Comment se préparer à l’ECBU et lire ses résultats ?

05 mai 2017
L’ECBU, ou examen cytobactériologique des urines, recherche la présence de germes dans les urines. Son interprétation est facile puisque l’urine est normalement stérile mais il est important de respecter certaines conditions de prélèvement pour éviter des résultats peu fiables.

Pourquoi réaliser un ECBU ?

Votre médecin vous prescrit un examen cytobactériologique des urines (ECBU), à réaliser dans un laboratoire. Les résultats lui permettront d’adapter le traitement en cas d'infection urinaire (cystite aiguë).

Cet examen permet de réaliser sur un échantillon d’urine :

  • une cytologie, c’est à dire l'étude des différents types de cellules retrouvées dans l'urine (hématies ou globules rouges, leucocytes ou globules blancs et éventuellement, cellules épithéliales) ;
  • une bactériologie, c’est à dire la recherche, l’identification et le compte des germes pouvant être présents dans l’urine, après sa mise en culture. Si un germe est identifié, une étude de sa sensibilité à différents antibiotiques ( ) est réalisée. Elle guide votre médecin dans sa prescription d’antibiotiques.

Comment bien prélever ses urines ?

Le recueil de l’urine est une étape primordiale qui conditionne la qualité des résultats de l'examen. Il doit donc être fait dans des conditions d’asepsie rigoureuse.

Bien que ce prélèvement puisse avoir lieu au laboratoire (c’est le cas pour le nourrisson), vous devez souvent le réaliser vous-même, à votre domicile. Munissez-vous d’un flacon d’analyse stérile qui permet de stocker vos urines (20 à 30 ml environ). Ce flacon est disponible chez votre pharmacien ou dans votre laboratoire.

Il est préférable de recueillir l’urine le matin, au réveil car le prélèvement doit être effectué au moins 4 heures après la précédente ; ainsi l’urine a suffisamment séjourné dans la vessie pour que, en cas d’infection, les bactéries soient assez nombreuses pour une mise en culture.

Il est également nécessaire de faire l'ECBU avant de débuter un traitement antibiotique (ou après au moins 48 heures d’arrêt d’un tel traitement) afin de ne pas empêcher le développement des bactéries lors de la mise en culture au laboratoire.

Les bactéries présentes sur la peau ou les muqueuses (notamment les muqueuses anales ou vaginales) peuvent contaminer l’urine. Avant le prélèvement, lavez-vous les mains soigneusement avec du savon et de l’eau, rincez-les bien puis essuyez-les avec un linge propre ou un essuie-main à usage unique. Vous pouvez également vous frictionner les mains avec un produit hydro alcoolique. Procédez ensuite à une toilette intime minutieuse avec de l’eau et du savon.

  • Chez la femme
    Pour une toilette soigneuse de la zone du , et de la vulve :
    • écartez les grandes et petites lèvres avec une main ;
    • lavez la vulve avec de l’eau et du savon doux par un seul mouvement, d’avant en arrière ;
    • rincez bien à l’eau et appliquez un antiseptique (toujours d’un seul geste, d’avant en arrière) à l’aide d’une compresse stérile.
  • En cas de pertes vaginales, mettez une protection vaginale (tampon ou compresse) afin que les sécrétions ne contaminent pas l’urine lors du recueil.
  • Chez l'homme
    La toilette du s’effectue avec soin avec de l’eau et du savon. Lavez-bien le pénis et le gland, en découvrant entièrement ce dernier (c'est à dire en le décalottant) si vous n'êtes pas circoncis. Rincez bien puis appliquez un antiseptique (du haut vers le bas) sur l’extrémité du pénis à l’aide d’une compresse stérile.

