Comprendre les risques liés aux médicaments et à la conduite d'un véhicule

21 juin 2017
Certains médicaments peuvent affecter la capacité à conduire un véhicule. Que ce soit un médicament prescrit ou en vente libre, il est important de lire la notice et de respecter les recommandations du pictogramme d’alerte. Il est tout aussi essentiel de suivre les conseils de son médecin ou de son pharmacien.

Les effets des médicaments : quels risques sur la conduite d’un véhicule ?

De nombreux médicaments peuvent affecter la capacité à conduire et ce, indépendamment de la maladie qu’ils traitent. Leurs effets gênent la conduite de tout type de véhicules, motorisés ou non (voiture, deux-roues, poids-lourds, bateaux, etc.), et peuvent même rendre cette pratique dangereuse. Ils affectent également la sécurité d’utilisation de certaines machines, aussi bien dans un cadre professionnel que privé (bricolage, loisirs, etc.)

C’est actuellement le cas pour environ 1/3 des médicaments commercialisés en France et 1 médicament sur 50 est classé comme incompatible avec la conduite. Une exposition à un médicament potentiellement dangereux est retrouvée chez environ 10 % des accidentés de la route.

Ces effets sur la capacité à conduire :

  • proviennent du fait que ces médicaments contiennent des substances qui agissent sur le cerveau et l’attention ;
  • sont dus à certains effets secondaires (ou indésirables) ;
  • peuvent être liés à une interaction de différents traitements ou avec la consommation d’alcool ;
  • sont aggravés en cas de fatigue.

Ainsi, certains médicaments peuvent causer :

  • de la somnolence ou même des endormissements ;
  • une baisse de la vigilance et de l’attention ;
  • un ralentissement des réflexes ;
  • des vertiges et troubles de l’équilibre ;
  • des troubles de la vue ;
  • de l’excitation ou de l’agressivité.

Ces effets peuvent apparaître de manière isolée, ou cumulée. Leur importance peut dépendre des doses absorbées, ou de la façon dont la personne réagit au médicament.

Les effets des médicaments à risque

Graphique : effet des médicaments à risque

Quels sont les médicaments pouvant présenter un risque pour la conduite de véhicules ?

Le risque de retentissement sur la conduite d’un véhicule concerne autant certains médicaments prescrits par votre médecin que ceux disponibles sans ordonnance. Ces médicaments peuvent faire partie d’un traitement au long cours concernant certaines pathologies (dépression, épilepsie, maladie de Parkinson, diabète, hypertension, etc.) ou traiter des maux courants (douleurs, fièvres, toux, rhume, etc.)

Certaines familles de médicaments sont d'emblée concernées par ces risques :

  • les anxiolytiques : benzodiazépines et apparentés (diazépam, bromazépam, etc.) ;
  • les somnifères (hypnotiques) : zopiclone, zolpidem, etc. ;
  • les antidépresseurs : fluoxétine, paroxétine, etc.

Les hypnotiques et les anxiolytiques (en particulier les benzodiazépines) sont les substances les plus fréquemment retrouvées chez les accidentés de la route.

D’autres familles de médicaments peuvent aussi avoir des effets sur l’aptitude à la conduite :

  • les anti-inflammatoires : alminoprofène, piroxicam, etc. ;
  • les médicaments contre le mal des transports : diphénhydramine, diménhydrinate, etc. ;
  • les antiallergiques : cétirizine, loratadine, etc. ;
  • les antidiabétiques : gliclazide, glipizide, etc. ;
  • les anti-infectieux : norfloxacine, ofloxacine, ganciclovir, etc.

Il est préférable de s’assurer auprès de son médecin traitant ou de son pharmacien que le(s) médicament(s) prescrit(s) ou acheté(s) sans ordonnance ne présente(nt) pas de risque particulier.

Bien comprendre les informations de la notice de ces médicaments

Il est important de signaler à votre médecin ou à votre pharmacien que vous avez des activités de conduite ou sur des machines, lorsque vous devez prendre un médicament.

Reportez-vous également à la notice, surtout en cas d’automédication. Elle délivre les « mises en garde et précautions d’emploi » et « effets indésirables » possibles. Une rubrique « conducteurs et utilisation de machines » comporte toutes les explications nécessaires sur ce sujet et vous indiquera ce qu’il convient ou non de faire.

Enfin, le conditionnement extérieur du médicament comporte un pictogramme si le médicament a des effets sur la conduite automobile.

Comprendre l’information des pictogrammes

Le pictogramme triangulaire présent sur les boites des médicaments constitue un outil d’alerte. Il est décliné en 3 couleurs, associées à un libellé, définissant 3 niveaux de risque.

Les médicaments qui n’appartiennent à aucun de ces niveaux sont considérés comme sans effet connu sur la capacité à conduire.

