Antibiotiques et antiviraux

17 septembre 2018
Les bactéries et les virus sont des agents infectieux très différents qui ne causent pas les mêmes maladies, et ne se traitent pas avec les mêmes médicaments. Les antibiotiques sont actifs uniquement contre les bactéries, et les antiviraux uniquement contre les virus.

Qu’est-ce qu’une infection ?

Une infection est une maladie causée par l’invasion de certains organes par un agent infectieux. Ce dernier profite en général d’une voie d’entrée dans l’organisme (bouche, nez, blessure sur la peau, etc.) à partir de laquelle il peut atteindre différents organes où il se multiplie.

Chaque agent infectieux a en général un ou plusieurs organes de prédilection dans lesquels il se développe. Par exemple, le bacille de la tuberculose peut infecter de nombreux organes, mais la forme la plus fréquente sous nos latitudes est l’infection des poumons.

En se multipliant, il dérègle le fonctionnement de l’organe, entraîne une activation du , et peut fabriquer des toxines qu’il libère dans le sang. Ce sont ces éléments qui provoquent les symptômes de l’infection.

La relation entre certains agents infectieux et des maladies déjà connues chez l’homme a été établie durant la 2nde moitié du XIXe siècle :

  • par Louis Pasteur pour la rage
  • et Robert Koch pour la tuberculose.

Les infections peuvent aussi toucher les animaux et les plantes.

Qu’est-ce qu’un agent infectieux ?

Un agent infectieux est un germe susceptible de provoquer une infection. Les bactéries et les virus, responsables d’un grand nombre de maladies chez l’homme, sont les plus fréquents.

À noter toutefois que les champignons et les parasites sont également des agents infectieux.

Les bactéries

Elles sont très courantes car elles se retrouvent partout. On distingue :

  • les bactéries aérobies qui ont besoin d’oxygène pour se développer ;
  • les bactéries anaérobies qui préfèrent vivre sans oxygène

Elles sont en général composées d’une seule cellule et ont la capacité de se développer de façon autonome ; c’est-à-dire qu’elles se reproduisent à partir d’elles-mêmes.

Les virus

Ces agents infectieux, également très répandus, sont également composés d’une seule cellule.

Mais, contrairement aux bactéries, les virus ne peuvent pas se reproduire à partir d’eux-mêmes. Ils doivent infecter un organisme, puis pénétrer et vivre à l’intérieur de ces cellules, puis utiliser ce qui se trouve dans la cellule pour fabriquer de nouveaux virus. Cela les rend dépendants de l’organisme qu’ils infectent ; si les cellules de l’organisme meurent, les virus ne pourront plus se multiplier et mourront aussi. Par contre, cela leur donne un avantage face au , car ils sont plus difficiles à détecter une fois à l’intérieur des cellules.

Certaines bactéries sont utiles à l’homme

Certaines germes peuvent nous contaminer sans causer aucune maladie, on dit qu’elles sont inoffensifs.

Il y a même des bactéries indispensables pour l’homme. Par exemple, plusieurs milliards de bactéries dans l’intestin humain sont nécessaires à la digestion ; on les définit comme la , ou le microbiote intestinal.
De même, la peau humaine porte en moyenne 1 million de bactéries par centimètre carré, indispensables à son bon équilibre. Une destruction de ces bactéries peut causer leur remplacement par d’autres germes avec lesquels l’organisme ne peut pas cohabiter. Cela se traduit par une infection.
Ces bactéries naturellement présentes dans l’organisme sont donc un rempart contre d’autres agents infectieux.

Quels sont les symptômes d’une infection ?

Chaque infection a des symptômes qui lui sont spécifiques.

Cependant, l’activation du par l’agent infectieux fait que l’on retrouve presque toujours les signes classiques d’une inflammation, plus ou moins visibles et pendant plus ou moins longtemps :

  • une rougeur sur le lieu de l’infection. Par exemple, l’apparition de bouton rouge douloureux dans le cas d’une infection cutanée, ou la gorge rouge et douloureuse en cas d’angine ;
  • une douleur d’une intensité variable et plus ou moins localisée ;
  • une chaleur localisée ou de la fièvre. Celle-ci peut classiquement être accompagnée de courbatures et de raideurs articulaires.