La méthode de recueil la plus fréquemment utilisée est celle du "milieu de jet" ; elle permet d’éliminer le premier jet (20 ml d'urine environ) pour recueillir les 20-30 ml suivants dans le flacon stérile :

  1. Placez-vous au-dessus des toilettes sans vous asseoir sur la cuvette.
  2. Ouvrez le flacon stérile. Posez le couvercle en orientant la face interne vers le haut, sans en toucher l’intérieur. Ne touchez pas l’intérieur du pot.
  3. Éliminez le premier jet d’urine dans les toilettes.
  4. Urinez directement dans le pot que vous tenez sans toucher le bord supérieur. Remplissez-le à moitié. Si vous êtes un homme, urinez en relevant votre prépuce.
  5. Terminez d’uriner dans les toilettes.
  6. Refermez le pot avec le couvercle.
  7. Lavez-vous les mains.
  8. Inscrivez vos nom et prénom ainsi que la date et l’heure du recueil sur le pot.
  9. Apportez votre prélèvement le plus vite possible au laboratoire, muni de votre carte vitale et de votre prescription médicale.

Les urines recueillies doivent être analysées dans un délai très court après le prélèvement. Elles ne doivent pas être conservées plus de 2 heures à température ambiante. Si vous ne pouvez pas vous rendre immédiatement au laboratoire, conservez le flacon au réfrigérateur, à 4 °C pour une durée maximale de 24 heures.

Le laboratoire vous demande plusieurs détails sur la façon dont vous avez effectué le recueil de vos urines. Notez les informations importantes pour l’interprétation des résultats :

  • heure et modalité du prélèvement (milieu de jet) ;
  • contexte de la prescription (suspicion d’une infection, contrôle, bilan préopératoire...) ;
  • grossesse en cours ;
  • maladies ( , diabète...) ;
  • traitement récent ou en cours, par antibiotiques.

Il est fait en laboratoire par le personnel laborantin. Après une toilette locale et une désinfection soigneuse, une poche stérile à usage unique adaptée à l’anatomie du nourrisson est placée autour de ses organes génitaux. Elle ne peut être laissée en place qu’une demi-heure pour éviter un risque de contamination par les selles. Passé ce délai, si l’enfant n’a pas uriné, il faut recommencer avec une poche neuve après une nouvelle toilette locale.

Les urines sont recueillies dès l’émission, transvasées dans un flacon stérile et analysées rapidement par le laboratoire.

Lire et interpréter les résultats de l’ecbu

Le laboratoire vous donne les premiers résultats en quelques heures mais les cultures des germes peuvent nécessiter 48 heures.

Normalement, l’urine est un liquide jaune pâle, ambré, limpide à l’émission, d’odeur safranée et légèrement acide.

Les urines normales et stériles comprennent :

  • des leucocytes (ou globules blancs) en quantité inférieure à 10 000/ml (ou 10/mm3) ;
  • des hématies (ou globules rouges) en quantité inférieure à 1 000/ml (ou 1/mm3) ;
  • des cellules épithéliales en petit nombre. La paroi interne de la vessie est tapissée de cellules protectrices appelées cellules épithéliales, évacuées par la miction ;
  • éventuellement quelques cylindres hyalins et cristaux.

En cas d’infection urinaire, les taux d’hématies et de leucocytes augmentent.

La lecture des résultats

Les résultats peuvent varier selon la méthode de comptage, automatisée ou non, utilisée dans le laboratoire. Le seuil anormal des composants présents dans l’urine peut légèrement varier. Il est donc important de se fier aux normes indiquées sur votre compte rendu d’examen.

Des germes sont présents en cas d'infection urinaire (normalement les urines sont stériles). Leur quantité est exprimée en unités formant colonies (UFC) par millilitre (ml).

La culture des germes présents, identifiés ou non lors de l’examen immédiat des urines, est nécessaire pour préciser l'espèce bactérienne et quantifier la bactériurie. Lors d’une infection urinaire, un seul type de bactérie est généralement en cause. Cette culture est couplée à un .

