Les addictions comportementales

14 février 2020
Les addictions aux jeux de hasard et d’argent et celles aux jeux vidéo sont des addictions comportementales, considérées et reconnues comme une maladie. D’autres troubles addictifs comportementaux sont actuellement à l’étude.

La reconnaissance de l’addiction comportementale

Les addictions comportementales ou « addictions sans substance » se caractérisent par l’impossibilité de contrôler la pratique d’une activité. Une sensation de tension croissante se met en place avant de passer à l’acte et au moment de la pratique, la personne ressent un plaisir ou un soulagement.

C’est seulement dans le courant de ces dernières années que ces troubles comportementaux ont été identifiés. À ce jour, ces troubles sont uniquement définis pour l’addiction :

  • aux jeux de hasard et d’argent (gambling disorder) ;
  • aux jeux vidéo (gaming disorder).

D’autres troubles comportementaux font actuellement l’objet de recherches qui permettront de mieux comprendre leur pouvoir addictif.

L’addiction aux jeux de hasard et d’argent

Qu’est-ce que les jeux de hasard et d’argent ?

Les jeux de hasard et d’argent se définissent selon les critères suivants :

  • la personne mise de l’argent ou un objet (souvent de valeur) de façon irréversible ;
  • l’issue aboutit à un gain ou une perte et dépend du hasard de façon :
    • partielle, car elle fait aussi appel à l’adresse du joueur, comme pour les paris sportifs ou hippiques, le black jack, le poker, etc.,
    • totale, tels la loterie, les jeux de grattage, les machines à sous, la roulette, etc. Il est donc ici impossible de prévoir le résultat du jeu. Par conséquent, persévérer dans le jeu ne permet pas d’améliorer ses compétences, ni d’augmenter ses chances de gagner.

Ces jeux sont pratiqués :

  • dans de lieux de jeu, comme les casinos ou les bars-tabacs ;
  • en ligne. Internet prend, en effet, une place de plus en plus importante dans la part des dépenses de jeux.

Comment reconnaître une addiction aux jeux de hasard et d’argent ?

Très souvent, la pratique des jeux de hasard et d’argent est contrôlée et la perte d’argent est acceptée par la personne ; celle-ci ne ressent donc pas le besoin de rejouer pour compenser ses pertes. Dans ce cas, on ne parle pas d’addiction.

Le parcours du joueur ayant une addiction aux jeux est tout autre. Il comporte trois phases successives :

  • la phase de gain, souvent initiée par un apport important d’argent. Le jeu est alors vécu comme agréable et le joueur est euphorique ;
  • la phase des pertes. Celles-ci sont vécues par le joueur comme une attaque. Elles le poussent à rejouer pour tenter de regagner l’argent perdu. Les difficultés financières commencent alors à apparaître ;
  • la phase de désespoir. Les pertes d’argent sont alors importantes. Le joueur désespéré perd le contrôle de sa pratique ; il continue à jouer malgré les dommages qu’il subit.

Les chiffres clés sur les jeux de hasard et d’argent

En 2017, le nombre de joueurs en ligne sur les sites légaux en France se situe entre 2,4 et 2,9 millions de personnes, soit 5 % de la population française majeure. Parmi ces personnes, 13 % font partie des « joueurs excessifs », en grande difficulté avec leur pratique de jeu. Cette part, en nette progression sur les 5 années précédentes (6,6 % en 2012), est plus élevée chez les joueurs en ligne que chez ceux qui jouent dans des lieux physiques dédiés (casinos, bars-tabac).

Concernant les jeux traditionnels (hors ligne), en 2017, près de 39 % des jeunes de 17 ans déclarent avoir déjà joué à un jeu de hasard et d’argent sur les 12 derniers mois. Les jeux de tirage ou de grattage, pour lesquels un apprentissage n'est pas ou peu nécessaire, sont les plus pratiqués et ce, malgré l’interdiction de la vente de ce type de jeux aux mineurs en France.

L’addiction aux jeux vidéo (gaming disorder)

La pratique des jeux vidéo est assez courante ; selon une étude du Centre national du cinéma et de l'image animée, 70 % des Français ont joué à un jeu vidéo, dont 10 % à des jeux en ligne, sur les 6 derniers mois précédent l’enquête. Ce sont surtout les adolescents (46 %) qui s’adonnent à cette activité sur une moyenne 3 heures par semaine.

