Antibiorésistance : comment mieux utiliser les antibiotiques ?

L'antibiorésistance est la capacité d'une bactérie à résister à l'action d'un antibiotique. Ce phénomène est une cause de mortalité. L'antibiorésistance peut être diminuée grâce au bon usage des antibiotiques et à la prévention des infections qui repose sur des mesures d'hygiène et la vaccination.

Qu'est-ce que la résistance bactérienne aux antibiotiques ou antibiorésistance ?

La résistance bactérienne est la capacité d'une bactérie à être insensible à un antibiotique.

Cette résistance peut être :

  • naturelle : une bactérie est insensible naturellement à certains antibiotiques. Les antibiotiques sont classé en différentes familles, et une famille d’antibiotiques donnée n’agit que contre certaines bactéries ; on dit alors que toutes les autres bactéries sont naturellement résistantes à cette famille d’antibiotiques,
  • acquise : une bactérie, auparavant sensible à un antibiotique, devient résistante.

Les résistances bactériennes acquises aux antibiotiques sont dues :

  • à une mutation génétique de la bactérie,
  • et, le plus souvent, à l'acquisition de matériel génétique en provenance d'une autre bactérie, matériel porteur d'un ou plusieurs gènes de résistance aux antibiotiques.

Une fois acquise, une résistance à un antibiotique ne disparait plus et ne fait que se diffuser davantage dans la famille de bactéries concernée, jusqu’à ce que 100% des bactéries de la famille soient devenues résistantes à l’antibiotique.

Pourquoi l'antibiorésistance acquise s'est-elle développée ?

L'antibiorésistance résulte d'un usage inadapté des antibiotiques aussi bien chez l'homme que chez l'animal

L'efficacité remarquable des antibiotiques pour guérir les infections bactériennes a incité à un usage massif de ces médicaments aussi bien en santé humaine qu'en santé animale.

Vente d'antibiotiques en France en 2020

En 2020, il a été vendu en France 628 tonnes d’antibiotiques destinés à la santé humaine et 451 tonnes d’antibiotiques destinés à la santé animale.

Lorsque les antibiotiques sont utilisés de façon répétée, massive ou lorsqu'ils sont mal utilisés (traitement trop court, trop long ou mal dosé), les bactéries développent des systèmes de défense contre ces antibiotiques et deviennent résistantes. C’est le phénomène de résistance bactérienne aux antibiotiques. Les antibiotiques perdent alors leur efficacité sur certaines bactéries.

La surconsommation et le mauvais usage des antibiotiques chez l'homme et dans les élevages d'animaux est responsable de l'apparition de résistances bactériennes.

Il faut noter que pour les bactéries qui sont communes à l’homme et aux animaux, une antibiorésistance acquise chez un animal diffuse également directement chez l’homme pour les mêmes bactéries.

L'environnement en jeu dans l'antibiorésistance

La lutte contre l'antibiorésistance ne peut être envisagée qu'en associant l'environnement, impliqué dans sa survenue. En effet :

  • Les bactéries multi-résistantes issues des élevages animaux peuvent se transmettre à l'être humain directement ou par la chaîne alimentaire. Ces bactéries résistantes sont également présentes dans les cours d'eau, en aval des villes ou des élevages, voire dans les nappes phréatiques.
  • La présence d'antibiotiques dans l'environnement ou de leurs produits de dégradation, en provenance de l'industrie, des hôpitaux, des eaux usées, des élevages, des abattoirs...., exerce une pression de sélection sur les bactéries, favorisant la persistance de bactéries multirésistantes.

Quelles conséquences de l'antibiorésistance pour l'homme ?

D'abord ponctuelles, les résistances bactériennes aux antibiotiques sont devenues massives et préoccupantes.
Certaines souches de bactéries sont devenues multirésistantes, c'est-à-dire, résistantes à plusieurs antibiotiques, mais d'autres, encore peu nombreuses, sont devenues toto-résistantes , c'est-à-dire résistantes à tous les antibiotiques disponibles.

