Les addictions à des substances non médicamenteuses

14 février 2020
Plusieurs substances non médicamenteuses ont un pouvoir addictif. Certaines sont autorisées, comme l’alcool ou le tabac, d’autres sont illégales. Toutes ces substances comportent des risques plus ou moins importants pour la santé.

Des substances autorisées et d’autres, illégales

Plusieurs substances non médicamenteuses ont un pouvoir addictif. Il existe des drogues :

  • autorisées mais réglementées, comme l’alcool et le tabac ;
  • interdites dont la loi proscrit l’usage et la vente, comme le cannabis, l’héroïne ou la cocaïne.

L’alcoolodépendance

Il est possible d’avoir un usage simple de l’alcool sans dépendance et addiction. Cependant, en cas de consommation fréquente, l’installation d’une dépendance à l’alcool, ou alcoolodépendance, est souvent insidieuse. Il peut s’écouler plusieurs années avant qu’il y ait une prise de conscience de l’addiction à l’alcool.

L’alcoolodépendance se traduit par un besoin impérieux et récurrent d’absorber des boissons alcoolisées. Elle peut être associée à une envie d’arrêter ou de reprendre le contrôle de sa consommation.

Aux différents stades d’usage de l’alcool (ponctuel, régulier et de dépendance), la consommation d’alcool n’est pas sans risque. D’autant qu’une consommation excessive d’alcool, même ponctuelle, accroît le risque d’accidents et d’actes de violence, en plus des risques sur la santé. Une valeur repère de consommation à moindre risque est de 10 verres d'alcool standard par semaine, maximum, sans dépasser 2 verres standard par jour. Il est également recommandé d'avoir des jours dans la semaine sans consommation.

Évaluer son comportement vis-à-vis de l’alcool

Une consommation régulière d’alcool peut mener à un risque d’alcoolodépendance. Il importe d’être particulièrement vigilant dans les cas suivants :

  • votre consommation est excessive, répétée et/ou incontrôlée ;
  • vous ressentez un manque lorsque vous ne buvez pas d’alcool ;
  • vous devez boire pour éliminer des phénomènes désagréables (tremblements, agitation, anxiété, etc.), qui surviennent lorsque vous restez à jeun ;
  • vous avez arrêté certaines activités (études, travail, loisirs) parce que vous consommez trop d’alcool ;
  • votre entourage vous fait des remarques sur vos habitudes liées à la boisson.

Si vous vous retrouvez dans l’une ou plusieurs de ces situations, il est possible que vous ayez un réel problème avec l’alcool. Le cas échéant, n’hésitez pas à consulter votre médecin traitant. Il peut vous aider à dresser un bilan plus précis, et à lutter contre une éventuelle dépendance.

Par ailleurs, le questionnaire en ligne AUDIT dépendance à l’alcool, sur le site automesure.com, vous permet d’évaluer votre éventuelle dépendance.

Alcool et jeunes : quels sont les risques ?

Les usages d’alcool des jeunes diffèrent de ceux de leurs aînés. En effet, les jeunes boivent de l'alcool moins régulièrement, mais de manière plus excessive, avec des épisodes d'alcoolisation ponctuelle importante et des états d'ivresse. Or, l’usage précoce de l’alcool expose au risque accru d’addiction. En effet, consommer de l’alcool dès le début de l’adolescence multiplie par 10 le risque de devenir alcoolodépendant à l’âge adulte, par rapport à une initiation vers l’âge de 20 ans.

La consommation d’alcool chez les jeunes

Si les jeunes consomment moins régulièrement de l’alcool par rapport à leurs aînées, les quantités sont bien plus importantes lorsqu’ils le font. Deux études montrent qu’en 2017, une alcoolisation ponctuelle importante a été déclarée chez :

  • 44 % des jeunes de 17 ans au cours du mois. Ces résultats confirment l’importante consommation d’alcool à l’adolescence. Les comparaisons avec les années précédentes montrent toutefois un léger recul de ce type d’expérimentation depuis 2014 ;
  • 54 % des 18-24 ans au cours de l'année.

