en cause dans les difficultés à s’alimenter, de remédier aux difficultés de la vie quotidienne et de suivre de nouveaux conseils nutritionnels. Des compléments alimentaires oraux peuvent être indispensables. Le maintien d’une activité physique aide à la guérison.

Soigner la maladie en cause et prendre en charge la situation favorisant la dénutrition

La dénutrition étant quasiment toujours associée à une maladie ou à un trouble psychologique, il faut consulter sans tarder son médecin. Celui-ci aura pour objectif de diagnostiquer la maladie causale afin de la traiter.

Cela peut être :

  • Traiter la douleur, la fièvre, un syndrome dépressif, une anorexie mentale, des troubles digestifs, un mauvais état buccodentaire.
  • Adopter une bonne hygiène de la bouche, traiter un manque de salive et aller chez le chirurgien-dentiste pour trouver une solution aux problèmes dentaires.
  • Remédier à l’isolement, aux difficultés matérielles d’organisation et de prise des repas.

Vous pouvez vous informer et vous faire conseiller pour toutes les démarches administratives pour obtenir des aides auprès :

  • des assistants sociaux ;
  • de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Elle a pour mission d’informer et d’accompagner les malades avant 60 ans ;
  • de centre communal d’action sociale (CCAS) ou au Conseil général de votre lieu d’habitation.

Lire l'article : Dénutrition chez les personnes âgées : la repérer et la prévenir

Être plus actif pour stimuler l'appétit

L'activité physique adaptée et la diminution des temps de sédentarité stimulent l’appétit et entretiennent la force musculaire.

Vous vous sentez trop fatigué, trop peu entraîné ou trop âgé pour exercer une activité physique ?

Essayez d'être actif selon vos capacités et armez-vous de persévérance. Vous ne parvenez pas à faire de l’exercice une demi-heure par jour, ou bien vous pensez ne pas en être capable ? Faites votre possible. Même si vous vous dépensez seulement un peu plus que d’habitude, cela sera bénéfique pour votre santé.

Démarrez en douceur et augmentez progressivement la durée et/ou l’intensité de votre effort. Par exemple, commencez par marcher 10 minutes par jour. Ou bien montez d’abord un étage à pied, puis passez à deux.

Diminuez votre temps passé devant la télévision, à être allongé. Passez de la position assise ou couchée à la position debout avec une activité physique d'intensité faible (par exemple, levez-vous pour ranger un livre ou marcher lentement).

Demandez conseil à votre médecin traitant. Il évaluera votre condition physique, votre aptitude à l'effort et fixera avec vous des objectifs d'activité physique.

Traiter l'amaigrissement et la dénutrition

La prise en charge nutritionnelle a pour objectif une augmentation des apports alimentaires en protéines et en énergie chez une personne qui a peu d’appétit.

Lorsque la personne dénutrie mange encore un peu, le premier des traitements à envisager est l’enrichissement des repas, complété par des collations.

Cette prise en charge diététique peut être complétée par la prise de compléments nutritionnels oraux qui ont montré leur efficacité pour améliorer les apports alimentaires et le poids, réduire les complications et limiter les hospitalisations.

Comment faire pour prendre du poids ?

Soigner son cadre de vie et se faire aider si besoin

Prenez vos repas dans un environnement agréable et si possible sans être seul et prenez le temps de décorer un peu la table (nappe, vaisselle, fleurs).

Faites-vous aider pour les courses, si besoin, et gardez un œil sur le contenu de votre réfrigérateur et de vos placards pour vous assurer qu’ils sont toujours bien remplis.

Des aides techniques ou humaines pour la prise des repas peuvent être envisagées. Faites-en la demande.

Prendre des repas bien rythmés, réguliers et enrichis

Continuez de prendre 3 repas par jour, même s’ils sont plus légers. Si vous n’avez plus suffisamment faim pour terminer votre repas ou si vous digérez mal, fractionnez vos repas en prenant des collations entre les repas.

