Prévenir les risques médicamenteux en cas de fortes chaleurs

04 juillet 2017
En cas de fortes chaleurs, certains médicaments peuvent empêcher ou gêner la thermorégulation du corps. Il est également important de respecter les conseils de conservation et de transport des produits de santé.

Que risque-t-on lorsqu’il fait chaud ?

L’exposition à de fortes chaleurs constitue une agression pour l’organisme. Parmi les conséquences possibles, la personne exposée risque une déshydratation, plus fréquente encore chez l’enfant, un coup de chaleur ou l’aggravation d’une maladie.

L’adaptation du corps aux fortes chaleurs

L’organisme doit se maintenir dans un intervalle de température très précis pour fonctionner correctement. Quand il est soumis à une augmentation de température, il évacue la chaleur par la peau, qui est l’interface entre lui et l’extérieur (c’est la thermorégulation). Plus il fait chaud, plus cette évacuation doit être importante pour permettre au corps de maintenir sa température dans l’intervalle nécessaire.

Cette évacuation de chaleur se fait par 2 mécanismes principaux :

  • Par simple diffusion, depuis la surface de la peau vers l’environnement. Ce phénomène peut être augmenté par une élévation du débit sanguin. C’est généralement ce que fait l’organisme en cas de chaleur, grâce à l’accélération du rythme cardiaque et à la vasodilatation (augmentation du diamètre des vaisseaux sanguins) à la surface de la peau.
  • Par évacuation active, sous forme de transpiration (évaporation sudorale). Les présentes sous la peau produisent de la sueur, qui en s’évaporant, provoque un rafraîchissement. En cas de fortes chaleurs, l’évaporation sudorale représente plus des 3/4 de la régulation thermique de l’organisme.

Pour être efficace, ce système de régulation nécessite donc :

  • une détection efficace de la température par l’organisme ;
  • une capacité de sudation suffisante (personne correctement hydratée et fonctionnelles) ;
  • un air aussi sec que possible et suffisamment brassé (grâce à une bonne aération, un courant d’air ou l’usage d’un ventilateur, par exemple), pour favoriser l’évaporation sudorale.

Les personnes les plus vulnérables sont celles dont la thermorégulation peut être insuffisante ou perturbée. Ce sont principalement :

  • les bébés et jeunes enfants ;
  • les personnes âgées ;
  • les personnes atteintes d’une maladie chronique (insuffisance cardiaque, maladie rénale, etc.) ;
  • les personnes avec une surcharge pondérale ou une obésité ;
  • les personnes présentant une fièvre ou un trouble de la thermorégulation ;
  • les personnes en perte d’autonomie ;
  • les personnes en situation de précarité.

Quelles sont les conséquences possibles d’une thermorégulation insuffisante ?

L’incapacité du corps à maintenir sa température normale de fonctionnement peut rapidement endommager des organes vitaux comme le cerveau et le foie. Les 2 principales complications sont :

  • Le syndrome d’épuisement-déshydratation, par pertes importantes d’eau et de sels, non compensées par une hydratation suffisante. Ce syndrome n’apparait qu’au bout de plusieurs jours.
  • Le coup de chaleur, qui peut survenir lorsque le corps n’arrive plus à contrôler sa température, qui augmente alors rapidement. Il apparaît en quelques heures. C’est une urgence médicale, car son évolution peut être fatale.

Quels médicaments peuvent majorer les effets de la chaleur ?

Il existe des traitements médicamenteux qui peuvent majorer les effets de la canicule sur l’organisme, ou gêner l’adaptation du corps à la chaleur. Par exemple :

  • les médicaments qui peuvent provoquer ou aggraver une déshydratation en augmentant les pertes d’eau au niveau du rein, comme les , par exemple ;
  • les médicaments qui peuvent perturber le fonctionnement des reins : anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), aspirine, certains antihypertenseurs, antibiotiques, antidiabétiques, antiviraux, , digoxine, etc. ;
  • les médicaments qui peuvent aggraver des problèmes de thermorégulation : certains neuroleptiques, antiparkinsoniens, antidépresseurs, vasoconstricteurs ou hormones thyroïdiennes ;
  • les médicaments qui limitent l’augmentation du débit cardiaque : , bêta-bloquants ;
  • les antimigraineux, qui quelquefois empêchent la vasodilatation ou réduisent la transpiration ;
  • les médicaments qui diminuent la vigilance et la capacité à adapter son comportement pour lutter contre la chaleur : somnifères, anxiolytiques…
Médicaments dont l’action est modifiée en cas de forte chaleur

Plusieurs types de produits sont concernés :

  • les médicaments dont l’élimination peut être modifiée par la déshydratation : hypocholestérolémiants (statines et fibrates), antidiabétiques oraux (metformine et sulfamides), sels de , antiépileptiques ;
  • les médicaments dont l’efficacité est gênée par la transpiration : de façon générale, il faut faire attention aux dispositifs transdermiques (patchs), dont l’efficacité peut être modifiée par la transpiration ou la dilatation des vaisseaux sanguins (due à la chaleur).

Faut-il modifier son traitement en cas de fortes chaleurs ?

Même si certains médicaments peuvent jouer un rôle dans l’aggravation des problèmes liés aux fortes chaleurs, cela ne justifie jamais d’arrêter de sa propre initiative un traitement, ni même de le réduire ou de l’interrompre quelques jours.

C’est au médecin traitant d’évaluer la situation au cas par cas. Car les effets des médicaments ne sont le plus souvent problématiques que s’ils sont liés à certains contextes.

Il est également fortement déconseillé de pratiquer toute automédication, même ponctuelle, sans prendre l’avis du médecin traitant ou de votre pharmacien. Cela concerne les médicaments que l’on a dans son armoire à pharmacie et les médicaments délivrés sans ordonnance.