La dépendance au tabac

En plus des nombreuses maladies auxquelles il expose, le tabac a un pouvoir très addictif ; 32 % des consommateurs en sont dépendants. La mise en place de cette dépendance est très rapide puisqu’elle peut se développer en quelques semaines.

Cette dépendance se caractérise par la perte de la liberté de s’abstenir de fumer. Elle est due aux effets de la nicotine, substance naturelle contenue dans la feuille de tabac.

Le tabac occasionne une dépendance physique, mais engendre également une dépendance psychologique et comportementale.

La nicotine agit sur le système nerveux, en créant une dépendance, tout comme le ferait une drogue telle que l'héroïne. Quelques secondes après l'inhalation de la fumée de cigarette, elle produit des sensations de bien-être physique auxquelles il est difficile de résister.

Fumer permet de diminuer son stress ou son anxiété, de surmonter ses émotions, de se stimuler, de se concentrer, etc.

Cette dépendance est liée aux effets psychoactifs de la nicotine qui procure plaisir, détente, stimulation intellectuelle. La nicotine agit comme un anxiolytique et un coupe-faim.

Fumer est associé à un environnement, des personnes, des situations, des lieux, etc. qui suscitent l'envie et le plaisir de fumer. Quand on envisage d’arrêter de fumer, il est donc important de réfléchir à ce qui peut être fait pour éviter ces situations.

Tabac et jeunes : quels sont les risques ?

Commencer à fumer à l’adolescence augmente :

  • fortement le risque de devenir dépendant, risque qui s’atténue lors d’une initiation à l’âge adulte ;
  • le risque d'apparition d’autres dépendances : alcool, cannabis, etc.

Lutte contre le tabagisme : des résultats encourageants

En France, les différentes politiques de lutte contre le tabac menées ces dernières années commencent à porter leurs fruits : augmentation régulière du prix du tabac, remboursement des substituts nicotiniques, opération « Mois sans Tabac » qui se déroule chaque mois de novembre depuis 2016, etc.

En effet, 35,1 % des adultes déclaraient fumer, dont 29,4 % quotidiennement en 2016. Ces proportions étaient globalement stables depuis 2010. En 2018, l’usage quotidien du tabac est passé à 25,4 %. Ceci se traduit par une réduction de 1,6 million de fumeurs ; une bonne partie a arrêté l’usage du tabac ces dernières années et le nombre de jeunes qui entrent dans le tabagisme a diminué.

La dépendance au cannabis

La consommation de cannabis comporte différents risques qui dépendent de nombreux facteurs : la fréquence et la durée de l’usage, le dosage, le contexte d’usage mais aussi l’état de santé physique et psychique du consommateur.

Sur un court terme, le cannabis affecte les fonctions cognitives (la mémoire, notamment). Il existe également un lien entre usage de cannabis, psychose et dépression, surtout lors de consommation intense et d'entrée en consommation précoce. Un usage sur le long terme peut conduire au développement d'une dépendance psychique.

Le principe actif du cannabis, responsable des effets psychoactifs, est le tétrahydrocannabinol (THC), inscrit sur la liste des stupéfiants. Sa concentration est très variable selon les préparations et la provenance du cannabis et elle a tendance à être plus élevée aujourd’hui que par le passé.

Les jeunes, en pleine phase de développement physique et psychique, sont plus sensibles aux effets du cannabis et plus vulnérables aux conséquences de la consommation de cette substance. D’autant qu’en cas de consommation régulière, les problèmes liés au cannabis peuvent survenir lors de moments cruciaux de la vie (pendant les études, notamment) et influencer durablement leur avenir.

Quelle consommation en France ?

En France, 39 % des jeunes de 17 ans ont expérimenté le cannabis en 2017. C’est le taux le plus élevé d’Europe et c’est, de loin, la substance illicite la plus consommée en France.

