Les médicaments à risque d’usage détourné et de dépendance

14 février 2020
Les médicaments psychotropes sont à risque de dépendance. Certains peuvent faire l’objet de détournement pour un usage illégal. L’utilisation de ces médicaments fait l’objet d’addictovigilance pour surveiller les cas d’abus, de dépendance et de détournement.

Pourquoi certains médicaments sont à risque d’usage détourné et de dépendance ?

Les médicaments à risque de dépendance sont ceux ayant un effet sur le cerveau, les sensations ou le comportement (médicaments contre la douleur, hypnotiques, etc. Ce sont des médicaments psychoactifs. Leurs effets sont recherchés par des personnes dépendantes à d’autres substances, lorsque ces dernières ne sont pas disponibles. L’usage de ces médicaments est alors détourné du cadre d’utilisation prévu par leur autorisation de mise sur le marché.

Les médicaments qui n’ont aucun effet psychoactif n’induisent aucune dépendance ; ce sont les antibiotiques ou les antidiabétiques, par exemple. Ils sont également sans intérêt pour les personnes qui cherchent à en faire un usage détourné.

Usage détourné des médicaments chez les adolescents

Dans la majorité des cas, les comportements addictifs des adolescents vis-à-vis des substances médicamenteuses commencent par la prise de médicaments qui ne leur sont pas initialement destinés. Ils ont pu y avoir accès car ces médicaments sont disponibles dans leur entourage domestique ou social.

Quels médicaments psychoactifs font l’objet d’une addictovigilance ?

Certains médicaments comprenant des substances psychoactives font l’objet d’une surveillance spécifique faite par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) : l’addictovigilance. Cette activité permet de surveiller les cas d’abus, de dépendance et de détournement de certains médicaments.

L’addictovigilance permet aussi d’évaluer le potentiel de dépendance d’un médicament vis-à-vis de certaines populations, comme les adolescents. Un profil de risque plus précis est alors établi pour le médicament. Les conditions d’accès à ce médicament et son utilisation peuvent être encadrées et les professionnels de santé sont informés du risque de détournement.

Risques des substances actives présentes dans certains médicaments concernés par l’addictovigilance
Substance active Risques liés en termes de détournement / dépendance
Buprénorphine

Abus, dépendance et mésusage

Usage détourné et trafic

Clonazépam

Risque d’abus, de dépendance et d’usage détourné

Risque de soumission chimique

Fentanyl

Risque d’abus et dépendance

Risque d’intoxication accidentelle, en particulier chez l’enfant

Risque d’usage détourné

Flunitrazépam Risque d’abus, de dépendance et d’usage détourné
Méthadone Risque d'abus, mésusage
Méthylphénidate Risque d’abus et d’usage détourné
Oxybate de sodium

Syndrome de

Usage détourné

Oxygène - Protoxyde d'

Abus et dépendance

Usage détourné

Tianeptine Risque d'abus et de dépendance
Tramadol

Risque d’abus et de dépendance

Risque de syndrome de à l’arrêt du traitement

Risque de surdosage volontaire

Zolpidem Risque de dépendance, d’abus et d’usage détourné

© Assurance maladie, 2019 (adapté de la liste établie par l’ANSM)

Les familles de médicaments considérées à risque de détournement et de dépendance

Certaines familles de médicaments sont globalement considérées à risque de dépendance et comme pouvant faire l’objet de détournement.

Les benzodiazépines

La famille des benzodiazépines compte de nombreux médicaments (diazépam, bromazépam, clonazépam, etc.). Ils font partie des traitements psychoactifs les plus prescrits en France notamment pour les raisons suivantes : anxiété, stress, insomnie, convulsions.

Pour limiter un risque d’accoutumance qui pourrait conduire à une augmentation des doses et à une dépendance, la durée maximale de prise de benzodiazépines s’étend sur quelques semaines.

La dépendance peut d’ailleurs résulter d’une démarche volontaire, pour augmenter les effets thérapeutiques, comme ça peut être le cas notamment dans le traitement contre l’anxiété.

En cas de dépendance ou d’intoxication chronique aux benzodiazépines, un état de confusion mentale et de somnolence diurne s’installe fréquemment. C’est alors un signe d’alerte, particulièrement chez l’adolescent, surtout lorsqu’un changement de comportement social y est associé.

Les opioïdes

Les opioïdes sont des substances dérivées de l’opium. Certains sont utilisés en thérapeutique comme puissants antidouleurs (morphine, fentanyl, codéine, etc.). D’autres, comme l’héroïne, sont issus de productions illégales, recherchés pour leur forte sensation d’euphorie et de plaisir qui les rendent très rapidement addictifs ; ils se trouvent sur les marchés de la drogue.

Lorsqu’ils sont utilisés dans le cadre thérapeutique, les opioïdes présentent un risque de dépendance, si l’utilisation du médicament n’est pas encadrée.

En outre, plusieurs facteurs de risque sont en lien avec le développement d’une dépendance aux opioïdes :

  • les antécédents d’addictions, y compris à l’alcool ;
  • la précarité psychosociale ;
  • les antécédents de troubles psychiatriques.

Ces situations doivent conduire à une vigilance accrue de la part des médecins et de l’entourage.

Le fentanyl, 100 fois plus puissant que la morphine, est un médicament utilisé uniquement contre les douleurs intenses et rebelles, et sur de courtes périodes.

Or, comme d’autres opioïdes, le fentanyl se trouve également « dans la rue » où il est issu d’une production illégale. Son coût étant plus abordable que l’héroïne, il est vendu sous forme de poudre qui peut être mélangée à d’autres drogues, également en poudre, comme l’héroïne et la cocaïne.