D'abord présente en milieu hospitalier, la résistance bactérienne prend de plus en plus d'ampleur en médecine de ville.

C'est le cas, par exemple, pour les bactéries responsables de cystites ou de pyélonéphrites.

Depuis longtemps, l'Escherichia coli, bactérie le plus souvent en cause dans les cystites, est résistante à l'amoxicilline. Puis des résistances bactériennes aux céphalosporines de deuxième génération sont apparues. Et actuellement, dans 7 % des cas, ces bactéries présentes dans les urines sont résistantes à des antibiotiques conçus encore plus récemment : les céphalosporines de troisième génération.

L'évolution est encore plus inquiétante pour la bactérie Klebsiella pneumoniae, présente dans certaines infections urinaires, dont la résistance aux céphalosporines de troisième génération est de 16 % en 2017.

Dans ces cas, les médecins doivent utiliser des antibiotiques de derniers recours : les carbapénèmes.

Les résistances bactériennes entraînent des difficultés dans le traitement de maladies bactériennes fréquentes comme dans l'exemple ci-dessus de la cystite de la femme adulte, mais aussi dans l’otite du nourrisson ou la pneumonie.

Le médecin a des difficultés à trouver un antibiotique efficace contre la bactérie en cause dans la maladie, ce qui se traduit par des symptômes qui durent plus longtemps, une aggravation de l'infection, des rechutes, des consultations répétées chez le médecin et par conséquence un temps de traitement allongé.

Parfois cela peut aussi obliger le médecin à utiliser des doses d’antibiotiques plus élevées, qui entrainent un risque accru d’effets secondaires ou de toxicité, voire la nécessité d'une surveillance hospitalière pendant le traitement.

En cas d'antibiorésistance, les hospitalisations sont plus fréquentes et plus prolongées.

L'antibiorésistance bactérienne est une cause de mortalité, particulièrement chez les personnes fragiles : personnes âgées, nouveau-nés, femmes enceintes, personnes immunodéprimées, atteintes d'une maladie chronique ou hospitalisées.

 

La résistance bactérienne aux antibiotiques est un phénomène préoccupant

La résistance des bactéries aux antibiotiques, appelée antibiorésistance, pourrait devenir l’une des principales causes de mortalité dans le monde.

En France, en 2015, plus de 5 500 décès ont été attribués aux infections à bactéries multi-résistantes.

Que faire pour lutter contre l'antibiorésistance ?

Pour préserver le plus longtemps possible l'efficacité des antibiotiques disponibles, il faut réduire et mieux cibler la consommation d'antibiotiques. Pour cela, deux actions sont possibles.

Prévenir les infections et limiter leur transmission

C'est la première étape de la lutte contre l'antibiorésistance. Une infection évitée : c'est un antibiotique préservé !

Pour prévenir les infections entre les personnes :

  • appliquez les gestes barrières qui limitent la propagation des infections virales mais aussi bactériennes. Plus particulièrement, pensez à vous laver fréquemment les mains, surtout après un passage aux toilettes, au retour du travail à votre domicile, avant de préparer un repas, après avoir éternué et vous être mouché, avant et après avoir pris soin d'une personne, avant et après avoir pris soin de votre animal ;
  • conservez les aliments et préparez les repas dans les conditions adaptées pour chaque aliment ;
  • respectez les vaccinations obligatoires et recommandées : elles vous protègent, vous et votre entourage. Certaines maladies bactériennes sont prévenues grâce à la vaccination (par exemple, contre la coqueluche, contre certains germes responsables de pneumonies ou méningites : le pneumocoque, le méningocoque, l'haemophilus influenzae...)

Pour prévenir la transmission des infections de l'animal aux personnes, pensons à protéger les écosystèmes (milieux naturels, faune sauvage...). En réduisant notre impact sur la biodiversité, nous agissons pour limiter la transmission des zoonoses de l'animal à l'homme.

