Antiobiorésistance

23 novembre 2018
L'antiobiorésistance est la capacité d'une bactérie à résister à l'action d'un antibiotique. Ce phénomène est une cause de mortalité, dont la prévention repose notamment sur le bon usage des antibiotiques, l’hygiène des mains, l’hygiène alimentaire et la vaccination.

Qu'est-ce que la résistance bactérienne aux antibiotiques ou antibiorésistance ?

La résistance bactérienne est la capacité d'une bactérie à être insensible à un antibiotique.

Cette résistance peut être :

  • naturelle : une bactérie est insensible naturellement à certains antibiotiques,
  • acquise : une bactérie, auparavant sensible à un antibiotique, devient résistante.

Les résistances bactériennes acquises aux antibiotiques sont dues :

  • à une mutation génétique de la bactérie,
  • et, le plus souvent, à l'acquisition de matériel génétique en provenance d'une autre bactérie, matériel porteur d'un ou plusieurs gènes de résistance aux antibiotiques.

Pourquoi l'antibiorésistance acquise s'est-elle développée ?

L'antibiorésistance résulte d'un usage inadapté des antibiotiques aussi bien chez l'homme que chez l'animal

L'efficacité remarquable des antibiotiques pour guérir les infections bactériennes a incité à un usage massif de ces médicaments aussi bien en santé humaine qu'en santé animale.

Vente d'antibiotiques en France en 2017

En 2017, il a été vendu :

  • 759 tonnes d’antibiotiques destinés à la santé humaine, contre 786 tonnes en 2016 et 93 % des antibiotiques prescrits l’ont été par des médecins de ville,
  • 499 tonnes d’antibiotiques pour la santé animale dont 95 % administrées à des animaux destinés à la consommation humaine.

Lorsque les antibiotiques sont utilisés de façon répétée, massive ou lorsqu'ils sont mal utilisés (traitement trop court, trop long ou mal dosé), les bactéries développent des systèmes de défense contre ces antibiotiques et deviennent résistantes. C’est le phénomène de résistance bactérienne aux antibiotiques. Les antibiotiques perdent alors leur efficacité sur certaines bactéries.

La surconsommation et le mauvais usage des antibiotiques chez l'homme et dans les élevages est responsable de l'apparition de résistances bactériennes.

L'environnement en jeu dans l'antibiorésistance

La lutte contre l'antibiorésistance ne peut être envisagée qu'en associant l'environnement, impliqué dans sa survenue. En effet :

  • Les bactéries multi-résistantes issues des élevages animaux peuvent se transmettre à l'être humain directement ou par la chaîne alimentaire. Ces bactéries résistantes sont également présentes dans les cours d'eau, en aval des villes ou des élevages, voire dans les nappes phréatiques.
  • La présence d'antibiotiques dans l'environnement ou de leurs produits de dégradation, en provenance de l'industrie, des hôpitaux, des eaux usées, des élevages, des abattoirs...., exerce une pression de sélection sur les bactéries, favorisant la persistance de bactéries multirésistantes.

Quelles conséquences de l'antibiorésistance pour l'homme ?

D'abord ponctuelles, les résistances bactériennes aux antibiotiques sont devenues massives et préoccupantes.
Certaines souches de bactéries sont devenues multirésistantes, c'est-à-dire, résistantes à plusieures antibiotiques, mais d'autres, encore peu nombreuses, sont devenues toto-résistantes , c'est-à-dire résistantes à tous les antibiotiques disponibles.

D'abord présente en milieu hospitalier, la résistance bactérienne prend de plus en plus d'ampleur en médecine de ville.

C'est le cas, par exemple, pour les bactéries responsables de cystites ou de pyélonéphrites.

Depuis longtemps, l'Escherichia coli, bactérie le plus souvent en cause dans les cystites, est résistante à l'amoxicilline. Puis des résistances bactériennes aux céphalosporines de deuxième génération sont apparues. Et actuellement, dans 7 % des cas, ces bactéries présentes dans les urines sont résistantes à des antibiotiques conçus encore plus récemment : les céphalosporines de troisième génération.

L'évolution est encore plus inquiétante pour la bactérie Klebsiella pneumoniae, présente dans certaines infections urinaires, dont la résistance aux céphalosporines de troisième génération est de 16 % en 2017.

Dans ces cas, les médecins doivent utiliser des antibiotiques de derniers recours : les carbapénèmes.

Les résistances bactériennes entraînent des difficultés dans le traitement de maladies bactériennes comme dans l'exemple ci-dessus de la cystite de la femme adulte, mais aussi dans l’otite du nourrisson, la pneumonie.
Le médecin a des difficultés à trouver un antibiotique efficace contre la bactérie en cause dans la maladie, ce qui se traduit par des symptômes qui durent plus longtemps, une aggravation de l'infection, des rechutes, des consultations répétées chez le médecin et par conséquence un temps de traitement allongé.

Les hospitalisations sont plus fréquentes et plus prolongées.

L'antibiorésistance bactérienne est une cause de mortalité, particulièrement chez les personnes fragiles : personnes âgées, nouveaux-nés, femmes enceintes, personnes immunodéprimées, atteintes d'une maladie chronique ou hospitalisées.

