Addiction : définition et facteurs favorisants

28 septembre 2020
Une addiction est une dépendance à une substance ou à une activité, avec des conséquences néfastes sur la santé de la personne affectée. Elle peut être favorisée par des facteurs environnementaux ou liés à l’individu.

Qu’est-ce qu’une addiction et une dépendance à une substance ou à une activité ?

Une addiction est définie par une dépendance à une substance ou à une activité, avec des conséquences nuisibles à la santé. La dépendance se caractérise par un désir souvent puissant, voire compulsif, de consommer ou de pratiquer une activité. Cette consommation ou cette pratique entraînent un désinvestissement progressif vis-à-vis des autres activités.

Ainsi, une personne est dépendante lorsqu’elle se retrouve dans l’impossibilité de s’abstenir de consommer ; elle perd le contrôle de l’usage d’une substance ou d’un comportement et ce, malgré la survenue de conséquences négatives sur sa santé et sur sa vie sociale.

Les conséquences de la perte de contrôle

La perte de contrôle conduit à des tentatives répétées pour réduire ou stopper l’usage ou le comportement. En l’absence d’une prise en charge spécifique, ces tentatives se soldent fréquemment par des rechutes. Or, après une période d’abstinence, le syndrome de dépendance peut se réinstaller beaucoup plus rapidement qu’initialement. Ce processus devient alors une source de démotivation.

Addictions avec ou sans substance

Addictions aux substances psychoactives

Il existe des addictions liées à la consommation de substances psychoactives, telles que :

  • le tabac et l’alcool, qui sont les plus répandues ;
  • le cannabis ;
  • les opiacés (héroïne, morphine) ;
  • la cocaïne ;
  • les poppers ;
  • les dérivés de synthèse (la méthamphétamine, par exemple) ;
  • certains médicaments (amphétamines, morphine, etc.).

Certaines consommations comme celle du protoxyde d’azote se développent et, même si elles ne sont pas considérées comme des addictions, elles comportent des dangers.

Le protoxyde d' : un gaz qui peut être dangereux

Le protoxyde d’azote ou « gaz hilarant » ou « proto » est surtout consommé par les collégiens, lycéens et étudiants.
Il est en vente libre, sous la forme de cartouches (pour les siphons à Chantilly par exemple). Il est également présent dans des aérosols d’air sec, des bonbonnes pour l’industrie et il est utilisé à l'hôpital comme anesthésiant.
Son usage détourné consiste à inhaler le gaz par le biais d’un ballon, après avoir « cracké » la cartouche pour l’ouvrir. Le produit est bon marché et facilement accessible dans les épiceries, supermarchés et sur internet.

Son effet est rapide, fugace, euphorisant avec rires incontrôlables, distorsions sensorielles auditives et visuelles et modifications de la voix avec des effets secondaires immédiats fréquents : nausées, maux de tête, crampes abdominales, diarrhée, somnolence, vertiges et acouphènes.

Des risques graves existent:

La consommation associée à d’autres produits (alcool, drogues) majore les risques.

Addictions "comportementales"

Il existe aussi des « addictions sans substance » ou « addictions comportementales » en lien avec un comportement irrépressible et incontrôlé vis-à-vis :

  • des jeux de hasard et d’argent ;
  • des jeux vidéo.

D’autres addictions comportementales sont actuellement à l’étude : la cyberdépendance, les addictions au sexe, à l’exercice physique ou encore les achats compulsifs. Les troubles du comportement alimentaire (anorexie et boulimie) sont souvent considérés comme des addictions comportementales fréquemment associées à une addiction à l’exercice physique.

À quoi reconnaît-on une addiction ?

Il est possible d’avoir un comportement de consommation de substance psychoactive ou de jeu qui ne réponde pas aux critères de l’addiction. Par exemple, boire un verre d’alcool avec ses proches fait partie des comportements intégrés aux habitudes sociales d’une personne. C’est lorsque sa consommation devient plus fréquente, incontrôlée et qu’elle a des répercussions sur sa vie sociale que les risques d’addiction s’installent.

En pratique, on distingue trois types de symptômes de l’addiction.

Des symptômes comportementaux

Les comportements addictifs de la personne envahissent progressivement la vie quotidienne, au détriment de sa vie familiale, professionnelle, etc. Les symptômes comportementaux regroupent :

  • la perte de contrôle progressive de soi ;
  • l’impossibilité croissante d’arrêter ou de réduire les comportements addictifs ;
  • le craving.

Qu’est-ce que le craving ?

Le craving est l’envie irrésistible de consommer alors que celle-ci est ressentie comme inappropriée. La personne ne parvient cependant pas à la faire disparaître ou à l’atténuer comme pour les envies dites normales, c’est-à-dire contrôlées.