Pictogrammes présents sur le conditionnement extérieur des médicaments à risque

Pictogrammes : conduite et niveaux de vigilance médicaments

À chaque pictogramme correspond un niveau de risque sur une échelle de 1 à 3.

Le risque de niveau 1 (fond jaune) représente un risque faible car il dépend surtout de la façon dont la personne tolère plus ou moins bien le médicament.

Il n’y a donc pas de restriction à la conduite. Mais la personne doit être informée pour connaître les cas où elle doit s’abstenir de conduire, si elle ressent des effets signalés dans la notice du médicament.

Le risque de niveau 2 (fond orange) représente un risque réel. Il dépend principalement du mode d’action du médicament, et beaucoup moins de la tolérance individuelle au produit.

Ce sont le plus souvent des médicaments qui ne peuvent être obtenus qu’avec une ordonnance.

Dans ce cas, votre médecin ou pharmacien examine au cas par cas si la prise du médicament est compatible avec la conduite.

En cas de présence du risque de niveau 3 (fond rouge) sur la boite, la prise du médicament rend la conduite automobile dangereuse chez tous les patients. La conduite de véhicules est donc formellement déconseillée. L'effet peut même se prolonger un certain temps après l’arrêt de la prise du médicament.

Environ 5 % des médicaments sont classés en risque de niveau 3.

Médicaments et accidents de la route : quelques chiffres

Une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a été menée sur le risque d’accident lié aux médicaments. L’analyse portait sur plus de 70 000 conducteurs impliqués dans un accident corporel sur une période de 3 ans (de 2005 à 2008). Les résultats montrent que :

  • la prise de médicaments comportant un pictogramme de niveau 2 ou de niveau 3 est associée à une augmentation significative du risque d'être responsable d'un accident. Les médicaments de niveau 1 n'ont pas, en pratique, d'incidence sur l'accidentologie ;
  • ce risque croît avec la consommation du nombre de ces médicaments potentiellement dangereux. Il augmenterait de 14 % avec la prise d’1 seul médicament, de 30 % avec 2 et de 86 % avec 3 ;
  • la proportion d'accidents de la route qui leur est attribuable est estimée à environ 3 %.

Consommation de médicaments : prévenir les risques lors de la conduite de véhicule

Il importe de suivre certaines précautions afin d’éviter tout risque lorsque vous devez prendre la route.

Avec les professionnels de santé :

  • Informez votre médecin ou votre pharmacien que vous conduisez.
  • Demandez systématiquement leur avis en cas de doute ; ne prenez pas un nouveau médicament, même disponible sans ordonnance, sans l’avis d’un professionnel. Signalez-leur aussi vos éventuels autres traitements en cours, afin d’éviter toute interaction.

Concernant votre(vos) médicament(s) :

  • Examinez l’emballage du médicament pour y chercher un pictogramme d’alerte.
  • Lisez systématiquement les informations de la notice (rubriques « conducteurs et utilisateurs de machines », « mises en garde et précautions d’emploi », « effets indésirables »).
  • En cas de traitement chronique, ne prenez jamais l’initiative de modifier la posologie ou les horaires de prise (à jeun, lors des repas, au coucher, etc.) Les conséquences pourraient être plus préjudiciables que celles liées aux médicaments. Seul votre médecin peut décider dans quelle mesure votre traitement doit être modifié.
  • Ne consommez ni alcool (même modérément), ni drogues.
  • Si vous ne terminez pas les médicaments achetés ou prescrits, pensez à toujours conserver les boîtes et leur notice.

Sur la route :

  • Adaptez la conduite de votre véhicule à votre état de santé et à vos capacités physiques. Et surtout, arrêtez-vous de conduire face à certains signes (somnolence, difficultés de concentration, problèmes de vison, vertiges, etc.)
  • Ne prenez pas le volant si vous ne vous sentez pas bien.
Sources
  • Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Médicaments et conduite automobile - Mise au point (actualisation). Site internet : ANSM. Saint-Denis (France) ; 2009 [consulté le 17 février 2017]
  • Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Médicaments et conduite automobile - Les 7 règles d’or. Site internet : ANSM. Saint-Denis (France) ; 2008 [consulté le 17 février 2017]
  • Code de la santé publique. Article R5143 - L’étiquetage des médicaments ou produits soumis à autorisation. Site internet : Légifrance ; 1999 [consulté le 17 février 2017]
  • Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM). Sécurité routière : publication d’une étude française permettant d’identifier et de quantifier le risque d’accident lié à la consommation de médicaments. Site internet : Inserm. Paris ; 2010 [consulté le 17 février 2017]
  • Orriols L, Delorme B, Gadegbeku B, Tricotel A, Contrand B, Laumon B et al. (2010) Prescription Medicines and the Risk of Road Traffic Crashes: A French Registry- Based Study. PLoS Med 7(11): e1000366.