La consommation de cannabis est essentiellement masculine, mais une féminisation de la consommation s’amorce chez les jeunes consommateurs.

Le cannabis fait partie des produits dopants interdits dans le cadre de compétitions ou de manifestations organisées par les fédérations sportives. Il est présent dans les urines, même plusieurs semaines après consommation, et peut être recherché au cours des contrôles antidopage.

Le cannabis se présente sous formes d’herbe, de résine ou d’huile.

Ce sont les feuilles, tiges et sommités fleuries, simplement séchées et éventuellement écrasées. Elles se fument généralement mélangées à du tabac, roulées en cigarette souvent de forme conique : « joint », « pétard », etc.

Elle est obtenue à partir des sommités fleuries de la plante. Elle se présente sous la forme de plaques compressées, barrettes de couleur verte, brune ou jaune et se fume généralement mélangée à du tabac pour faire le joint.

Le haschich peut aussi être fumé dans des pipes spéciales.

C’est une préparation extraite du haschich ou de l’herbe, plus concentrée en principe actif. On peut en enduire le papier à rouler les cigarettes, ou en mettre quelques gouttes dans un « joint ».

Le cannabis peut être mélangé à d’autres substances parfois toxiques

Outre le tabac, l’huile et la résine de cannabis peuvent également être mélangées à de la nourriture (pâtisseries nommées « space cake ») ou d’infusion.

Quelle que soit sa forme, résine ou herbe, le haschich peut être coupé avec des substances plus ou moins toxiques : henné, cirage, paraffine mais aussi sable, farine, silice, etc.

La dépendance à l'héroïne

Même si l’usage actuel de l’héroïne apparaît très rare (0,2 % des personnes interrogées dans le cadre d’une étude menée en France), il n’en est pas moins dangereux. Inscrite sur la liste des stupéfiants, l’héroïne est un opiacé synthétisé à partir de la morphine, extraite du pavot et qui agit sur le système nerveux central. Son pouvoir addictif s’installe rapidement, après quelques semaines de consommation régulière et 23 % des usagers en sont dépendants.

Cette dépendance est à la fois physique et psychique. Elle se traduit par une obligation de recommencer, une accoutumance qui pousse à une augmentation des doses et de la fréquence des prises. Elle se caractérise aussi par l’apparition d’un syndrome de particulièrement intense et insupportable chez les consommateurs d’héroïne. S’ajoutent aussi fréquemment d’autres effets sur la santé de la personne : cicatrices aux points d'injection, durcissement de la peau (kératinisation) à l'endroit des piqûres, perte de poids et impuissance.

Les formes et les modes de consommation de l’héroïne

L’héroïne se présente généralement sous forme de poudre de différentes couleurs. L’héroïne blanche est très fine et légère. L’héroïne brune se présente sous forme d’une substance granuleuse brune ou grise. Une troisième sorte d’héroïne peut être collante comme du goudron liquide ou dure comme du charbon.

Les modes de consommation de l’héroïne sont divers. Elle est généralement injectée par voie intraveineuse, parfois en association avec de la cocaïne. Elle peut aussi être :

  • inhalée, ce mode d’usage consiste à déposer de l’héroïne sur un papier aluminium et à la chauffer à la flamme d’un briquet. L’évaporation produite est inspirée à l’aide d’une paille afin d’absorber une grande quantité de produit en une seule inhalation ;
  • sniffée, la poudre est alors séparée en ligne pour être aspirée dans chaque narine, là encore, le plus souvent, à l’aide d’une paille ;
  • fumée, l’héroïne est mélangée à du tabac dans une pipe à eau, une pipe classique, voire sous forme de cigarette.

La dépendance à la cocaïne

La cocaïne est extraite des feuilles de cocaïer. L’expérimentation de cette substance illicite, inscrite sur la liste des stupéfiants, connaît une stagnation ces dernières années, après une forte progression jusqu’en 2010.