Pas d’aspirine ni de paracétamol !

Attention : en cas de fortes chaleurs, pour traiter la fièvre ou les maux de tête, il est déconseillé de prendre de l’aspirine ou du paracétamol. En effet, le paracétamol est inefficace en cas de coup de chaleur, et l'aspirine peut gêner la thermorégulation de l’organisme.

Comment conserver et transporter ses médicaments en cas de fortes chaleurs ?

Les conditions de transport des médicaments doivent être adaptées de la même façon pour le transport et pour le stockage.

Même en dehors des périodes de fortes chaleurs, il faut toujours vérifier dans la notice les conditions dans lesquelles chaque médicament doit être conservé.

Selon les informations données dans la notice, 3 cas sont décrits :

  1. Aucune précaution de conservation n’est donnée : ces médicaments peuvent supporter de fortes chaleurs s’ils sont dans leur emballage d’origine. Dans ce cas, laissez-les dans votre lieu de stockage habituel (armoire à pharmacie, placard hors de portée des enfants).
  2. La notice recommande une conservation à une température inférieure à 25 °C ou 30 °C : ces médicaments peuvent résister à un dépassement ponctuel de quelques jours à quelques semaines de température, mais celui-ci doit rester très limité dans le temps.
  3. La notice recommande une conservation à une température entre + 2 °C et + 8 °C (ou tout autre intervalle de température nécessitant une conservation au réfrigérateur) : conservez ces médicaments dans votre réfrigérateur et contrôlez-en régulièrement la température. Une fois sortis du réfrigérateur, utilisez-les rapidement et évitez de les remettre au froid s’ils sont restés exposés à la chaleur : cela pourrait les endommager.

On distingue 2 cas particuliers :

  1. Les médicaments pour lesquels aucune précaution de conservation n’est donnée, ou ceux devant être conservés à une température inférieure à 25 °C ou 30 °C : ils sont transportés dans leur emballage d’origine en évitant une exposition directe au soleil, ou à de trop fortes températures (dans une voiture fermée au soleil, ou dans un sac sur la plage, par exemple).
  2. Les médicaments nécessitant une conservation entre + 2 °C et + 8 °C : ils nécessitent de grandes précautions de transport. Pour transporter ces médicaments, utilisez un contenant isotherme réfrigéré (par exemple, avec accumulateurs de froid ou une pochette de froid spécifique). Veillez à ce que la durée de transport respecte la durée possible de basse température par le système réfrigérant, et à ce que le médicament ne se congèle pas au contact de l’accumulateur de froid. Demandez conseil à votre pharmacien.

Les ovules, suppositoires, pommades, crèmes, etc. changent d’apparence (ils se ramollissent, voire se liquéfient) lorsqu’ils sont exposés à la chaleur. Ils doivent donc systématiquement être préservés d’une exposition à des températures élevées. Stockez-les dans un endroit frais et transportez-les dans un emballage isotherme.

Il convient de lire la notice, qui décrit toujours les conditions de stockage nécessaires. À défaut, évitez de les exposer à des températures supérieures à 25 °C.

Tout produit dont l'apparence extérieure est visiblement modifiée ne doit pas être utilisé. En effet, cette altération de son aspect extérieur pourrait indiquer une modification des propriétés.

Les lecteurs de glycémie et tous leurs réactifs et bandelettes doivent être conservés, transportés et utilisés en respectant les conditions de températures qui sont spécifiées dans les notices correspondantes. Si ces équipements sont exposés à des températures trop élevées, ils peuvent produire des résultats erronés ou afficher un message d’erreur.

De plus, une déshydratation entraîne un épaississement du sang qui peut rendre difficile le prélèvement, ou donner un résultat faussé.

En cas de doute sur un résultat affiché dans des conditions de températures élevées, il est donc important de se rapprocher de votre médecin traitant, de votre pharmacien ou d’un laboratoire d'analyses de biologie médicale.

En résumé : les mesures générales en cas de fortes chaleurs

Mettez en pratique les conseils suivants autant que possible :

  • lisez attentivement les notices des médicaments que vous prenez, ou des lecteurs de glycémie et réactifs que vous utilisez ;
  • conservez et transportez tous vos traitements et équipements médicaux dans des conditions conformes à celles des notices ;
  • ne modifiez pas ou n’interrompez pas spontanément un traitement, même en cas de fortes chaleurs ;
  • assurez une hydratation constante et suffisante ;
  • adaptez votre alimentation ;
  • protégez-vous d’une exposition directe au soleil et à la chaleur ;
  • régulez autant que possible la température de l’habitation et des lieux de vie ;
  • demandez conseil à votre médecin ou pharmacien.
Sources
  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Bon usage des médicaments en cas de vague de chaleur – Mise au point. Site internet : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Saint-Denis (France) ; 2017 [consulté le 27 juin 2017]
  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Informations sur les traitements médicamenteux en cas de vague de chaleur – Questions/réponses. Site internet : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Saint-Denis (France) ; 2017 [consulté le 27 Juin 2017]
  • Ministère des solidarités et de la santé. Canicule et chaleurs extrêmes. Site internet : Le site santé du Ministère des solidarités et de la santé. Paris ; 2016 [consulté le 27 juin 2017]
  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Conservation et utilisation des lecteurs de glycémie et de leurs réactifs associés en cas de vague de chaleur – Mise au point. Site internet : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Saint-Denis (France) ; 2005 [consulté le 27 juin 2017]
  • Institut National de prévention et d’éducation pour la santé (INPES). Fortes chaleurs – Prévenir les risques sanitaires chez la personne âgée. Site internet : INPES. Saint-Denis (France) ; 2015 [consulté le 27 juin 2017]