Il peut alors être sniffé, inhalé (en le chauffant sur un papier d’aluminium), ou injecté (ce qui entraîne un risque de transmission du VIH, des hépatite B et hépatite C), mais plus rarement fumé.

La codéine et le dextrométhorphane sont présents dans de nombreux médicaments contre la toux, où ils sont utilisés pour leurs propriétés antitussives. Ces opioïdes ont également un pouvoir de dépendance.

Opioïdes et adolescents

Une addiction aux opioïdes a des répercussions sociales et sur les relations familiales. Il est donc important de communiquer sur les risques liés à la consommation des médicaments contenant cette substance et, particulièrement chez les adolescents, d’investiguer tout changement de comportement inexpliqué.

Aussi, chez les adolescents qui n’ont pas besoin de prendre ce type de traitement, il est important de veiller à :

  • tout signe d’alerte concernant l’environnement social ;
  • la facilité d’accéder à ce type de substances.

Les amphétamines et leurs dérivés

Après avoir été utilisées longtemps comme « coupe-faim » (produits anorexigènes) ou comme stimulants psychiques, les amphétamines ne sont actuellement quasiment plus utilisées sous un mode thérapeutique.

Comme le fentanyl, elles ont également été produites pour les marchés de la drogue, où on les retrouve encore en grandes quantités, souvent associées à de la cocaïne. Elles sont caractérisées par un goût très amer.

L’ecstasy, ou MDMA (méthylènedioxyméthamphétamine), est la substance la plus répandue. Il est vendu sous de formes de comprimés, poudre, gélules, etc. Il est généralement consommé avec de l’alcool pour en augmenter les effets.

Les anesthésiques

La kétamine et le GHB (gamma hydroxy butyrate) sont de puissants anesthésiques utilisés à l’hôpital. La kétamine est également très utilisée en médecine vétérinaire, qui représente une source importante d’approvisionnement illicite. Le GHB peut, en plus, être utilisé contre une forme particulière de maladie du sommeil, la narcolepsie.

Dans le milieu médical, ces 2 médicaments sont très difficiles à obtenir car leur usage est très encadré. Ils sont pourtant également produits dans un cadre illégal et vendus sur les marchés de la drogue.

La kétamine est recherchée pour ses effets euphorisants plus puissants que la MDMA. Le GHB l’est plutôt pour un usage malveillant car il est insipide et provoque une amnésie. Mélangé à une boisson, il constitue ce qui est communément appelé la « drogue du viol » où la victime ne garde aucun souvenir de ce qu’il s’est passé.

Les autres médicaments à risque

D’autres médicaments ont un potentiel addictif qu’il ne faut pas sous-estimer. Par exemple :

  • le méthylphénidate, utilisé chez les enfants contre le déficit de l’attention avec hyperactivité ;
  • les gaz médicaux, comme l’oxygène et le protoxyde d’azote ;
  • certains antidépresseurs ;
  • les liquides comme l’éther officinal qui peut être inhalé, voire même être bu.

Quelle est la limite entre utilisation thérapeutique et dépendance ?

L’utilisation d’un médicament n’a normalement pas de risque d’entraîner une addiction si la durée du traitement et les doses utilisées sont encadrées et limitées au besoin thérapeutique. Un risque de dépendance est envisagé lorsque le médicament est consommé de manière abusive ou incorrecte.

Le passage à la dépendance peut se faire par augmentation :

  • des doses pour intensifier les effets du médicament ;
  • de la durée du traitement hors contrôle médical.

Ce passage peut être facilité par un accès à des plus grandes quantités de médicament que nécessaire. Ainsi, le basculement vers une dépendance peut survenir si le médicament est consommé :

  • à des doses supérieures à celles prescrites, que ce soit pour en intensifier les effets ou non ;
  • plus longtemps que nécessaire ;
  • alors qu’il n’est pas nécessaire sur un plan médical. Par exemple, une personne qui consomme des antidouleurs alors qu’elle n’en ressent aucune ;
  • autrement que ce pour son utilisation thérapeutique. Un comprimé est écrasé puis sniffé, par exemple ;
  • pour des raisons autres que celles pour lesquelles il a été prescrit. La prise d’un antitussif pour dormir, par exemple.

Quels sont les signes qui doivent alerter sur une dépendance ?

Les médicaments psychoactifs nécessitent généralement une prescription. Ils sont même parfois soumis à la règlementation des stupéfiants, comme le fentanyl, par exemple.

Les personnes touchées par la dépendance sont donc généralement au départ des patients comme les autres, qui utilisent un médicament leur permettant d’améliorer leur quotidien (recherche de mieux être). La dépendance s’installe alors progressivement et de façon discrète. C’est pourquoi elle peut n’être diagnostiquée que très tardivement.

Il existe cependant des signes généraux qui peuvent alerter sur un état de dépendance. Ces signes, associés à un changement de comportement social notamment chez l’adolescent, doivent être considérés comme des alertes :

  • l’impossibilité d’arrêter ou diminuer les doses d’un médicament ;
  • le fait d’avoir besoin de doses plus importantes pour obtenir les mêmes effets ;
  • l'apparition d’un état de manque en l’absence de prise du médicament ;
  • le fait de consacrer du temps à chercher à se procurer le médicament.

Qu’entend-t-on par polyconsommation ?

La polyconsommation désigne le fait de consommer, avec une certaine fréquence, au moins 2 substances psychoactives.

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