La vitesse d’installation de la dépendance de la cocaïne est de quelques semaines. C’est un produit très addictif ; 17 % des consommateurs en sont dépendants. Un usage prolongé de cocaïne provoque une excitation des centres cérébraux psychiques et sensoriels et une diminution de la sensation de fatigue. La consommation de fortes doses engendre parfois un comportement psychotique et peut conduite à l’overdose.

Les formes et les modes de consommation de la cocaïne

La cocaïne se présente généralement sous la forme d'une fine poudre blanche, cristalline et sans odeur.

Le mode de consommation de la cocaïne le plus courant est de la sniffer. Elle peut aussi être :

  • injectée par voie intraveineuse, seule ou associée à d’autres drogues, en particulier à l’héroïne ;
  • ingérée, elle est alors consommée dans une boulette de papier à cigarette, sous forme de parachute, ou diluée dans une boisson ;
  • inhalée, elle est mélangée avec du bicarbonate de soude ou de l’ammoniaque qui forme le « crack » se présentant sous forme de petits cailloux. Ces derniers sont chauffés et l’usager peut inhaler la fumée. Ses effets sont plus rapides, plus intenses et moins prolongés et ses conséquences sur l'activité cardiaque peuvent être fatales.

La dépendance aux poppers

Le mot « poppers » est l’appellation commune attribuée à différents dérivés du nitrite. Tout comme les colles et les solvants, les poppers sont soumis au régime juridique applicable aux produits classés stupéfiants car ils sont susceptibles d'engendrer une dépendance aux solvants volatils.

Ce type de produit constitue la deuxième substance illicite la plus expérimentée, derrière le cannabis, avec 7,3 % de personnes concernées ; plus d’une personne sur 10 âgée de 18 à 25 ans en a consommé au moins une fois dans sa vie (11,7 %).

Le poppers est un liquide transparent jaunâtre très volatil et inflammable. Il est vendu dans de petites bouteilles de verre colorées ambre ou brun. Les vapeurs du poppers sont inhalées et font effet en quelques secondes. Les effets durent en moyenne 2 à 3 minutes.

La dépendance aux substances de synthèse

Une substance de synthèse ou « drogue de synthèse » désigne une préparation mélangeant plusieurs molécules chimiques élaborée en laboratoire, par opposition aux substances provenant de plantes.

Quelle que soit leur forme, leur couleur ou leur provenance, il est impossible de connaître le contenu exact de ces substances de synthèse. Elles sont toutes illégales.

Le LSD (initiales du nom chimique allemand Lyserge Saüre Diäthylamid, c’est-à-dire diéthylamide de l'acide lysergique) est le premier produit hallucinogène à avoir été synthétisé. Cette substance de synthèse est fabriquée à partir de l'acide lysergique, produit par un champignon parasite des plantes, l'ergot de seigle.

Le LSD se présente le plus souvent sous forme d'un petit morceau de buvard imbibé portant un dessin, parfois d'une « micropointe » (ressemblant à un bout de mine de crayon) ou sous forme liquide ou de gélatine. Il est le plus souvent avalé. Ses effets surviennent 1/2 heure après la prise et durent entre 5 et 12 heures. Lorsque les effets s’estompent, une sensation de malaise peut persister pendant plusieurs jours.

En général, l’usage du LSD n’est ni régulier, ni chronique, car il correspond à une recherche d’expérience ponctuelle. Et même si le LSD n’entraîne pas de dépendance, une tolérance peut s’installer et pousser l’usager à augmenter les doses pour ressentir les effets de la première prise.

Les nouveaux produits de synthèse (NPS) sont des substances psychoactives qui tentent de reproduire les effets de produits illicites existants tels que l’ecstasy/MDMA (méthylènedioxyméthamphétamine), les amphétamines, la cocaïne, le cannabis, le LSD, etc. La plupart sont cependant beaucoup plus puissants, plus dangereux et plus addictifs que les drogues qu’ils imitent.

Il existe plusieurs centaines de NPS aux propriétés très différentes.

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