"Contre l’antibiorésistance, les médecins généralistes ont un rôle pédagogique essentiel à jouer"

15 novembre 2018

À l’approche du retour des virus saisonniers et dans le cadre de la Journée européenne d’information sur les antibiotiques le 18 novembre et de la Semaine mondiale d’alerte sur le bon usage des antibiotiques du 13 au 18 novembre, il est utile de rappeler que le combat contre l’antibiorésistance se mène aussi par les médecins et les patients lors des consultations.

Le docteur Jacques Birgé, médecin généraliste en Moselle, vice-président d’AntibioEST (1), en témoigne.

Quelle est, de votre point de vue, la situation de la France au regard de la lutte contre l’antibiorésistance ?

Dr Jacques Birgé. La France se comporte mal. Nous sommes l’un des pays les plus prescripteurs d’antibiotiques en Europe : 3 fois plus par habitant qu’aux Pays-Bas et 2 fois plus qu’en Allemagne, par exemple. Et, plus préoccupant, la prescription en ville ne cesse d’augmenter, comme en atteste le rapport de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) de décembre 2017. Entre 2011 et 2016, la consommation d’antibiotiques en ville a augmenté de 5,6 %. Rappelons que le dernier "plan antibiotiques" (2011-2016) prévoyait une diminution de 25 % de la prescription en 6 ans !

En matière d’antibiotiques, les médecins, en France, prescrivent trop et ont tendance à prescrire trop d’antibiotiques fortement générateurs d’antibiorésistance.

L’antibiorésistance n’est pas un danger lointain, c’est un problème majeur qui nous menace à court terme. En France, environ 12 500 personnes meurent chaque année d’infections à bactéries multirésistantes. C’est environ 3 fois plus que la mortalité routière et autant que la mortalité due au cancer du sein.

Et il faut énoncer cette réalité clairement : aucun nouvel antibiotique de qualité ne sera mis sur le marché pour les médecins de ville. On ne peut espérer que, comme par le passé, la solution viendra de l’industrie pharmaceutique. En ville, il va falloir faire avec ce que l’on a.

Comment voyez-vous le rôle du médecin en matière d’information des patients sur le bon usage des antibiotiques ? Comment vous-même procédez-vous ?

Dr Jacques Birgé. Les médecins généralistes ont un rôle pédagogique essentiel à jouer. Mais il faut être conscient que cela demande du temps et une discussion régulière à ce sujet avec les patients.
L’étape préalable au processus d’explication, c’est évidemment de poser le bon diagnostic. Pour cela, nous disposons d’excellents outils, le test de diagnostic rapide (TDR) pour les angines par exemple.

Quand un patient vient me voir avec une angine (même très impressionnante), je lui fais le test. Environ 2 fois sur 3, il révèle que l’angine est d’origine virale. Je m’appuie sur ce résultat pour expliquer que, dans ce cas, je peux proposer uniquement, du paracétamol et des pastilles à sucer. Evidemment, cela ne fait pas "grand docteur"… Mais si on explique aux patients, ils comprennent. J’exerce en cabinet de groupe dans une petite ville en milieu semi-rural, et je peux témoigner que nous arrivons très bien à prescrire raisonnablement les antibiotiques en faisant un effort de pédagogie.

Parfois – mais rarement –, dès le début de la consultation, je sens qu’il peut y avoir un décalage entre mon éventuelle décision de ne pas prescrire d’antibiotiques et l’attente du patient. Dans ce cas, j’explique par exemple au patient mon usage du test de diagnostic rapide, j’en commente le résultat, et si nécessaire, je lui remets un document de non-prescription, qui explique pourquoi, dans sa situation, les antibiotiques ne sont pas indiqués. Mais bien sûr, je prescris des antibiotiques quand c’est justifié : ce sont des armes fantastiques de lutte contre certaines maladies bactériennes !

Comment expliquez-vous alors que des antibiotiques continuent à être trop prescrits  ?

Dr Jacques Birgé. Il me semble que c’est une spécificité française : certains médecins peuvent se sentir dévalorisés lorsqu’ils ne peuvent pas prescrire de traitement. Ils ont tort. La bronchite aiguë, par exemple, est désespérante pour le médecin comme pour le patient : les antibiotiques ne servent à rien, pas plus que la . La toux peut persister et il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre que ça passe. Récemment, une patiente dans cette situation est sortie mécontente de mon cabinet, mais huit jours plus tard, je l’ai croisée par hasard et elle m’a dit que j’avais eu raison !

Comment se passe un test de diagnostic rapide de l'angine ?

Ce test est pratiqué par le médecin lors de sa consultation. Le test de diagnostic rapide de l’angine (TDR angine) est indolore et simple ; il ne prend que quelques minutes.
Après son examen, le médecin fait un prélèvement au niveau des amygdales avec un écouvillon (sorte de grand coton-tige), qu’il place ensuite dans un tube qui contient un réactif. Une bandelette est immergée dans ce liquide. Selon la couleur que prend cette bandelette, le médecin sait si l’angine est une angine bactérienne à du groupe A et peut mieux déterminer s’il est nécessaire de prescrire des antibiotiques.

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(1) AntibioEST est un réseau de soignants de la région Grand-Est engagé aux côtés du site Antibioclic pour promouvoir un juste usage des antibiotiques. Antibioclic est un outil d'aide à la décision thérapeutique en antibiothérapie, destiné aux médecins de premier recours.