Le diagnostic ne peut pas être posé seulement à partir de ces signes. Lors d’une consultation chez le médecin traitant, ce dernier s’informe auprès de son patient des conditions dans lesquelles la maladie s’est déclarée, et sur son évolution. Il peut aussi avoir besoin de faire pratiquer des examens complémentaires ; par exemple, pour déterminer si une angine est d’origine bactérienne ou non, un test de diagnostic rapide est nécessaire.

Comment peut évoluer une infection ?

Facteurs d’évolution d’une infection

L’évolution d’une infection dépend principalement de trois facteurs :

  • la dangerosité et la virulence de l’agent infectieux. Certains agents sont plus dangereux que d’autres, par exemple :
    • le virus de la rage est responsable d’une maladie qui peut être fatale,
    • tandis que le virus de la gastro-entérite est responsable d’une maladie le plus souvent bénigne.
  • Une bactérie ou un virus dangereux a peu de chances de causer une infection qui guérisse spontanément. De plus, certains agents infectieux se multiplient plus rapidement que d’autres dans l’organisme ; on dit qu’ils sont plus virulents. Plus cette multiplication est rapide, plus l’infection se déclare vite.
  • la quantité de bactéries ou de virus qui infecte la personne. Plus la quantité qui pénètre dans l’organisme est importante, plus il y a de risques que l’infection se déclare rapidement.
  • l’état de santé de la personne. C’est un facteur très important pour déterminer la résistance de l’organisme, aussi bien au moment de la contamination que par la suite, dans la lutte contre l’infection.

Schémas d’évolution d’une infection

Selon la durée de l’infection et de sa gravité, on peut définir quatre schémas possibles d’évolutions :

  • les infections sans gravité qui guérissent spontanément et assez rapidement. C’est le cas, par exemple, de l’angine virale simple, ou de la gastro-entérite virale ;
  • les infections sans gravité qui ne guérissent jamais. Le virus reste présent toute la vie dans l’organisme et la maladie évolue de temps en temps, par poussées. C’est le cas par exemple de l’infection à herpès labial ou bouton de fièvre. Mais ce type d’infection peut aussi parfois évoluer vers une forme grave si la personne a des défenses immunitaires affaiblies. Le virus diffuse alors dans l’organisme, et notamment vers le cerveau où il peut provoquer une méningite herpétique.
  • Les infections graves, qui ne guérissent pas spontanément et peuvent évoluer très rapidement. C’est le cas par exemple de certaines méningites bactériennes ou de certaines formes de pneumonies.
  • Les infections graves, qui ne guérissent pas spontanément et évoluent très lentement. Le virus de l’immunodéficience humaine, ou VIH, par exemple, peut prendre jusqu’à plus de 15 ans pour détruire complètement le .

Infection bactérienne ou virale : la différence de traitement

Selon le type d’agent infectieux, les médicaments utilisés ne sont pas les mêmes :

  • les antibiotiques sont actifs contre les bactéries,
  • les antiviraux contre certains virus.

Les médicaments anti-infectieux permettent de ralentir ou de stopper l’évolution de l’infection. Leur but est de détruire, ou d’empêcher le développement des agents infectieux.

La prévention de certaines infections par la vaccination

Certaines infections peuvent être évitées grâce à la vaccination. Son but est d’empêcher l’infection en apprenant à l’organisme à se défendre avant d’avoir rencontré le virus ou la bactérie.

Les vaccins sont principalement connus pour leur utilisation contre les virus (rougeole, oreillons, hépatite, grippe, etc.), mais il en existe aussi contre des bactéries (choléra, haemophilus, etc.).

Comment traiter une infection bactérienne ?

Les anti-infectieux utilisés contre les bactéries sont des antibiotiques. Le premier a avoir été utilisé en médecine est la pénicilline en 1941.