La résistance bactérienne aux antibiotiques est un phénomène préoccupant

La résistance des bactéries aux antibiotiques, appelée antibiorésistance, pourrait devenir l’une des principales causes de mortalité dans le monde : elle provoquerait chaque année en France près de 12 500 décès.

Que faire pour lutter contre l'antibiorésistance ?

Pour préserver le plus longtemps possible l'efficacité des antibiotiques disponibles, il faut réduire et mieux cibler la consommation d'antibiotiques. Pour cela, deux actions sont possibles.

Prévenir les infections

Éviter la survenue des infections est la première étape de la lutte contre l'antibiorésistance : en effet, si les infections sont moins nombreuses, le recours aux antibiotiques sera moins fréquent.

Pour prévenir les infections :

  • lavez-vous fréquemment les mains, surtout après un passage aux toilettes, au retour du travail à votre domicile, avant de préparer un repas, après avoir éternué et vous être mouché, avant et après avoir pris soin d'une personne, avant et après avoir pris soin de votre animal ;
  • conservez les aliments et préparez les repas dans les conditions adaptées pour chaque aliment ;
  • respectez les vaccinations obligatoires et conseillées : elles vous protègent, vous et votre entourage. Certaines maladies bactériennes sont prévenues grâce à la vaccination (par exemple, contre la coqueluche, contre certains germes responsables de pneumonies ou méningites : le pneumocoque, le méningocoque, l'haemophilus influenzae).

 

Moins d'infections = moins d'antibiotiques prescrits = moins de résistance des bactéries aux antibiotiques

Mieux utiliser les antibiotiques

En France, 93 % des antibiotiques sont utilisés en médecine de ville et 7 % en établissement de santé.

Votre médecin a donc un rôle important dans la préservation des antibiotiques existants. Faites-lui confiance car il sait quand les antibiotiques sont nécessaires et quand ils ne le sont pas. Ne prenez pas d'antibiotiques sans prescription et sans avis médical. 

Votre médecin vous prescrit des antibiotiques uniquement pour traiter des infections bactériennes. Il choisit l'antibiotique le plus efficace contre la bactérie en cause. Dans certains cas, une analyse bactériologique est nécessaire. Dans d'autres cas, il peut s'agir d'un test de dépistage rapride de l'angine qui permet de savoir si l'angine est bactérienne ou virale.

Lorsque votre médecin vous prescrit un traitement par antibiotiques, veillez à :

  • bien respecter la dose, la fréquence des prises et la durée de votre traitement antibiotique prescrit par un médecin ;
  • ne pas utiliser votre traitement pour quelqu'un d'autre. Un traitement est spécifiquement prescrit pour tel type d'infection bactérienne et adapté à chaque personne ;
  • demander conseil à votre médecin traitant si vous pensez présenter un effet indésirable à votre traitement (éruption, nausées...) ;
  • ne pas arrêter votre traitement prématurément, même si votre état s'améliore. Vous devez prendre l’antibiotique pendant la durée prescrite ;
  • ne pas allonger de votre propre initiative la durée du traitement antibiotique, mais consulter votre médecin si l'infection ne vous paraît pas guérie à la fin du traitement ;
  • une fois le traitement terminé, ne pas réutiliser ultérieurement un antibiotique, même si vous avez des symptômes qui ressemblent à ceux que vous avez eu antérieurement ;
  • à la fin du traitement, rapporter à votre pharmacien toutes les boîtes entamées ou non utilisées.

S'il a des doutes le traitement antibiotique, votre médecin peut prendre l'avis d'un référent en antibiothérapie.

Ensemble, préservons les antibiotiques. En les préservant aujourd’hui, nous pourrons bénéficier de leur efficacité le jour où nous en aurons vraiment besoin. Les antibiotiques : utilisés à tort, ils deviendront moins forts.

La santé animale également concernée

En santé animale, 95 % des antibiotiques sont administrés à des animaux destinés à la consommation humaine et 5 % aux animaux de compagnie.

Il est donc capital que ces règles d'utilisation des antibiotiques s'appliquent également aux animaux.

Sources
  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Bien utiliser les antibiotiques. Site internet : ANSM. Saint-Denis La Plaine (France) ; 2018 [consulté le 19 novembre 2018]
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Résistance aux antibiotiques. Site internet : Inserm. Paris ; 2018 [consulté le 19 novembre 2018]
  • Organisation mondiale de la santé. Résistance aux antibiotiques. Aide-mémoire. Site internet : OMS. Genève (Suisse) ; 2018 [consulté le 19 novembre 2018]
  • Ministère des solidarités et de la santé. Les antibiotiques. Site internet : Ministère des solidarités et de la santé. Paris ; 2018 [consulté le 19 novembre 2018]
  • Maugat S, Berger-Carbonne A et al. Consommation d'antibiotiques et résistance aux antibiotiques en France : une infection évitée, c'est un antibiotique préservé ! Site internet : Santé publique France. Saint-Maurice (France) ; 2018 [consulté le 19 novembre 2018]