Evitez une période trop longue de jeûne, la nuit soit en reculant l’heure du dîner, soit en avançant l’heure du petit déjeuner, soit en prenant une collation dans la soirée.

Choisissez des textures d’aliments adaptées à vos capacités de mastication, de déglutition et à votre production de salive : privilégiez les aliments coupés fins et riches en eau si vous avez une diminution de salive.

Variez les modes de cuisson et les textures pour éviter la monotonie.

Stimulez votre appétit en parfumant vos plats, selon vos goûts, avec des épices ou des herbes aromatiques.

Ne supprimez pas le sel de votre alimentation sauf si votre médecin vous l’a prescrit : cet ingrédient relève le goût des aliments.

Privilégiez les protéines pour entretenir vos muscles. Mangez, deux fois par jour des protéines : de la viande, des œufs, du poisson, des légumineuses ou des produits laitiers.

Pour grossir, bannissez les produits allégés et choisissez des aliments riches en énergie. Enrichissez votre alimentation sans vous restreindre sur les produits gras et sucrés (hormis en cas de contre-indication médicale). En pratique cela revient à manger de petites portions d’aliments riches en énergie. Ces aliments, nous les connaissons tous : ce sont ceux qu’il faut limiter pour ne pas grossir ! Il est donc autorisé dans cette situation de grignoter et de consommer des aliments gras et sucrés.

Comment enrichir son alimentation ?

L’alimentation enrichie a pour objectif d’augmenter l’apport en énergie et en protéines d’un repas sans en augmenter le volume. Elle s’applique aux adultes et aux enfants.

Elle consiste à enrichir l’alimentation traditionnelle avec différents produits, tels que :

  • de la poudre de lait entier ou du lait concentré entier,
  • du fromage râpé,
  • des œufs,
  • de la crème fraîche épaisse (non allégée),
  • du beurre fondu ou de l’huile,
  • ou des poudres de protéines industrielles.

Par exemple, pour enrichir votre repas, ajoutez du fromage râpé dans vos pâtes ou sur vos légumes. Préparez un gratin avec de la crème fraîche et complétez-le d’un œuf battu.

Pour les nourrissons, les biberons peuvent être enrichis, parlez-en à votre pédiatre.

À quel moment le médecin a-t-il recours aux compléments nutritionnels oraux ?

Si cette stratégie ne suffit pas (la personne ne commence pas à reprendre du poids après 15 jours) ou si la personne a une dénutrition sévère d’emblée, le médecin a recours aux compléments nutritionnels oraux.

Les compléments nutritionnels oraux (CNO) sont des aliments destinés à des fins médicales spéciales. Ils sont donc à prescription médicale. Ils sont pris en charge par l’Assurance Maladie si les critères de dénutrition sont présents.

Les CNO sont des mélanges nutritifs complets à prendre par la bouche, riches en protéines et en énergie. Ils servent donc à apporter des calories supplémentaires aux repas normalement pris ainsi que des protéines. Ils font partie du traitement et ils sont pris transitoirement jusqu’à la reprise de poids. Ils ne doivent pas remplacer les repas, mais au contraire être consommés entre les repas, avant d’aller se coucher par exemple.

Comment faire pour bien prendre des compléments nutritionnels oraux (CNO) ?