La bactériologie qui nécessite 48 heures, permet à votre médecin de vous prescrire une antibiothérapie adaptée et d’obtenir ainsi une meilleure efficacité de votre traitement, en limitant d’éventuelles résistances aux antibiotiques.

Vous n’avez a priori pas d’infection urinaire si le nombre de germes est inférieur à 1 000 UFC/ml. Ces résultats sont valables si vous n’avez de traitement antibiotique en cours.

Vous présentez a priori une infection urinaire si vos résultats montrent la présence :

  • de plus de 10 000/ml d’hématies (ou 10/mm3) ; ceci signe l’existence d’une en faveur d’une infection ;
  • de leucocytes dans les urines si la quantité est supérieure ou égale à 10 000/ml (soit > 10/mm3), ceci est considéré comme anormal. La leucocyturie traduit la réponse inflammatoire à la présence d’une infection de l’appareil urinaire. Les urines prennent alors souvent un aspect trouble ;
  • de colonies d’un germe (le plus souvent Escherichia coli (E coli) supérieur à 1 000 UFC/ml.
Quand parle-t-on d’infection urinaire selon le type de germe présent ?

Le E Coli est la bactérie la plus fréquemment rencontrée ; on parle d’infection urinaire pour un taux de 1 000 UFC/ ml tant chez la femme que chez l’homme.

Pour d'autres bactéries comme les germes Proteus mirabilis, Klebsiella ou Enterobacter, on parle d'infection urinaire pour des taux différents : le taux est de 10 000 UFC/ml chez la femme et de 1 000 UFC/ml chez l'homme.

Comprendre la particularité de certains résultats d'ECBU

Plusieurs cas de figures peuvent montrer une incohérence dans les résultats qui provient souvent d’un manque de vigilance lors du recueil des urines.

Un taux de leucocyte bas et une présence significative de germes (bactériurie de 1 000 à 10 000 UFR/ml) sont possibles dans les situations suivantes :

  • l’ECBU a été réalisé très précocement, la leucocyturie peut n’apparaître que quelques heures après le prélèvement des urines ;
  • les urines ont été contaminées par un germe local provenant du rectum ou du vagin lors d’un prélèvement dans de mauvaises conditions. Il est alors nécessaire de refaire l’ECBU ;
  • ces résultats peuvent apparaître chez les patients immunodéprimés présentant un taux de globules blancs sanguin bas.

Un taux de leucocytes élevé (> ou = à 10 000) et l’absence de germes peuvent être présents dans les situations suivantes :

  1. Le patient a reçu des antibiotiques pour suspicion d’infection urinaire avant d’avoir fait l’ECBU. On parle alors d’infection urinaire décapitée.
  2. Les urines peuvent avoir été contaminées par des leucocytes du vagin, en cas de vulvo-vaginite, lors d’un recueil défectueux. Il est alors nécessaire de refaire l’ECBU.
  3. Ces résultats peuvent apparaître chez l’homme, présentant une (inflammation de la prostate), une urétrite (inflammation de l’urètre) ou une posthite (inflammation du prépuce).
  4. Plus rarement, ces résultats montrent la présence d’une maladie inflammatoire, d’une tuberculose...

Plusieurs types de bactéries sont mis en évidence : une contamination par des bactéries d’origine vaginale aboutit généralement à ce type de résultats. Il est alors nécessaire de refaire l’ECBU.

Sources
  • Faculté de Médecine de Montpellier-Nîmes. Diagnostic et suivi des infections urinaires. Le bon usage de l’examen cytobactériologique des urines. Site internet : Université de Montpellier. Montpellier (France) ; 2007 [consulté le 17 novembre 2016]
  • Collège universitaire enseignants néphrologie (CUENInfection urinaire de l’adulte et de l’enfant. Site internet : CUEN ; 2016 [consulté le 17 novembre 2016]
  • Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF). Diagnostic et antibiothérapie des infections urinaires communautaires de l’adulte. Site internet : SPILF. Paris ; 2015 [consulté le 17 novembre 2016]