La prise en charge des troubles addictifs

14 février 2020
La prise en charge d’une personne ayant des troubles addictifs repose généralement sur l’association d’un traitement médicamenteux, d’un suivi psychologique individuel et collectif et d’un accompagnement social.

L’entretien d’évaluation

S’il est possible d’arrêter seul l’usage d’un produit ou d’un comportement addictif, sans avoir besoin d’aide extérieure, il est important de savoir que la dépendance rend le souvent difficile. C’est pourquoi avant tout arrêt, il est conseillé de rencontrer un professionnel en addictologie (addictologue, tabacologue, etc.) pour évaluer sa consommation, sa dépendance, ses motivations à arrêter et établir un protocole d’arrêt adapté à son propre cas.

Lors d’un premier entretien, le professionnel en addictologie évalue :

  • la consommation (fréquence et dosage) de substances, les modalités de la consommation ou la fréquence de la pratique d’une addiction comportementale. Il s’informe aussi sur l’âge d’initiation à la consommation ou à la pratique, s’informe sur l’association éventuelle à d’autres substances ou médicaments ;
  • leurs conséquences ou facteurs de risque personnels, familiaux et sociaux.

La prise en charge d’une addiction est pluridisciplinaire. Elle repose le plus souvent sur l’association d’une prise en charge psychologique individuelle et collective, d’un traitement médicamenteux pour les addictions à certaines substances psychoactives et d’un accompagnement social. Une prise en charge globale est essentielle, l’addiction n’étant jamais un problème isolé dans la vie d’une personne.

La prise en charge psychologique

Une prise en charge psychologique avant, pendant et après la consommation de produits addictifs ou pratique de comportement addictif est nécessaire pour assurer un suivi du patient.

L’entretien motivationnel

La prise en charge peut s’étaler sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Son succès dépend alors de la motivation de la personne souhaitant être sevrée. Cette motivation est à travailler avec la personne avant la mise en route du traitement.

Pour accompagner les personnes dans leur changement de comportements (modifier ses consommations d’alcool, de drogues, réduire sa fréquence de jeu, etc.), des entretiens motivationnels individuels sont souvent proposés pour commencer les soins, avant la mise en place d’une thérapie prolongée.

Les adolescents sont souvent adressés au médecin par leurs parents, la justice ; leur motivation n’est pas toujours très grande et doit être travaillée. D’autant qu’il est souvent dans une position de déni des troubles addictifs et de rejet de toute aide venant des adultes. Le professionnel de santé accompagne alors le jeune dans la découverte de l’intérêt d’un arrêt de consommation ou de pratique d’un comportement. Ensemble, ils définissent les étapes à franchir dans une atmosphère de sécurité et de renforcement.

La

La peut être :

  • individuelle. Ce peut être une de soutien, de la psychodynamique, de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), etc. ;
  • familiale ;
  • de groupe.

Dans le cadre de la prise en charge d’une addiction, la TCC individuelle est souvent proposée car elle est bien adaptée et efficace aussi bien chez l’adulte que chez l’adolescent. Elle repose sur l’analyse :

  • des pensées avant, pendant et après l’utilisation d’une substance ou la pratique d’un comportement addictif ;
  • des comportements avant, pendant et après la consommation ou la pratique.

Elle vise à développer chez la personne des compétences, des processus de pensées, des stratégies ou activités alternatives aboutissant à un changement de comportement.

La TCC peut aussi être collective, en particulier lors de la prise en charge d’un adolescent. Cette thérapie inclut alors sa famille. En effet, la prise en charge psychologique de la famille en cas d’addiction d’un adolescent est en général indispensable, l’addiction étant souvent en lien avec un problème affectif et relationnel entre parent(s) et adolescent. La participation de la famille est un élément important de la réussite du traitement.

Les médicaments pour le sevrage des personnes dépendantes à l’alcool, au tabac et aux opiacés

Le traitement médicamenteux de consiste à prendre en charge des consommateurs physiquement dépendants de l’alcool, du tabac et des opiacés. Il vise à limiter le malaise physique et psychique et les symptômes survenant à l’arrêt et liés au manque : le syndrome de .

Il est important de noter qu’il n’existe pas de médicaments pour aider à l’arrêt d’addiction comportementale telle que celle aux jeux.

Les médicaments de substitution aux opiacés tels que l’héroïne

Le principe du traitement de substitution aux opiacés est d’administrer au consommateur un médicament ayant une activité pharmacologique similaire à celle du produit addictif.

