Les maladies liées à l’alcool

20 février 2019
L’alcool peut provoquer des maladies digestives, neurologiques ou cardiovasculaires, des cancers et des troubles cognitifs. Une envie incontrôlable de consommer de l'alcool caractérise la dépendance. Pendant la grossesse, il peut avoir des effets graves et définitifs sur le développement du fœtus.

Maladies et addiction : les effets de l’alcool

Au-delà des risques immédiats, l’abus d’alcool a des effets importants à long terme, et réduit l’espérance de vie de plusieurs années. Il s’agit ainsi de la deuxième cause de mortalité évitable en France, après le tabac.

La consommation d'alcool expose à de multiples risques pour la santé.

En 2015, l'alcool a été responsable de 7 % des décès chez les Français de plus de 15 ans.
Sur les 41 080 décès attribuables à l'alcool, près de 74 % concernaient les hommes et 26 % les femmes.

Les causes des décès ont été :

  • des cancers (39 % des cas),
  • des maladies cardiovasculaires (24 %) ,
  • des maladies digestives (16,5 %) ,
  • des accidents ou suicides (13 %),
  • d'autres problèmes de santé (7,5 %).

La consommation d'alcool est responsable chaque année de 15 000 décès par cancer en France et 28 000 nouveaux cancers.

L'alcool joue un rôle important notamment dans l’apparition de tumeurs:

  • des voies aérodigestives supérieures (bouche, , larynx) ;
  • de l'œsophage ;
  • du foie ;
  • du sein ;
  • du colon et/ou du rectum.

On observe une augmentation du risque de cancer dès une consommation moyenne d’un verre d'alcool par jour ; cette augmentation du risque est proportionnelle à la quantité d’alcool consommée. Ainsi, toute consommation régulière d'alcool, même faible, est à risque.

Les effets de l'alcool sont démultipliés quand ils sont associés à ceux du tabac et le risque de cancer des voies aérodigestives supérieures est alors particulièrement augmenté. Les risques de cancers de la bouche sont multipliés par 45 chez les grands consommateurs de tabac et d'alcool.

La prise d’alcool aggrave le risque cardiovasculaire et favorise la survenue des maladies suivantes :

L'alcool a un grande toxicité hépatique et favorise certaines maladies du tube digestif :

  • stéatose (accumulation de graisse au niveau du foie), de ou de cirrhose du foie ;
  • hépatite aiguë alcoolique;
  • gastrite (inflammation de la paroi intérieure de l’estomac) chronique;
  • .

L'alcool a de nombreux effets sur les neurones et le cerveau.

Plus de 50 % des personnes alcoolodépendantes présentent des troubles dits "cognitifs" (altération de la mémoire, inadaptation de certains mouvements, etc.)

Par ailleurs, chez ces patients, le risque d’épilepsie augmente.

L’alcool provoque parfois des maladies comme :

  • un syndrome de Korsakoff (troubles de la mémoire, perte des repères, fabulation), lié à une détérioration du cerveau, ou d’autres troubles mentaux et du comportement ;
  • une polynévrite (inflammation des nerfs) alcoolique.

Une consommation excessive d’alcool peut entraîner des troubles psychiques : anxiété, dépression...

Par ailleurs les personnes en situation de vulnérabilité peuvent avoir tendance à consommer de l’alcool en excès pour lutter contre leur mal être.

Il s’agit d’une addiction à l’alcool, liée à des prises répétées, excessives, urgentes et compulsives (boire devient une idée fixe). Ce phénomène est similaire à la toxicomanie (dépendance créée par la prise de drogues).

La personne perd le contrôle de sa consommation et devient même tolérante aux effets de l’alcool. Si elle décide d’arrêter de boire brusquement, elle présente un syndrome de (anxiété, sueurs, agitation, confusion, insomnies, tremblements voire convulsions).

Face à la dépendance à l’alcool, les individus sont inégaux

D'une personne à l’autre, la vulnérabilité devant la dépendance à l’alcool varie. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène :

  • le patrimoine génétique ;
  • la personnalité (impulsivité, recherche de sensations et plaisir à prendre des risques) ;
  • l’environnement (environnement social et familial incitant à la consommation d'alcool ; facilité d’accès liée au faible prix et à la disponibilité des boissons alcoolisées ; incitation à consommer véhiculée par la publicité et les films).

