Les interactions médicamenteuses

17 septembre 2018
L’interaction médicamenteuse résulte d’une modification de l'activité thérapeutique d'un médicament, liée à la prise d’un ou plusieurs autres médicaments dans le cadre d’un traitement. Elle peut mener à des conséquences plus ou moins graves sur la santé d’un patient.

Qu’est-ce qu’une interaction médicamenteuse ?

Il y a interaction médicamenteuse lorsque lorsqu’un ou plusieurs effets d’un médicament (effet thérapeutique ou effet secondaire) sont modifiés par un autre médicament. Le plus souvent, cette situation a lieu quand les médicaments sont pris dans la cadre d’un même traitement. Mais l’interaction peut avoir lieu longtemps après la prise des médicaments en cause.

Une interaction peut se produire quelle que soit la forme du médicament : comprimé, pommade, collyre, injection, etc.

Quelles interactions peuvent exister entre des médicaments ?

La prise simultanée de 2 médicaments peut avoir 4 types d’effets :

  • une absence d’interaction. Les médicaments n’interfèrent pas du tout l’un sur l’autre ;
  • une augmentation des effets de l’un des médicaments. On dit alors que celui dont l’effet est augmenté est potentialisé. C’est le cas, par exemple, de certains curarisants, médicaments utilisés en anesthésie pour provoquer un relâchement musculaire. Leurs effets sont augmentés par des antibiotiques de la famille des aminosides (gentamicine, néomycine, etc.) ;
  • une augmentation réciproque de l’effet des 2 médicaments. Par exemple, la prise simultanée de certains antiallergiques de la famille des (doxylamine, dexchlorpheniramine, etc.) et de benzodiazépines, médicaments utilisés contre l’anxiété (le bromazépam, notamment) augmente réciproquement leurs effets ;
  • une diminution ou la suppression des effets d’un ou des 2 médicaments. Par exemple, l’action de certains antidiabétiques (gliclazide, glimépiride, etc.) est diminuée par les glucocorticoïdes, dérivés de la ayant un rôle anti-inflammatoire.

Il est donc nécessaire de bien connaître les différentes interactions afin de les maitriser, et de savoir les éviter lorsque plusieurs médicaments sont présents dans un même traitement. Votre médecin et votre pharmacien peuvent vous conseiller.

L’utilisation thérapeutique de l’interaction médicamenteuse

Toutes les interactions médicamenteuses ne sont pas néfastes, et certaines sont exploitées dans un but thérapeutique.

C’est la base de l’action de l’antidote : quand il est administré, il supprime les effets du produit toxique. Par exemple, le sulfate de protamine est l’antidote de l’héparine (anticoagulant utilisé par voie injectable) car il en supprime les effets.

Comment se produit une interaction médicamenteuse ?

Le mécanisme d’interactions médicamenteuses peut être lié au médicament lui-même ou à la façon dont l’organisme traite et élimine le médicament.

Les interactions médicamenteuses liées au médicament lui-même

On les appelle « interactions pharmacodynamiques ». Elles se produisent entre des médicaments ayant les mêmes mécanismes d’action, qui vont donc se chevaucher s’ils sont pris en même temps. Ce chevauchement va amplifier ou, au contraire, diminuer leur activité ou leurs effets indésirables.

Ces interactions sont relativement prévisibles puisqu’elles sont plus ou moins communes aux médicaments d’une même famille. Par exemple, on ne doit pas associer 2 anti-inflammatoires non stéroïdiens car leurs effets indésirables au niveau gastrique se superposent et il y a un risque d’ulcère gastroduodénal.

Les interactions médicamenteuses liées à la réponse de l’organisme

On les appelle « interactions pharmacocinétiques ». Contrairement aux interactions pharmacodynamiques, elles ne concernent pas que des médicaments d’une même famille, et sont donc moins facilement prévisibles.

De plus, comme elles sont liées à la façon dont l’organisme traite et élimine le médicament, elles peuvent varier fortement d’une personne à l’autre, selon :

  • l’âge ;
  • la présence d’une insuffisance rénale ou hépatique ;
  • les habitudes alimentaires ;
  • l’hygiène de vie.

Lors de la prise d’un médicament, 4 étapes peuvent chacune donner lieu à des interactions pharmacocinétiques.

Le médicament est absorbé lors de la prise d’un comprimé, d’une injection, de l’application d’une pommade, etc. Une partie plus ou moins importante de la dose administrée passe dans l’organisme.

À ce stade, un médicament peut empêcher, retarder ou augmenter l’absorption d’un autre. S’il l’empêche ou la retarde, la dose absorbée sera plus faible et il y aura une baisse d’activité du médicament. Au contraire, s’il l’augmente, il y aura un risque de surdosage et de toxicité.

Par exemple, certains antiacides utilisés par voie orale contre l’hyperacidité gastrique tapissent la paroi de l’estomac (bicarbonates, alginates et sels d’aluminium). Ils peuvent donc bloquer l’absorption des médicaments avalés simultanément.

Le médicament diffuse dans l’organisme ; on dit qu’il est distribué dans l’organisme. Il passe alors dans le sang et va agir là où c’est nécessaire.