Le médicament de substitution a pour objectif de réduire les risques de rechute. Il permet :

  • d’éviter les effets physiques du « manque » lors du sevrage ;
  • de stopper et/ou de diminuer la consommation d’héroïne ;
  • de mettre en place un accompagnement, médical, psychologique et social. Le suivi médical comporte aussi les soins nécessités par d’éventuelles maladies associées : VIH, hépatite C, etc.

La durée d’un traitement de substitution varie selon les personnes. Certaines suivront un traitement de de courte durée (une à 2 semaines) tandis que d’autres le suivront sur plusieurs mois.

Les 3 produits de substitution aux opiacés actuellement autorisés sont la méthadone, la buprénorphine (le Subutex® et ses génériques) et le suboxone. Ces médicaments ne sont pas sans risque puisqu’ils sont eux-mêmes des opioïdes à risque de dépendance. Leur utilisation est donc strictement encadrée.

Ces traitements sont réservés aux usagers dépendants de substances opiacées telle que l’héroïne et ne doivent pas être prescrits pour une dépendance à d’autres substances.

La substitution au tabac par les nicotiniques

Le traitement de substitution nicotinique vise à diminuer l'envie de fumer et à réduire les symptômes de manque dus au tabagique. La nicotine contenue dans les cigarettes est remplacée par de celle présente dans divers produits de substitution. Elle arrive au cerveau, sans passer par les poumons, et soulage la sensation de manque.

Les études scientifiques ont montré que les substituts nicotiniques sont efficaces pour aider à l’arrêt du tabac ; les chances de réussir sont augmentées de 50 à 70 %.

Le traitement par substituts nicotiniques peut prendre une ou plusieurs formes selon les besoins et les préférences :

  • timbres (ou patchs à la nicotine) à appliquer sur la peau ;
  • gommes à mâcher ;
  • nicotine :
    • à aspirer grâce à un inhaleur,
    • en pulvérisation buccale par sprays,
    • en comprimés à sucer ou à faire fondre sous la langue.

Ce type de traitement facilite la transition jusqu'à l'abstinence totale au tabac.

Le alcoolique

L’arrêt de consommation d’alcool passe par une phase de « sevrage ». Son but est de contrôler et de prévenir les symptômes liés au manque d’alcool, mais aussi de débuter une nouvelle vie sans alcool. Arrêter de boire consiste à changer sa manière de vivre et souvent à modifier ses relations aux autres.

Arrêter l’alcool ne se fait ni dans l’urgence, ni sur un coup de tête. Une aide médicamenteuse peut être prescrite pour aider au maintien de l’abstinence.

Après le , si la personne reste alcoolodépendante, un médicament (disulfirame, acamprosate, naltrexone) qui aide au maintien de l’abstinence peut lui être prescrit. Ce type de médicaments décourage la consommation d'alcool en agissant au niveau du cerveau.

Il existe aussi un médicament, le nalméfène, indiqué chez les personnes dépendantes à l'alcool, souhaitant réduire leur consommation d'alcool pour atteindre une consommation contrôlée et non un complet.

Les cas spécifiques de traitement des dépendances aux barbituriques ou aux benzodiazépines

La dépendance aux barbituriques ou aux benzodiazépines fait l’objet d’un par diminution progressive des doses. Le médicament ne doit jamais être arrêté d’un coup, car cela entraînerait de graves symptômes de , et potentiellement des complications.

Ainsi, les doses doivent être réduites progressivement, dans le cadre d’un encadrement médical.

  • Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Addictions : alcool, tabac, drogues… Site internet : INRS. Paris ; 2018 [consulté le 22 octobre 2019]
  • Collège national universitaire des enseignants d’addictologie (CUNEA). Addictologie – Module 6. Site internet : CUNEA. Nancy (France) [consulté le 22 octobre 2019]
  • Collège national universitaire des enseignants d’addictologie (CUNEA). Addictions comportementales – Item 7. Site internet : CUNEA. Nancy (France) [consulté le 22 octobre 2019]
  • National Health service (NHS). Addiction. Site internet : NHS. Londres ; 2015 [consulté le 22 octobre 2019]
  • Organisation mondiale de la santé (OMS). Prise en charge de l'abus de substances psychoactives - Syndrome de sevrage. Site internet : OMS. Genève (Suisse) [consulté le 22 octobre 2019]