Covid-19 : nouvelle étude Comcor sur les lieux de contamination et l’efficacité des vaccins

En octobre 2020, l'Institut Pasteur, en collaboration avec l’Assurance Maladie, Santé publique France et Ipsos, a lancé l’étude ComCor, une étude cas-témoins à l’échelle nationale qui analyse les facteurs associés à l’infection par le virus du Covid-19.

Le 4e volet de cette étude porte sur les circonstances et les lieux de contamination par le virus du Covid-19 en France, entre le 23 mai et le 13 août 2021. Son objectif était :

  • l’identification des facteurs sociodémographiques, des lieux fréquentés et des comportements qui augmentent le risque d’infection au Covid-19 ;
  • l’analyse de la protection qu’apporte une infection antérieure au Covid-19 contre une infection future, notamment face au variant Delta.
  • l’analyse de l’efficacité des vaccins à ARN messager contre les infections symptomatiques dues au variant Delta.

Les résultats ont été publiés dans le Lancet Regional Health Europe le 26 novembre 2021.

Méthodologie de l’étude Comcor

L’étude ComCor, pour son 4e volet, a permis d’analyser les données de 12 634 personnes testées positives au Covid-19 entre le 23 mai et le 13 août 2021 et 5 560 témoins (non infectés) recrutés sur cette même période et appariés sur l’âge, le sexe, la densité de population, la région de résidence et la semaine d’exposition. Les personnes recrutées ont répondu à un questionnaire déclaratif. La période étudiée correspond à celle de la réouverture progressive des lieux publics ainsi qu’à l’apparition du variant Delta en France métropolitaine. Les résultats décrivent les circonstances de contamination des cas diagnostiqués positifs au Covid-19. Parmi les 12 634 personnes testées positives, 8 644 (68 %) ont été diagnostiquées infectées par le variant Delta.

Dans un second temps, cette étude a également permis d’estimer, en vie réelle, en France, l’effet protecteur d’une infection précédente au Covid-19 et l’efficacité vaccinale contre les infections symptomatiques liées au variant Delta.

La période étudiée, entre le 23 mai et le 13 août, a été marquée par différents événements :

  • réouverture des musées, lieux culturels, etc. le 19 mai ;
  • réouverture des établissements intérieurs le 9 juin ;
  • réouverture des boîtes de nuits avec passe sanitaire obligatoire le 9 juillet ;
  • extension du passe sanitaire le 9 août.

Circonstances et lieux de transmission du SARS-CoV-2

Grâce à cette analyse, certains lieux de contamination au variant Delta chez les moins de 40 ans sont identifiés :

  • les bars en intérieur et les soirées privées entre le 9 juin et le 9 juillet, avec un risque plus élevé pour les hommes comparés aux femmes. Cette période correspond à celle de l'Euro de football, ce qui laisse supposer que les réunions de supporters à l'occasion des matchs ont pu jouer un rôle dans la propagation du virus ;
  • les discothèques, depuis leur réouverture.  

Chez les plus de 40 ans, le risque de contamination augmente en présence d'enfants dans l'entourage :

  • + 30 % s’il s’agit de collégiens ;
  • + 90 % s’il s’agit de très jeunes enfants (moins de 3 ans).

L’utilisation de certains moyens de transport augmente également les risques de contamination :

  • la voiture partagée avec des proches et des amis (+ 30 %) hors plateformes de co-voiturage pour lesquelles aucun risque supplémentaire n'a été observé,
  • le taxi (+ 50 %),
  • le métro (+ 20 %),
  • le train (+30 %),
  • l'avion (+ 70 %).

En revanche, aucun risque supplémentaire de contamination n'a été documenté pour les lieux culturels, les commerces (hors commerces de proximité), les restaurants (à une période où beaucoup opéraient en extérieur et avec aération), les lieux de culte, les activités sportives, et les rassemblements familiaux (hors mariages pour lesquels les contaminations sont plus fréquentes).

Ces résultats soulignent l'importance du respect des gestes barrières, et notamment du port du masque et de l'aération dans les lieux fermés.

Infection antérieure au Covid-19 et efficacité vaccinale face au variant Delta

Avoir été infecté précédemment au Covid-19 protège contre une nouvelle infection :

  • la protection est de 95 % si l'infection date de moins de 6 mois,
  • elle descend à 74 % en moyenne si l'infection date de plus de 6 mois.

Comme observé dans d'autres études internationales, le variant Delta résiste mieux au vaccin ARNm, même en cas de double dose. De plus la protection vaccinale contre les formes symptomatiques diminue dans le temps, à environ 67 %. La protection est du même ordre de grandeur (61 %), pour les personnes ayant été vaccinées par un vaccin Astra-Zeneca en 1re dose, et ayant reçu un vaccin à ARN messager (Pfizer ou Moderna) en 2e dose.

A noter : l’étude ComCor ne permet pas d'estimer la protection vaccinale contre les formes graves de la maladie, qui reste supérieure à 90 % selon d'autres études.

La France est un des rares pays où les personnes ayant été infectées dans le passé ne reçoivent qu'une dose de vaccin ARN messager. Cette étude a permis de montrer que cette dose unique permet d'atteindre des niveaux de protection supérieurs à ceux observés avec 2 doses d'ARN messager en l’absence d'infection antérieure (85 % versus 67 %). Cette protection est proche de celle des personnes ayant eu une infection antérieure et 2 doses d'ARN messager (96 %, soit très légèrement différente).

Variant Delta : une incubation plus rapide

L'analyse des 651 sujets ayant eu un contact unique avec la personne qui les avait infectées avec un variant Delta a permis de mettre en évidence une durée d' de 4,3 jours, plus courte comparée aux 5 jours observés pour les 8 442 sujets avec contact unique et infection à d’autres variants.

Cette incubation plus rapide des infections liées au variant Delta pourrait expliquer la nouvelle vague épidémique liée à ce variant.

Cette étude, comme toute étude observationnelle, comporte des limites qui sont expliquées dans le document : Résultats et analyse critique de l'étude sur les lieux et les circonstances de transmission du SARS-CoV-2 (19 avril 2021)

L'étude ComCor se poursuit et permettra de réévaluer les lieux et circonstances de transmission en fonction de l'évolution des mesures de contrôle de l'épidémie et de la progression de la vaccination en population.

Consulter l’article sur le site internet de la revue The Lancet.

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