Les interactions possibles de certains aliments, boissons ou du tabac avec les médicaments

17 septembre 2018
Certains aliments, boissons ou même le tabac peuvent influencer l’activité d’un médicament en atténuant, ralentissant ou, au contraire, en renforçant un ou plusieurs de ses effets dans l’organisme. Ils peuvent aussi accentuer certains effets indésirables d’un médicament.

Quelles interactions peuvent exister entre certains produits consommés et un médicament ?

Il y a interaction lorsqu’un ou plusieurs effets d’un médicament sont modifiés par un autre produit. Cela peut être un autre médicament pris dans la cadre d’un même traitement, on parle alors d’interaction médicamenteuse. Cette interaction peut aussi survenir avec un aliment, une boisson, un complément alimentaire, ou la consommation de tabac. Elle peut causer 3 types d’effets :

  • une diminution de l’action du médicament. Le produit en cause entrave son absorption ou son action dans l’organisme, voire augmente son élimination. Par exemple, le thé vert empêche l’organisme d’absorber correctement le fer par voie orale. Il diminue donc l’efficacité des traitements à base de fer, présentés sous forme de comprimés. Ceux-ci peuvent être prescrits notamment lors de la grossesse ou contre certaines anémies ;
  • une augmentation de l’action du médicament. Le produit en cause empêche sa dégradation par l’organisme, ou son élimination. Cela conduit à des risques de surdosage et de toxicité. Par exemple, le curcuma, utilisé comme épice ou colorant alimentaire, peut augmenter l’action des antidiabétiques pris par voie orale, et provoquer un risque d’hypoglycémie ;
  • une augmentation de certains effets indésirables du médicament. Le tabac, par exemple, augmente l’effet excitant de la caféine présente dans certains médicaments, notamment ceux contre la migraine. Ce qui peut provoquer de la tachycardie, des nausées et des insomnies.

Ces interactions ne sont pas faciles à prévoir car il est très difficile de tester tous les cas possibles entre tous les médicaments, les aliments ou boissons et le tabac. Mais lorsqu’elles sont connues, elles sont clairement indiquées dans la notice des médicaments concernés. Il est très important dans ce cas, de respecter cette information, et d’éviter de consommer les aliments ou les boissons mentionnés pendant le traitement.

Quelles interactions peuvent exister entre les boissons, les aliments et les médicaments ?

L’alcool et la prise de médicaments

La consommation d’alcool doit être évitée avec :

Le jus de pamplemousse : attention à la consommation en cas de traitement

La consommation de jus de pamplemousse augmente l’absorption de certains médicaments par l’organisme. Il ne doit donc pas être bu dans les 2 heures qui précèdent ou qui suivent la prise des médicaments. Il est également conseillé d’en limiter la consommation à moins d’1/4 de litre par jour.

Deux familles de médicaments sont principalement concernées par ce type d’interaction :

  • certains médicaments contre le cholestérol de la famille des statines, avec un risque d’atteintes musculaires graves à long terme ;
  • certains immunosuppresseurs (tacrolimus, ciclosporine, etc.), avec un risque d’atteinte rénale.

La caféine (café, thé, sodas contenant de la caféine, etc.)

Lors de la prise de certains antibiotiques, notamment de la famille des fluoroquinolones, il faut éviter de consommer de la caféine. En effet, ces médicaments diminuent l’élimination de la caféine et peuvent alors provoquer son accumulation dans l’organisme, avec un surdosage et des effets toxiques (troubles cardiaques, nausées et hallucinations).

La caféine doit également être évitée en cas de traitement antiasthmatique par la théophylline, car ces 2 substances ont des effets similaires, ce qui peut provoquer une augmentation des effets indésirables du médicament.

Les aliments riches en vitamines K à éviter en cas de traitement anticoagulant

En cas de traitement avec des anticoagulants oraux antivitamine K (fluindione, acénocoumarol, etc.), il est conseillé de surveiller et stabiliser ses habitudes alimentaires vis-à-vis des aliments riches en vitamines K (choux, brocolis, épinards, persil, abats, etc.). En effet, cet apport supplémentaire à l’organisme diminue l’efficacité des médicaments anticoagulants ; un risque de formation de caillots sanguins dans les vaisseaux veineux ou artériels () est présent.

Les agrumes (oranges, citrons, pamplemousses, etc.)

Comme pour l’alcool, la consommation d’agrumes doit être évitée avec les anti-inflammatoires non stéroïdiens (diclofénac, ibuprofène, etc.) et l’aspirine ; cette interaction peut provoquer des brûlures d’estomac et des reflux gastro-œsophagiens acides.

La réglisse à éviter en cas de traitement antihypartenseur

La réglisse provoque naturellement une augmentation de la pression artérielle.
Il faut donc éviter d’en consommer en cas de traitement contre l’hypertension artérielle (HTA), car cela supprimerait une partie des effets des médicaments.

Quelles interactions peuvent exister entre compléments alimentaires et médicaments ?