Les antibiotiques peuvent :

  • soit tuer les bactéries,
  • soit empêcher leur prolifération.

Un antibiotique n’est actif que contre une ou plusieurs bactéries bien spécifiques. Les bactéries dangereuses pour l’homme, sur lesquelles l’antibiotique est actif constituent son spectre d’activité.

Les bactéries naturellement insensibles à l’antibiotique sont hors de son spectre d’activité. De plus, les bactéries sont capables d’élaborer des mécanismes de résistance. C’est ce qui explique que certaines bactéries deviennent résistantes à certains antibiotiques après y avoir été confrontées. Ces médicaments perdent donc leur efficacité avec le temps. On dit que leur spectre d’activité se réduit.

Utilisation des antibiotiques : les règles à respecter

Afin de préserver l’efficacité des antibiotiques, plusieurs règles sont à respecter lors de leur utilisation :

  • Un antibiotique n’est jamais utilisé pour lutter contre une infection virale. Les antibiotiques ne doivent pas, par exemple, être utilisés pour traiter une grippe ou une angine virale (qui représentent près de 80 % des angines). Ce traitement serait de toute façon sans aucun effet. Dans le cas d’une grippe, si votre médecin prescrit un antibiotique, c’est pour traiter une surinfection causée par une bactérie, en plus du virus grippal.
  • Les antibiotiques ne doivent être utilisés que contre les bactéries qui y sont sensibles. C’est-à-dire, celles qui font partie de leur spectre d’activité.
  • Les antibiotiques doivent être pris sur la durée la plus courte possible, strictement suivant la prescription. Cela évite un contact trop prolongé entre la bactérie et l’antibiotique, et limite donc le risque qu’elle ait le temps de développer une résistance.
  • Les antibiotiques doivent être utilisés strictement, selon les doses prescrites. Une dose plus élevée ne serait pas plus efficace. Une dose plus faible augmenterait le risque que la bactérie survive. Ce qui aurait pour conséquence de ne pas guérir efficacement l’infection, et serait un très gros risque que la bactérie devienne résistante à l’antibiotique.
  • Enfin, le traitement antibiotique doit être pris sur toute la durée prescrite, même si les symptômes de l’infection ont disparu. La disparition des symptômes ne veut pas forcément dire que toutes les bactéries ont été éliminées. Arrêter le traitement avant la fin pourrait donc provoquer une reprise de l’infection.

Afin de faire respecter ces règles et préserver au maximum l’efficacité des antibiotiques, la majorité de ces médicaments ne sont disponibles qu’avec une prescription médicale.

Les effets secondaires de certains antibiotiques

Certains antibiotiques peuvent aussi, dans le cadre du traitement contre une infection, éliminer des bactéries naturellement présentes dans l’organisme. Cela explique les diarrhées que provoquent parfois certains traitements antibiotiques, car ils éliminent aussi les bactéries naturellement présentes et bénéfiques dans l’intestin.

Cette situation n’est pas grave, mais peut nécessiter une surveillance.

Comment traiter une infection virale ?

Les anti-infectieux utilisés contre les virus sont les antiviraux. Ce sont des médicaments qui ont été découverts plus récemment que les antibiotiques.

Les antiviraux ne sont prescrits que si cela est nécessaire, en fonction de l’état de santé de la personne, et selon le virus qui est en cause. En effet, les infections virales guérissent le plus souvent sans nécessiter de traitement (rhume ou gastro-entérite, par exemple).

Les antiviraux ne tuent pas les virus. Ils les empêchent de se multiplier, pour permettre à l’organisme de les éliminer plus facilement. Un des principaux moyens de suivre l’efficacité d’un traitement antiviral est d’ailleurs de mesurer la charge virale, c’est-à-dire le nombre de virus présents dans le sang. L’efficacité du traitement est jugée sur sa capacité à faire baisser, par exemple, le nombre de VIH dans le sang.