À ce niveau, l’interaction peut prendre la forme d’une compétition entre 2 médicaments pour être transportés dans le sang, ou pour aller se fixer et agir sur un même organe. Par exemple, l’aspirine se fixe dans le sang sur les mêmes éléments que certains anticoagulants oraux (anti-vitamine K). Une partie plus importante de l’anticoagulant reste « libre » et non transportée. Cela entraîne un risque plus élevé d’hémorragie.

Le médicament est détruit par l’organisme, le plus souvent par les présentes dans le foie. En agissant sur la même enzyme, un médicament peut empêcher, retarder ou augmenter la transformation d’un autre médicament.

S’il l’empêche ou la retarde, la quantité détruite sera plus faible et il y aura une accumulation du médicament non détruit avec risque de surdosage et de toxicité.
Au contraire, s’il l’augmente, il y aura davantage de produit détruit, et une baisse d’activité. La cimétidine, par exemple, qui est utilisée contre l’ulcère gastrique, ralentit la dégradation par le foie de certains anticoagulants oraux (anti-vitamine K).

Une fois dégradé et transformé en d’autres produits, le médicament est éliminé de l’organisme par les urines, les selles, la transpiration ou la respiration.

Une interaction à ce niveau peut être, par exemple, l’accélération, ou le ralentissement de l’élimination d’un médicament par un autre. Par exemple, les tels que le furosémide, augmentent le volume d’urine produit par les reins. Un médicament qui est éliminé par les reins dans les urines le sera donc plus rapidement si un diurétique est pris en même temps.

Quelles sont les conditions pour qu’une interaction médicamenteuse apparaisse ?

Les interactions médicamenteuses ne peuvent apparaître que lorsque les médicaments se retrouvent en même temps dans l’organisme. Le cas le plus fréquent d’interaction est donc celui où ils sont pris simultanément, ou de façon très rapprochée.

Certains médicaments restent toutefois présents dans l’organisme pendant longtemps (plusieurs jours). Ils peuvent, dans ce cas, causer des interactions avec d’autres produits bien après la dernière prise. Le temps d’élimination d’un médicament par l’organisme est donc un élément important pour savoir si une interaction peut avoir lieu ou non, par rapport au moment de la dernière prise.

Par exemple, peuvent être encore présents dans l’organisme :

  • le diazépam qui est utilisé contre l’anxiété - 48 heures après la prise d’un comprimé ;
  • l’étanercept, anti-inflammatoire efficace contre la polyarthrite rhumatoïde - 70 heures après une injection.

Le classement des interactions médicamenteuses

Les interactions médicamenteuses sont classées par niveau de gravité. Si certaines peuvent entrainer une moindre efficacité d’un médicament, d’autres peuvent provoquer ou majorer des effets indésirables.

Le degré de gravité correspond à 4 niveaux de recommandations, présentes dans la notice d’un médicament.

Les principales interactions à éviter sont référencées dans un répertoire officiel, diffusé par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

Les 4 niveaux de recommandations
Contre-indication Ce niveau correspond à une interdiction. Les médicaments ne doivent pas être pris dans les conditions susceptibles de créer l’interaction.
Association déconseillée L’association des médicaments doit être évitée, sauf si le médecin estime que le bénéfice est plus important que le risque. Cela peut imposer une surveillance pendant le traitement.
Précaution d’emploi L’association des médicaments est possible à condition que certaines précautions soient prises : adaptation des doses, prises décalées, surveillance particulière, etc.
À prendre en compte L’interaction correspond généralement à une addition des effets indésirables des médicaments. Le médecin doit évaluer la situation et donner les recommandations nécessaires s’il prescrit ensemble 2 médicaments qui génèrent un cumul d’effets indésirables.

© L'Assurance Maladie, 2018

Comment éviter les interactions médicamenteuses ?

Toutes les interactions médicamenteuses ne peuvent pas être parfaitement connues. Pour celles qui le sont, elles sont décrites dans la notice de chaque médicament, et il est impératif de respecter les restrictions données.

Il est important de retenir que :

  • le risque d’interactions augmente avec le nombre de médicaments pris simultanément.
  • les interactions peuvent se produire même si le médicament est sous forme de pommade, collyre et pas seulement avec les médicaments pris par voie orale ou injectés.

En plus de consulter les notices, il est nécessaire de préciser les médicaments composant votre traitement actuel :

  • à votre pharmacien, lorsque vous demandez un conseil sur un autre médicament ;
  • à votre médecin traitant ou tout autre professionnel de la santé, si vous consultez pour un motif autre et ponctuel.

Il est aussi nécessaire de signaler à votre médecin traitant ou votre pharmacien tout médicament ajouté à votre traitement, dans le cadre d’une automédication.

Médicament et conduite de véhicule

Il ne faut jamais oublier que :

  • certains médicaments peuvent interagir même s’ils sont pris à distance l’un de l’autre ;
  • la conduite de véhicules ou de machines peut toujours représenter une situation à risque majoré.
Sources
  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Médicaments et aliments : lire la notice pour éviter les interactions. Site internet : ANSM. Saint-Denis La Plaine (France), 2008 [consulté le 30 août 2018]
  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Référentiel national des interactions médicamenteuses. Site internet : ANSM. Saint-Denis  La Plaine (France), 2018 [consulté le 30 août 2018]
  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Interactions médicamenteuses et cytochromes. Site internet : ANSM. Saint-Denis  La Plaine (France), 2018 [consulté le 30 août 2018]