Moins d'infections = moins d'antibiotiques prescrits = moins de résistance des bactéries aux antibiotiques

Mieux utiliser les antibiotiques

Faites confiance à votre médecin car il sait quand les antibiotiques sont nécessaires et quand ils ne le sont pas. Ne prenez pas d'antibiotiques sans prescription et sans avis médical. 

Votre médecin vous prescrit des antibiotiques uniquement pour traiter des infections bactériennes. Par exemple, pour savoir si une angine est virale ou bactérienne, il utilise un TROD (test rapide d’orientation diagnostique) fait grâce à un prélèvement de gorge. Il ne prescrit des antibiotiques que lorsque l'angine est bactérienne (20 % des cas) .

Votre médecin choisit l'antibiotique le plus efficace contre la bactérie en cause. Dans certains cas, une analyse bactériologique (par exemple un examen cytobactériologique des urines) est nécessaire pour identifier la bactérie en cause. Si c'est le cas, cette analyse est complétée par un , qui permet de déterminer quel antibiotique sera le plus efficace contre la bactérie en question.

Lorsque votre médecin vous prescrit un traitement par antibiotiques, veillez à :

  • bien respecter la dose, la fréquence des prises et la durée de votre traitement antibiotique, selon ce qui est mentionné sur l'ordonnance ;
  • ne pas utiliser votre traitement pour quelqu'un d'autre. Un traitement est spécifiquement prescrit pour tel type d'infection et adapté à chaque personne ;
  • demander conseil à votre médecin traitant si vous pensez présenter un effet indésirable à votre traitement (éruption, nausées...) ;
  • ne pas arrêter votre traitement prématurément, même si votre état s'améliore. Vous devez prendre l’antibiotique pendant la durée prescrite ;
  • une fois le traitement terminé, ne pas réutiliser un antibiotique, même si vous avez des symptômes qui ressemblent à ceux que vous avez eu antérieurement ;
  • à la fin du traitement, rapporter à votre pharmacien toutes les boîtes entamées ou non utilisées.

Ensemble, préservons les antibiotiques. En les préservant aujourd’hui, nous pourrons bénéficier de leur efficacité le jour où nous en aurons vraiment besoin. Les antibiotiques : utilisés à tort, ils deviendront moins forts.

La santé animale également concernée

En santé animale, 95 % des antibiotiques sont administrés à des animaux destinés à la consommation humaine et 5 % aux animaux de compagnie.

Il est donc capital que ces règles d'utilisation des antibiotiques s'appliquent également aux animaux.

  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (Ansm). Bien utiliser les antibiotiques. Site internet : Ansm. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2018 [consulté le 2 septembre 2021]
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Antibiorésistance. Site internet : Inserm. Paris ; 2020 [consulté le 2 septembre 2021]
  • Organisation mondiale de la santé. Résistance aux antibiotiques. Site internet : OMS. Genève (Suisse) ; 2020 [consulté le 2 septembre 2021]
  • Ministère des Solidarités et de la santé. Les antibiotiques, des médicaments essentiels à préserver. Site internet : Ministère des solidarités et de la santé. Paris ; 2021 [consulté le 2 septembre 2021]
  • Antibiotiques et résistance bactérienne : une menace mondiale, des conséquences individuelles. Site internet Santé Publique France. Saint Maurice (France) ; 2019 [consulté le 01 septembre 2021]
  • Haute Autorité de la santé. Lutte contre l’antibiorésistance : choix et durée de prescription des antibiotiques dans les infections bactériennes courantes. Site internet : HAS. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2021 [consulté le 01 septembre 2021]
  • Santé publique France. Antibiorésistance. Site internet : Santé publique France. Saint Maurice (France) ; 2021 [consulté le 15 novembre 2021]
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