Enfin, l’absorption d’alcool par une femme pendant sa grossesse augmente le risque de dépendance future pour l’enfant.

De même, boire dès 11-12 ans multiplie par dix le risque de devenir dépendant par rapport à un début à 18 ans.

La grossesse : une situation à grand risque

Quelle que soit la dose bue, l’alcool ingéré par une femme enceinte passe presque intégralement dans le sang du fœtus.

Cela peut avoir des effets irréversibles sur le bébé. Parfois, il s’agit de troubles du comportement mineurs (troubles des apprentissages, de l'adaptation...) appelés troubles causés par l'alcoolisation fœtale (TCAF).

Dans d’autres cas, l’enfant présente un syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF), avec des anomalies sévères du développement, par exemple :

  • une malformation du crâne et du visage ;
  • un retard de croissance ;
  • des handicaps comportementaux et/ou cognitifs (retard mental, problèmes d’apprentissage, de mémoire, d’attention), observés dans près de 50 % des cas.

L’absorption d’alcool est néfaste pendant toute la grossesse et il n’a jamais été mis en évidence de seuil en deçà duquel les risques sont nuls, d’où la recommandation "0 alcool pendant la grossesse".

Selon les données du Baromètre santé 2017, la consommation d’alcool pendant la grossesse, n’est pas rare en France. En effet, parmi les femmes interrogées, enceintes au moment de l’enquête ou mères d’un enfant de moins de 5 ans :

  • Près de 6 femmes sur 10 ont déclaré avoir été informées des risques de la consommation d’alcool par le médecin ou la sage-femme les suivant ou les ayant suivies.
  • 1 sur 10 a déclaré avoir consommé de l’alcool occasionnellement pendant sa grossesse. 

Une femme allaitante qui boit de l'alcool transmet ce dernier à son bébé par son lait. Cela peut avoir des effets néfastes sur le sommeil et le développement de l’enfant.

D'où la recommandation de zéro alcool pendant la grossesse et l’allaitement.

L'alcoolisation fœtale en France

En France, entre 2006 et 2013, 3 207 nouveau-nés (soit une naissance par jour) ont présenté au moins une conséquence liée à l’alcoolisation fœtale dont pour 452 d’entre eux (soit une naissance par semaine) un syndrome d’alcoolisation fœtale.

Ces chiffres sont sous-estimés car ils ne tiennent pas compte des diagnostics posés lorsque l'enfant est plus grand.

Pour obtenir plus d’informations sur le syndrome d’alcoolisation fœtale, visiter le site de l’association SAF France.

  • Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Alcool et santé. Site internet : Inserm. Paris ; 2016 [consulté le 6 novembre 2018]
  • Santé publique France. Journée mondiale du SAF : premières estimations nationales des troubles causés par la consommation d’alcool et une campagne nationale Alcool. Site internet : Santé publique France (France) ; 2018 [consulté le 6 novembre 2018]
  • Institut National du Cancer (INCa). Les cancers en France en 2017 - L'essentiel des faits et chiffres. Site internet : INCa. Boulogne-Billancourt (France) ; 2018 [consulté le 6 novembre 2018]
  • Institut National du Cancer (INCa). Alcool. Site internet : INCa. Boulogne-Billancourt (France) ; 2016 [consulté le 6 novembre 2018]
  • Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes). Alcool pendant la grossesse : des risques encore mal connus des Français. Site internet : Santé publique France (France) ; 2015 [consulté le 22 juillet 2016]
  • Collégiale des Universitaires en Hépato-Gastroentérologie (CDU-HGE). Addiction et conduites dopantes : épidémiologie, prévention, dépistage. Site internet : Université médicale virtuelle francophone.  Nantes (France) ; 2009 [consulté le 6 novembre 2018]
  • Bulletin épidémiologique hebdomadaire du 19 février 2019. Consommation d’alcool, comportements et conséquences pour la santé. BEH, n°5-6, p87-97 et p109-115