Voici quelques conseils d'utilisation pour assurer l'efficacité des CNO :

  • comme les CNO ont des goûts différents, privilégiez ceux qui correspondent à ce que vous préférez (salés, sucrés, lactés ou non) ;
  • variez les arômes et les textures pour éviter la lassitude (CNO mixé, crème, flans, compotes, gâteaux, potages, jus de fruits, barres solides..) ;
  • si vous avez du mal à avaler, parlez-en à votre médecin ; il adaptera le type de CNO (plus liquide par exemple) ;
  • prenez les Compléments Nutritionnels Oraux en dehors des repas (2 h avant ou après les repas, sous forme de collations) et non à la place des repas : les CNO ne doivent pas remplacer les repas ;
  • prenez les CNO à la bonne température : les produits sucrés sont plus souvent appréciés s’ils sont frais. Pour les CNO à servir chauds, il est souvent possible de les réchauffer au bain marie ou au four à micro-ondes ;
  • une fois ouvert, le complément peut être conservé 2 heures à température ambiante et jusqu’à 24 heures au réfrigérateur ;
  • si vous ne parvenez plus à prendre les CNO, dites-le à votre médecin : il réadaptera sa prescription.

Si une alimentation enrichie ou complétée par des CNO ne permet pas la reprise de poids, quelles solutions ?

En cas d’échec des mesures diététiques et de la prise en charge globale de la santé et des conditions de vie de son patient, le médecin traitant adresse son patient en milieu hospitalier pour mise en place d’une nutrition entérale (grâce à une sonde placée dans l’estomac ou l’intestin grêle) et si celle-ci est impossible, une nutrition parentérale par administration de solutions nutritives par voie veineuse.
Pour ne pas arriver à cette situation, il est capital de prévenir la dénutrtion et de la dépister précocement.

Prévenir la dénutrition quand on veut perdre du poids

L’objectif d’une perte de poids est de perdre de la graisse sans perdre trop de muscle. Cela n’est possible que si on accepte de maigrir lentement et de faire de l’activité physique.

La graisse contenant environ 9 fois plus d’énergie que les muscles pour un même poids, il n’est pas possible de perdre rapidement de la graisse. Toute perte de poids rapide témoigne d’une perte de muscle.

A titre d’exemple, imaginons une personne dont la dépense énergétique serait de 2 700 kcal par jour. Même si cette personne ne mangeait rien, sa perte de graisse serait de 300 g par jour, en faisant la supposition que 100 % de son énergie soit fournie par les lipides. Autrement dit, cette personne ne peut pas perdre plus de 2,1 kg par semaine. Tout régime qui lui ferait perdre plus, lui ferait perdre autre chose que de la graisse, c'est à dire du muscle. Évidemment, si cette personne mange encore un peu (ce qui est le cas lors d’un régime), la perte de poids doit être inférieure.

Toute personne qui a eu un plâtre constate que le membre immobilisé par le plâtre a « fondu » lorsque le plâtre est enlevé. Ceci démontre qu’un muscle, même bien nourri, fond lorsqu’il ne travaille pas. C’est la raison pour laquelle il est important durant un régime de faire de l’activité physique.

  • Haute Autorité de santé - Fédération française de nutrition. Diagnostic de la dénutrition chez l’enfant, l'adulte et la personne de plus de 70 ans. Site : HAS. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2021 [consulté le 15 novembre 2021]
  • Haute Autorité de santé. Diagnostic de la dénutrition chez la personne de 70 ans et plus. Site : HAS. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2021  [consulté le 15 novembre 2021]
  • Collège des enseignants de nutrition. Dénutrition chez l’adulte et l’enfant. ECN 2019. 3ème édition Elsevier Masson
  • Collectif de Lutte contre la dénutrition. La dénutrition, c’est quoi ? Site internet : Lutte contre la dénutrition. Grenoble (France) ; 2019 [consulté le 14 octobre 2021]
  • Crenn P. Reconnaître et traiter la dénutrition. Site : Association de formation médicale continue en hépato-gastro-entérologie. Paris ; 2011 [consulté le 14 octobre 2021]
  • National Health service. Malnutrition. Site internet NHS. Londres ; 2020 [consulté le 14 octobre 2021]
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  • Assurance retraite, CNRACL, MSA et Santé publique France. Les bienfaits d’une alimentation équilibrée. Site internet : Pour bien vieillir. Paris ; 2020 [consulté le 14 octobre 2021]