La plupart des compléments alimentaires sont disponibles en vente libre. Avant d’envisager leur consommation, et surtout si un traitement médicamenteux est en cours ou vient de s’achever, il est impératif de bien consulter :

Solliciter son pharmacien ou son médecin traitant sur ce sujet est aussi utile, en leur fournissant la composition des compléments alimentaires envisagés.

Le millepertuis et interactions avec des médicaments

Le millepertuis est une plante utilisée contre certains états anxieux et dépressifs. Il existe sous forme de médicaments, mais il est également en vente libre, sous forme de compléments alimentaires.

La consommation de compléments alimentaires contenant du millepertuis peut être la cause de nombreuses interactions avec plusieurs familles de médicaments, en diminuant fortement leur activité : les anticoagulants oraux anti vitamine K, les pilules contraceptives, certains médicaments utilisés contre le VIH, certains antidépresseurs, etc.

La mélatonine et interactions avec des médicaments

La mélatonine est utilisée contre certains types d’insomnies et elle est disponible sous forme de médicament mais également dans des compléments alimentaires en vente libre.

Comme le millepertuis, la mélatonine peut avoir des interactions avec de nombreuses familles de médicaments en augmentant leurs risques d’effets secondaires, ou en diminuant leur efficacité. C’est le cas pour certaines benzodiazépines utilisées contre l’anxiété, certains antiépileptiques (carbamazépine notamment), certains antibiotiques (rifampicine), etc.

Le GABA ou acide GABA et antidépresseurs

L’acide GABA est une substance naturellement présente dans le cerveau, et c’est aussi un médicament utilisé en anesthésie.

L’acide GABA est également en vente libre sous forme de compléments alimentaires contre les états anxieux. Pris en même temps que des antidépresseurs, sa consommation peut en amplifier les effets secondaires et conduire à des situations de perte de vigilance et de troubles de la mémoire.

Les acides oméga 3 et médicaments anticoagulants

Présents dans de très nombreux compléments alimentaires, les acides oméga 3 ont tendance à fluidifier le sang. Ils peuvent donc interagir avec les médicaments anticoagulants en additionnant leurs effets, et provoquer un risque d’hémorragie.

Quelles interactions entre le tabac et les médicaments ?

Le tabac peut être responsable de nombreuses interactions avec des médicaments car tous ses composés sont absorbés par l’organisme.

La fumée de cigarette inhalée par le fumeur, contient en moyenne :

  • 95 % de gaz : monoxyde de carbone, benzène, ammoniac, etc.
  • 5 % de particules : nicotine, métaux lourds, hydrocarbures, goudrons, etc.

Chacun de ces composants peut potentiellement créer une interaction avec un ou plusieurs médicaments.

Le tabac et la théophylline

Le tabac augmente l’élimination de la théophylline (utilisée comme antiasthmatique) par l’organisme, ce qui réduit son efficacité et expose à un risque de survenue de crises d’asthme.

Toutefois, chez un fumeur dont l’organisme serait « habitué », l’arrêt du tabac va diminuer l’élimination de la théophylline et provoquer un risque d’accumulation toxique.

Le tabac et les benzodiazépines

Le tabac, par l’effet excitant de la nicotine sur le système nerveux, diminue l’activité des benzodiazépines, utilisées contre les états anxieux.

Le tabac et les bêta-bloquants

Les bêta-bloquants sont des médicaments utilisés contre l’hypertension artérielle ou l’insuffisance cardiaque (propranolol, métoprolol, etc.).

La nicotine, présente dans le tabac, fait naturellement augmenter la tension artérielle et accélère le rythme cardiaque. Cela réduit donc l’action des bêta-bloquants, en annulant une partie de leurs effets.

De plus, les autres composants de la fumée de tabac ont tendance à augmenter l’élimination des bêta-bloquants par l’organisme.

Il y a donc un risque plus élevé de poussée d’hypertension artérielle ou de trouble du rythme cardiaque chez le fumeur traité par ces médicaments.

Tabac et contraception œstroprogestative

Les pilules contraceptives œstroprogestatives contiennent 2 hormones : l’œstradiol et la .

Les substances présentes dans la fumée du tabac augmentent la transformation de l’œstradiol en un autre produit qui augmente le risque de formation de caillots sanguins dans les veines (phlébite) ou les artères (par exemple obstruction d’une artère coronaire responsable d’infarctus du myocarde).

Les médicaments de tabagique

La consommation de tabac est bien sûr interdite en cas de traitement par des substituts nicotiniques (patch, gommes à mâcher, etc.) destinés au sevrage tabagique. Il y a un risque toxique par accumulation de la nicotine car la nicotine présente dans les substituts nicotiniques s’ajoute à celle absorbée en fumant.

Sources
  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Médicaments et aliments : lire la notice pour éviter les interactions. Site internet : ANSM. Saint-Denis La Plaine (France), 2008 [consulté le 31 août 2018]
  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Risques liés à l’utilisation du Millepertuis. Site internet : ANSM. Saint-Denis La Plaine (France), 2000 [consulté le 31 août 2018]
  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Interactions médicamenteuses et cytochromes. Site internet : ANSM. Saint-Denis La Plaine (France), 2018 [consulté le 31 août 2018]