Le craving est un symptôme durable de l’addiction sur lequel le traitement va essayer d’intervenir. Il est fluctuant dans le temps pour une même personne.

Des répercussions sociales et médicales

L’addiction a des conséquences sociales durables et significatives dans la vie de la personne : isolement, marginalisation, stigmatisation, déscolarisation, perte d’emploi, séparation, problèmes financiers, etc.

Elle a aussi des répercussions médicales, spécifiques au type de trouble. Par exemple, l’usage chronique de substances psychoactives a des conséquences médicales propres.

Des symptômes propres à l’usage de substances psychoactives

L’exposition chronique et répétée à une substance psychoactive entraîne :

  • des phénomènes d’adaptation cérébrale progressive, menant à l’apparition d’une augmentation de la tolérance au produit addictif. C’est-à-dire qu’au fil de sa consommation, pour une même dose, l’effet recherché de la substance s’atténue et la personne doit augmenter les doses pour obtenir l’effet souhaité ;
  • la survenue d’un syndrome de spécifique à la substance lors des tentatives d’arrêt de consommation. Par exemple, le syndrome de sevrage alcoolique se caractérise par des tremblements, de l’anxiété, une agitation, une dépression, des nausées et un état de malaise.

Quelles sont les conséquences de l’addiction dans le temps ?

Lorsqu’elles ne sont pas soignées, les addictions ont des conséquences médicales, comportementales et sociales graves qui peuvent être :

  • immédiates. Elles sont directement liées à l’usage excessif de la substance (overdose, coma éthylique) ;
  • à court terme. En plus de l’augmentation du risque d’accident, l’évolution vers d’autres consommations (alcool, tabac…) est rapide ;
  • à long terme. L’addiction à certaines substances peut provoquer de graves effets secondaires. Par exemple :
    • de nombreux cancers sont associés à la consommation d’alcool et de tabac,
    • des troubles neurologiques peuvent apparaître chez les consommateurs réguliers de drogue,
    • une contamination par le VIH (virus de l’immunodéficience humaine) est possible lors d’échange de seringues chez les consommateurs de drogues injectables,
    • les troubles psychiques et cognitifs sont favorisés par l’usage répété de drogues (notamment les troubles de l’attention, troubles de la mémoire, la défaillance dans la résolution de problèmes, les difficultés de concentration, d’expression) et peuvent peser sur les résultats scolaires ou professionnels,
    • les jeux d’argent favorisent le surendettement, les délits, les vols, la falsification de chèques, etc.
  • à terme, une addiction sévère non soignée aboutit le plus souvent à :
    • la perte de la motivation,
    • la dégradation des relations avec l’entourage,
    • l’isolement,
    • la perte d’emploi,
    • l’absentéisme scolaire, voire la déscolarisation,
    • la désocialisation et la paupérisation,
    • la marginalisation.

Cannabis à l’adolescence : des conséquences à très long terme encore mal connues

La consommation d’alcool ou de cannabis au moment de l’adolescence a des effets sur le cerveau ; les conséquences à très long terme font toutefois encore l’objet de recherches scientifiques.

Pendant cette période et jusqu’à l’âge de 20-25 ans, le cerveau est en maturation et paraît plus vulnérable aux effets toxiques. Une consommation régulière et prolongée de cannabis amorcée à l’adolescence peut entraîner une altération des performances intellectuelles qui se traduit par :

  • une baisse du QI (quotient intellectuel) à l’âge adulte ;
  • des (troubles de la mémoire, pertes d’attention) partiellement réversibles.

Ces anomalies sont indépendantes du niveau scolaire.

En outre, il a été constaté que plus la consommation est précoce (avant 15 ans), plus le risque de développer une addiction sur le long terme augmente.

Enfin, une intoxication chronique au cannabis chez des jeunes ayant une vulnérabilité psychique (anxiété, troubles de la personnalité), peut être à l’origine de véritables épisodes psychotiques.

Comment se met en place une addiction ?

L’addiction démarre essentiellement avec le plaisir généré par la substance consommée ou l’activité pratiquée. Cette sensation agréable est due à des modifications électrochimiques qui se produisent au niveau du cerveau ; la libération de dopamine et de sérotonine, en particulier, participe à la sensation de bien-être et au plaisir ressenti. D’autres voies de neurotransmission sont également perturbées.

Par exemple, en cas d’usage répété de drogues, la production naturelle de dopamine par l’organisme est diminuée et le plaisir n’est donc obtenu que par l’apport d’une substance extérieure. Cet apport provoque une augmentation à la tolérance à cette substance et une sensation de manque à son arrêt de consommation. L’organisme devient alors moins sensible aux effets de la substance et le consommateur doit augmenter les doses pour obtenir le même niveau de plaisir.