Les jeux les plus utilisés sont :

  • les jeux compétitifs tels que les jeux de stratégie, les jeux de tirs ;
  • les jeux de rôle en ligne qui mettent en avant les relations dites « sociales ». Les joueurs se mettent alors en équipe pour affronter des défis créés par les développeurs du jeu.

L’installation de l’addiction aux jeux vidéo

moyenne, 3 % des Français présentent un risque d’addiction aux jeux vidéo, c’est-à-dire une perte de contrôle de cette pratique, que les jeux soient en ligne ou non, voire des jeux numériques. Le jeu prend alors le pas sur les autres centres d’intérêt et activités quotidiennes ; la poursuite du jeu ou sa pratique devient primordiale, malgré les répercussions dommageables sur la vie quotidienne, les activités familiales, sociales, éducatives ou professionnelles. Le profil moyen des personnes à risque est un homme de 31 ans, sans emploi.

L’addiction au jeu se développe en plusieurs phases :

  • le jeu devient la principale activité de la personne et occupe son temps et ses pensées. Puis, le jeu permet de « soigner » son humeur et ses pensées négatives. Progressivement, le temps de jeu doit être augmenté pour obtenir le même niveau de plaisir.
  • une détresse psychologique avec des troubles de l’humeur, des insomnies, etc. apparaissent dès que la personne ne peut pas jouer. C’est le syndrome de manque.
  • des retentissements psychologiques et sociaux apparaissent. Les tentatives d’arrêt de jeux échouent et une rechute survient avec augmentation du temps de jeu.

Restez attentif au temps passé devant les jeux vidéo

Tout joueur utilisant les jeux numériques ou vidéo ne souffre pas d’addiction. Tout joueur doit cependant surveiller le temps consacré à cette activité et faire attention au retentissement du jeu sur :

  • sur ses activités quotidiennes (sociales, scolaires et professionnelles) ;
  • sa santé physique et mentale ;
  • ses relations sociales.

D’autres comportements avec de possibles pouvoirs addictifs à l’étude

Plusieurs comportements font actuellement l’objet de recherches pour déterminer leur potentiel addictif et permettre de poser un diagnostic médical clair. 

La cyberdépendance correspond à l’utilisation récurrente et persistante des multiples applications sur internet dont l’usage devient une conduite difficilement contrôlable. Ce comportement a pour conséquence une souffrance clinique évidente ; la personne ne peut s’empêcher d’effectuer des achats en ligne, des recherches d’informations, elle a un usage excessif des mails, des chats, des blogs, des réseaux sociaux, etc.

La dépendance sexuelle correspond à l’envie irrépressible de réaliser une activité sexuelle et à l’impossibilité de contrôler cette envie. Il n’existe aucun trouble psychiatrique ou physique pouvant expliquer cette hypersexualité.

Ce comportement d’achat d’inapproprié se traduit par un besoin irrésistible d’acheter des objets sans utilité. Ce type d’addiction concerne le fait d’acquérir.

Cette addiction est un besoin irrésistible de pratiquer une activité physique de façon excessive et incontrôlée. Elle est souvent associée à des troubles du comportement alimentaire (anorexie et boulimie).

  • Organisation mondiale de la santé (OMS). Trouble du jeu vidéo. Site internet : OMS. Genève (Suisse) ; 2018 [consulté le 22 octobre 2019]
  • Collège national universitaire des enseignants d’addictologie (CUNEA). Addictions comportementales – Item 7. Site internet : CUNEA. Nancy (France) [consulté le 22 octobre 2019]
  • National Health service (NHS). Addiction. Site internet : NHS. Londres ; 2015 [consulté le 22 octobre 2019]
  • Costes M, Eroukmanoff V. Les pratiques de jeux sur Internet en France en 2017. Les notes de l’observatoire des jeux. 2018 (9) [consulté le 22 octobre 2019]
  • Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Niveaux de pratique des jeux d’argent et de hasard à la fin de l’adolescence en 2017. Site internet : OFDT. Paris ; 2018 [consulté le 22 octobre 2019]
  • Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MIDELCA). Qu’est-ce qu’une addiction ? Site internet : MIDELCA. Paris ; 2015 [consulté le 22 octobre 2019]
  • Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC). Les pratiques de consommation de jeux vidéo des Français. Site internet : CNC. Paris ; 2014 [consulté le 22 octobre 2019]