Comme les bactéries, les virus sont très répandus dans notre environnement et il en existe de nombreux types. Les antiviraux sont donc, comme les antibiotiques, spécialisés en fonction du type de virus sur lequel ils sont actifs. Les virus sur lesquels un antiviral est actif constituent son spectre d’activité.

Différents antiviraux selon le développement du virus

Les virus ont besoin d’entrer dans les cellules de l’organisme pour s’y multiplier. Les antiviraux peuvent bloquer les étapes obligatoires du développement des virus.

On distingue :

  • les antiviraux qui bloquent le virus hors de la cellule en l’empêchant d’y entrer. C’est le cas de l’enfuvirtide par exemple, qui empêche le VIH d’entrer dans les cellules immunitaires de l’organisme.
  • les antiviraux qui bloquent l’utilisation de la cellule par le virus. Par exemple, l’aciclovir empêche le virus de l’herpès d’utiliser la cellule, une fois qu’il y est entré, pour fabriquer de nouveaux virus.
  • les antiviraux qui empêchent les virus de ressortir de la cellule. L’oséltamivir par exemple, bloque le virus de la grippe dans la cellule et l’empêche d’en ressortir pour aller infecter d’autres cellules.
  • les antiviraux qui empêchent la fabrication du matériel génétique du virus. Le sofosbuvir par exemple, est utilisé dans le traitement de l’hépatite C chronique pour empêcher que le matériel génétique des nouveaux virus de l’hépatice C soit fabriqué dans l’organisme.

Utilisation des antiviraux : les règles à respecter

Comme pour les bactéries vis-à-vis des antibiotiques, les virus peuvent développer des résistances aux antiviraux. Il existe des souches du VIH, par exemple, qui présentent aujourd’hui des résistances à plusieurs médicaments dont la névirapine ou la rilpivirine. Cela oblige à mettre en place des multithérapies (trithérapies par exemple) où l’on associe plusieurs antiviraux pour être certains d’obtenir 100 % d’efficacité contre le virus.

Ce phénomène de résistances oblige à respecter, comme dans le cas des antibiotiques, des règles d’utilisation :

  • On n’utilise jamais un antiviral sans être totalement certain que l’infection est virale, et sans connaître exactement le virus en cause. On n’utilise pas non plus d’antiviral si l’infection n’est pas grave et que l’état de santé de la personne ne la met pas en situation de fragilité face au virus.
  • Les antiviraux ne doivent être utilisés que contre les virus qui y sont sensibles. Un antiviral utilisé contre le virus de l’herpès ne sera d’aucune efficacité contre celui responsable de l’hépatite B ou le VIH. Chaque antiviral ne doit être utilisé que dans le cadre strict de son spectre d’activité.
  • Les antiviraux doivent être pris strictement sur la durée prescrite. Cela limite le risque de développer une résistance, et assure un traitement complet de l’infection.
  • Les antiviraux doivent être utilisés strictement selon les doses prescrites. Une dose plus élevée ne serait pas plus efficace. Une dose plus faible diminuerait l’efficacité du médicament, tout en augmentant le risque de résistance du virus.

Afin de préserver au maximum l’efficacité des antiviraux, et en raison de la toxicité de certains de ces médicaments pris sur de longues périodes, les antiviraux ne sont disponibles qu’avec une prescription médicale.

Sources
  • Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM). Les antiviraux. Site internet : ANSM. Saint-Denis (France) [consulté le 10 août 2018]
  • Haute Autorité de Santé (HAS). Principes généraux et conseils de prescription des antibiotiques en premier recours. Site internet : HAS. Saint- Denis la Plaine (France), 2014 [consulté le 10 août 2018]
  • Ministère des Affaires sociales et de la Santé. Plan antibiotiques. Site internet : Ministère des Affaires sociales et de la Santé. Paris [consulté le 10 août 2018]
  • Collège des universitaires de maladies infectieuses et tropicales (CMIT). ePILLY trop - Maladies infectieuses tropicales. Nantes (France), 2016 [consulté le 10 août 2018]