Ces perturbations des réseaux cérébraux finissent par avoir des effets négatifs (anxiété, irritabilité, etc.) qui eux-mêmes poussent la personne à consommer plus pour se sentir soulagée.

Quels sont les facteurs favorisant la survenue d’une addiction ?

L’addiction résulte de l’interaction de facteurs personnels et environnementaux. Elle peut aussi être favorisée par la consommation de certaines substances ou la présence de troubles psychologiques.

Facteurs liés à l’individu

Certains individus, notamment de sexe masculin, sont davantage enclins à une pratique addictive. Ils montrent généralement :

  • une vulnérabilité génétique à l’addiction. Ils sont à la recherche d’expériences, ont des comportements impulsifs ou compulsifs. Les effets ressentis par chacun face à une drogue étant variables, leur tolérance spontanée à ce type de produits est élevée ;
  • une fragilité psychique (introversion, anxiété, dépression, mauvaise estime de soi, difficultés à résoudre ses problèmes, impulsivité, recherche de sensations fortes, etc.).

Aussi, le fait d’avoir traversé certains évènements marquants dans sa vie ou d’avoir subi des traumatismes pousse certaines personnes à ce genre de pratiques.

Facteurs environnementaux

Une pratique addictive peut aussi découler de facteurs liés à l’environnement dans lequel évolue l’individu :

  • un contexte social et familial difficile ;
  • une disponibilité aisée du produit addictif. Tel est le cas lorsque :
    • la personne vit dans une famille de fumeurs, facilitant ainsi l’accès au tabac,
    • l’adolescent a des amis fumant du cannabis,
    • les jeux sur internet, jeux d’argent et les drogues sont facilement disponibles.

En outre, commencer à consommer une substance ou à pratiquer une activité addictive tôt favorise la survenue d’une dépendance. Par exemple, boire de l’alcool dès le début de l’adolescence augmente par 10 le risque d’être dépendant à l’âge adulte. Le risque est tout aussi important lors d’une pratique précoce des jeux d’argent et de hasard.

L’adolescence : une période à risque pour l’émergence d’une addiction

Des dépendances peuvent survenir à tout moment de l’existence, mais la période de 15 à 25 ans est la plus propice à leur émergence. Le comportement à risque des adolescents et des jeunes adultes facilite en effet les premières expériences, et l’usage précoce de drogues expose à un risque accru d’apparition d’une addiction par la suite.

Dans l’ensemble, les hommes sont plus souvent concernés par les addictions que les femmes.

L’usage d’une substance à fort pouvoir d’addiction

Certaines substances semblent avoir un pouvoir addictif supérieur à d’autres. Le produit le plus addictif serait le tabac (32 % des consommateurs sont dépendants), suivi par l’héroïne (23 %), la cocaïne (17 %) et l’alcool (15 %).

La vitesse d’installation de la dépendance varie également en fonction des substances. Les dépendances au tabac, à l’héroïne et à la cocaïne peuvent se développer en quelques semaines, alors que celle à l’alcool est beaucoup plus lente.

Parmi les jeux vidéo, ceux en réseau sont réputés être les plus addictogènes, et particulièrement les jeux de rôle multi-joueurs. Le pouvoir addictif des jeux d’argent n’a quant à lui pas été évalué.

Les troubles psychologiques

Les troubles psychologiques favorisent l’addiction et sont souvent associés à l’usage multiple de produits addictifs ou à des troubles :

  • Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MIDELCA). Qu’est-ce qu’une addiction ? Site internet : MIDELCA. Paris ; 2015 [consulté le 22 octobre 2019]
  • Ministère des Solidarités et de la Santé. Addictions. Site internet : Ministère des Solidarités et de la Santé. Paris ; 2019 [consulté le 22 octobre 2019]
  • Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Addictions : alcool, tabac, drogues… Site internet : INRS. Paris ; 2018 [consulté le 22 octobre 2019]
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Addictions – Du plaisir à la dépendance. Site internet : Inserm. Paris ; 2014 [consulté le 22 octobre 2019]
  • Collège national universitaire des enseignants d’addictologie (CUNEA). Addictologie – Module 6. Site internet : CUNEA. Nancy (France) [consulté le 22 octobre 2019]
  • Collège national universitaire des enseignants d’addictologie (CUNEA). Addictions comportementales – Item 7. Site internet : CUNEA. Nancy (France) [consulté le 22 octobre 2019]
  • National Health service (NHS). Addiction. Site internet : NHS. Londres ; 2015 [consulté le 22 octobre 2019]
  • Organisation mondiale de la santé (OMS). Prise en charge de l'abus de substances psychoactives - Syndrome de sevrage. Site internet : OMS. Genève (Suisse) [consulté le 22 octobre 2019]